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«  Un institut universitaire FRANÇAIS du Quart-monde »
par Y.BELLONY, I. HIDAIR, G. PREVOT-LINGUET, D. BEREAU et JC. ROBINSON

Au sein de l’université des Antilles et de la Guyane, le campus universitaire Saint-Denis en Guyane se trouve aujourd’hui au bord du gouffre. L’ensemble de la communauté universitaire de Guyane est acculé à la grève avec le sentiment amer de n’avoir plus rien à perdre car la situation ne pourrait être pire. 

La gestion unilatérale des Antilles et le peu d’intérêt manifesté par le Ministère de l’Education Nationale ont fait de cette université une honte pour la France : un campus délabré, un champ de ruines et de débris, des enseignants -chercheurs ignorés et des étudiants négligés.

Un paradoxe si l’on considère la volonté affichée de créer d’ici 2006 un pôle Universitaire de Guyane à l’image de l’Europe, qui devra rayonner sur l’Amérique du Sud !!!

L’Institut d’Enseignement Supérieur de la Guyane (IESG) a pris naissance en 1970, d’abord sous le statut d’antenne de la Faculté de Lettres et de la Faculté de Droit de la Martinique, puis, en 1991, il est devenu par décret ministériel un institut rattaché à l’Université des Antilles et de la Guyane (UAG) doté d’une autonomie très relative.

Actuellement, il est une composante de l’UAG qui s’établit sur trois régions : la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane. Le pouvoir décisionnel est centralisé en Guadeloupe et le système électoral en vigueur ne permet pas une représentativité équilibrée des trois sites universitaires aux différents conseils. Ainsi, au Conseil d’Administration (CA) les sièges attribués à la composante guyanaise sont répartis comme suit : Professeurs (2), Maîtres de Conférence (2), Ingénieurs Administratifs Techniciens Ouvriers de Service (2), Etudiants (2), Conseil Régional et Conseil Général (2) et une personnalité extérieure CRESTIG (1) soient 11 membres sur un total de 60 membres que comporte le CA de l’UAG.

Cette faible proportion des membres de l’IESG se retrouve aussi à tous les niveaux décisionnaires :

·   Au Conseil Scientifique avec une représentation de neuf membres sur un total de quarante

·   Au Conseil d’Etudes de la Vie Universitaire avec une représentation de neuf membres sur un total de quarante.

Soit une faible représentativité de 29 membres sur un total de 140 (soit environ 21 %) sur l’ensemble de ces trois organes qui sont à la base du fonctionnement de la structure universitaire (vote du budget des composante, créations de postes…..). Une telle situation relève d’une inégalité flagrante, ne permet pas une prise en compte équitable des besoins de l’enseignement supérieur en Guyane et place la structure universitaire, l’UAG, dans un déséquilibre qui a terme ne peut mener qu’à l’échec de sa politique de développement tripolaire.    

Le Campus Saint-Denis comporte :

·   L’Institut d’Enseignement Supérieur de la Guyane (IESG) qui propose des filières d’enseignement classiques.

·   Le Service d’Education Permanente et de la formation Continue

·   Les services communs.

Jusqu’en 1991, l’IESG ne délivrait que 3 diplômes (DEUG de Droit, AES et Lettres Modernes).  Ce n’est qu’à partir de 1992 que l’IESG diversifie son offre de formation afin de répondre à la demande et il voit alors ses effectifs augmenter de façon importante : on note un  accroissement de plus de 45 % ces trois dernières années.

L’IESG compte actuellement plus de 900 étudiants répartis dans 3 départements : Sciences Juridiques et économiques, Sciences Humaines et Littéraire (lettres et langues), Sciences et Technologies pour l’Ingénieur (biotechnologie, informatique, génie civil, génie électrique et Sciences de la Production Industrielle), soit un total de 17 diplômes délivrés.

Paradoxalement, les enseignements sont assurés à 75% par des enseignants vacataires essentiellement issus du second degré. De plus on ne dénombre que 18 maîtres de conférence, 1 professeur et une quarantaine d‘agents formant le personnel administratif (dont une majorité de précaires). Cette précarité de l’emploi aussi bien au niveau enseignant, qu’administratif fragilise le dispositif éducatif, ainsi que la politique à court et à long terme de l’établissement.

Fort (mal)heureusement, ce ne sont pas les seules affres qu’on à subir les usagers de ce campus.

Un ensemble incohérent

« Campus » :espace géographique regroupant sur un même lieu l’ensemble des établissements et des résidences universitaires. (définition Larousse).

Définition galvaudée et mise à mal sur le site de Cayenne. L’exemple indigne du « Campus » universitaire de Saint-Denis interpelle de par sa honteuse singularité à l’échelle du territoire national…

En ce lieu de seulement quatre hectares coexistent à la fois : une chapelle où des offices sont encore pratiqués, des bâtiments du rectorat de la Guyane, une école d’infirmières, des vestiges insalubres de l’ancien hôpital de Cayenne (morgue, centrale EDF) et surtout l’incompréhensible et ahurissante présence des services de gériatrie et de longs séjours en plein cœur de ce même campus universitaire.

Comment une telle situation aberrante et alarmante, pourtant connue au niveau du ministère, peut elle perdurer depuis plus de 10 ans ?

 De plus, la seule résidence universitaire d’une capacité d’à peine 100 chambres est située à plus de ¾ d’heure de marche sans aucune desserte assurée vers le « campus » Saint-Denis. De quoi décourager les étudiants asphyxiés par le coût exorbitant des loyers (218 euros) et confrontés aux problèmes cruciaux et croissants d’insécurité.

