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En mission au coeur du bouclier des Guyanes :
Point de vue d’un "éco-routard" scientifique

Par Pierre-Michel FORGET

Pirogues à Saint-Laurent du MaroniMonsieur Léon Bertrand a effectué fin novembre une visite officielle à Paramaribo, au Suriname, dans le but de développer le tourisme entre les deux pays frontaliers (France-Guyane du 26 novembre 2004, N° 4917). Pour s’y rendre, en l’absence de vol SLM (Surinam Airways) depuis Cayenne, plutôt que de passer par la route, comme la quasi totalité des voyageurs à destination de Paramaribo, il a pu bénéficier d’un vol spécial affrété par Air Guyane.

Selon La Lettre de l’Expansion, cela aurait entraîné quelques désagréments pour les usagers de la Compagnie aérienne locale, en particulier 9 heures d’attente à Saint-Georges de l’Oyapock, à l’est de la Guyane ! A l’autre bout, à Saint-Laurent du Maroni, la ville du Ministre, d’autres voyageurs, dont ceux en provenance du Suriname depuis la fin de la liaison aérienne, connaissent aussi, journellement, de telles déconvenues avec les transports routiers à destination de Cayenne et de Kourou. 

Mais personne n’en parle. J’ai voulu témoigner ce que j’ai récemment vécu.

Arbre Carapa au GuyanaJe comprends très bien que, par économie de temps, le Ministre du Tourisme n’ait pas voulu emprunter la route habituelle qui va de Cayenne à Saint-Laurent, puis d’Albina à Paramaribo. Moi aussi, j’aimerais bien ne pas perdre mon temps si précieux au cours de ces missions à répétition au cœur du bouclier des trois Guyanes, la Guyane, le Suriname et le Guyana. Mais je n’ai pas d’autre alternative maintenant si je veux continuer à œuvrer pour la coopération et l’éducation scientifique entre ces pays voisins. En passant par la route, on peut se rendre compte de ce que vivent, au quotidien, les touristes en partance pour le Suriname, Saint-Laurent du Maroni étant aujourd’hui devenu un point de passage incontournable. Au retour de mon périple dans le bouclier guyanais, en solo, en «éco-routard», chargé comme une mule, valise et sac à dos, avec équipement de grimpe pour atteindre les cîmes des arbres guyanais, appareils photos et pc portable, j’ai donc de nouveau emprunté la route pour voyager de Paramaribo à Kourou. 

Voilà le bilan de cette expérience pas vraiment scientifique, plutôt écotouristique, pour les besoins de la science de ce XXIe siècle.

Voyage dans le Bouclier Guyanais

Fleur de carapa au Guyana en novembre 2004Si je voyage dans le Bouclier Guyanais, c’est pour y étudier ses diverses forêts, notamment la diversité, l’écologie, la biologie de la reproduction (floraison, fructification) et la conservation des arbres du genre Carapa dont les graines servent à la production d’huile (www.mnhn.fr/carapa et www.carapa.org). Depuis quelque temps, je m’intéresse aussi au lien entre climat, faune et production de graines par les populations indigènes guyanaises comme, par exemple, les Saramaka au Suriname, les Makushi à Iwokrama et les Waini à Shell Beach, au Guyana, et ceci dans le but d’un développement durable de la filière huile de Carapa dans les Guyanes.

Dans le cadre de ces recherches pour le Département Ecologie et Gestion de la Biodiversité du Muséum National d’Histoire Naturelle, je suis conduit à visiter des sites forestiers hors du commun, de véritables bijoux naturels, les derniers bastions de biodiversité qui restent dans l’écorégion des Guyanes, certains d’entre eux étant particulièrement propices à l’écotourisme telle la forêt d’Iwokrama La forêt à Iwokrama(www.iwokrama.org ) au Guyana et celle du Brownsberg Nature Park (www.stinasu.sr) au Suriname.

Ce faisant, je rencontre régulièrement les écotouristes en forêt, notamment au Brownsberg et je les renseigne sur l’écologie et la diversité des forêts guyanaises.
Au gré de mes déplacements, il m’arrive aussi de les croiser dans ces lieux intermédiaires, entre la ville et la forêt, sur la route, dans les mini-bus, les taxis-co, dans les hôtels, les restaurants, les aéroports en transit, ou en galère d’un pays à l’autre. J’observe, je questionne et j’enregistre les opinions et remarques des unes et des autres. Ces rencontres sont riches d’enseignement et, complétées par mes propres expériences d’«éco-routard» trans-Guyane, me permettent de porter un regard singulier sur le développement du tourisme dans les Guyanes, notamment entre le Suriname et la Guyane. Sensibilisé à la conservation de la diversité de ces forêts uniques, je préfère de loin cette autre forme d’exploitation des ressources forestières, faunistique, floristique, à la condition bien sûr que l’écosystème forestier soit préservé, tout en intégrant une part de prélèvement par les Fruit et graine de Carapa du Guyanapopulations autochtones dans le cas de réserves et de parcs naturels nationaux (ou pas), comme c’est le cas, par exemple, pour la production d’huile de carapa par les amérindiens Waini au Guyana (www.gmtcs.org.gy).

S’il n’y a plus de faune à voir, alors on pourra faire une croix noire sur cette activité, et l’écotouriste préférera se rendre en Amérique centrale, au Costa Rica par exemple, ou dans le Pantanal au Brésil où abonde la faune. S’il n’y a plus de faune, les graines des arbres comme le carapa ne seront plus dispersées, et la biodiversité chutera. Si on coupe tous les arbres de carapa pour son bois, c’est tout l’écosystème forestier qui est en danger, et le climat global avec.

Au départ de la Guyane

Au départ de la Guyane, une évidence apparaît clairement. Sans liaison aérienne fiable entre les pays, les touristes doivent impérativement passer par la route.
Au départ de la ville spatiale par exemple, il faut être plutôt très bien informé pour savoir d’où partent les taxis (23 €), et quand