Des conditions de travail inacceptables

Les dysfonctionnements relevés sur le site sont nombreux. On ne compte plus les notes de service et les rapports faisant état des divers et récurrents problèmes au sein de l’Institut Universitaire. Tous les secteurs sont nécrosés :

* Problèmes de sécurité : après la visite de la commission de sécurité en 2000, le campus a reçu l'avis défavorable de fonctionnement pour cause de non –conformité aux normes de sécurité (incendie et risques)… Mais face à une pression démographique de plus en plus forte, l’absence de moyens matériels, financiers conséquents et de toute autre alternative, la prise de risque s’est imposée.

Sommes nous en attente d’un évènement malheureux pour susciter une quelconque réaction ? Qui en supportera la responsabilité au sein de cette complexe cohabitation ?

Aucune surveillance des équipements et aucune protection civile ne sont assurés sur le site, un gardiennage s’impose. Le sentiment d’insécurité étant prédominant, le personnel travaille portes closes.

Aucune assurance n’accepte de couvrir le campus.

Aucun accès à l’enseignement supérieur n’est envisageable pour les handicapés physiques tant les carences en infrastructures sont criantes…

*  Problèmes d’hygiène et de salubrité : de la vétusté extrême des bâtiments (certains servant de squats) à l’insuffisance numérique des sanitaires, en passant  par la cohabitation problématique avec le milieu hospitalier (source possible de contamination, et de dissémination de germes,…). 

Cet état alarmant peut-il faire la fierté d’une puissance mondiale comme la nôtre ?

            *  Problèmes pédagogiques : en plus du problème d’acoustique inhérent aux salles, aucune structure lourde (amphithéâtre…) ayant une capacité supérieure à 100 étudiants n’est répertoriée. Alors que certains diplômes affichent un effectif de plus de 120 étudiants.

La non-conformité de certaines salles, l’absence de dotation pour l’acquisition du matériel pédagogique pour les nouvelles filières, et l’absence de salles de Travaux Pratiques pour de nombreuses filières (biotechnologies, langues …) s’avèrent extrêmement pénalisantes.

 Ecrasés, broyés par ce « bel ensemble universitaire », nos étudiants subissent encore une absence de vie sociale.

Une vie étudiante très pénalisante

L’université est avant tout un lieu de savoir et d’apprentissage, mais c’est aussi un lieu de rencontres, d’échanges et d’enrichissements culturels. Ce métissage culturel et intellectuel prend sa source en un lieu physique « l’espace-vie étudiant ». Inexistant à l’IESG, par faute de place (il est vrai que seulement trois entités différentes sont présentes au sein de ce campus !!!) et de moyens mis à disposition, il confine les étudiants dans l’individualisme et l’égoïsme. Ceci a pour conséquence la mort graduelle de toutes formes de vie associative (une association étudiante moribonde), l’inhibition de la mixité sociale et du lien social.

Cet état de fait annihile donc le rôle social de l’université. Hérésie dans le contexte actuel d’une société guyanaise multiculturelle comptant plus de 80 ethnies…

            Bénéficier d’un repas complet (dont un plat chaud) au lieu d’un maigre sandwich est un pur luxe pour les étudiants du campus. Ce droit est bafoué sur le site de Saint-Denis puisqu’il n’existe aucune structure permettant une restauration sur place.

Quel avenir pour l’enseignement supérieur en Guyane ?

Toutes les solutions annoncées aujourd’hui par nos collectivités locales, le rectorat et l’Etat ne seront effectives qu’à long terme, qu’il s’agisse du Pôle Universitaire Guyanais, du Groupement d’Intérêts Publics ou d’une Université de Plein exercice. Or, la situation n’est plus tolérable et d’une extrême urgence.

Combien de temps encore va-t-on laisser cet institut à ce point dysfonctionner lorsque l’on déplore :

-         L’inexistence de véritable recherche universitaire paradoxalement au potentiel de thématiques en Guyane (forêt amazonienne, spatial, multilinguisme……) et l’absence de financement pour la construction et l’équipement de laboratoires de recherche.

-         Les possibilités de coopération avec nos pays voisins maintes fois évoquées (notamment le Brésil et le Surinam) qui ne sont que rarement prises en compte et le cas échéant, limitées…

Entre ne rien avoir et se contenter d’une université « poubelle », nous nous interrogeons.

Surtout lorsque l’on sait que la Guyane est la vitrine de la France en Amérique du Sud : Quand allons-nous enfin considérer la Guyane comme une terre de rayonnement entre l’Amérique du Sud et la Caraïbe ?

D’autre part, ne paraît-il pas tout à fait légitime, étant donnée la démographie exponentielle de la Guyane, d’exiger aujourd’hui des conditions décentes, dignes d’une université française, pour poursuivre des études supérieures en Guyane ?

Alors que fait-on en attendant la promesse lointaine d’une Université de Plein Exercice ?
Qui va enfin daigner nous répondre ?
Sommes-nous condamnés à demeurer les laissés-pour-compte des universités françaises ?
Sommes-nous condamnés à sacrifier des générations d’étudiants ?
Devons-nous encore une fois servir de bagne pour la France ? et pour nos propres enfants ?

Nous nous interrogeons sur les motifs réels d’un tel désintéressement !

Y.BELLONY, I. HIDAIR, G. PREVOT-LINGUET, D. BEREAU et JC. ROBINSON

dbereau@wanadoo.fr


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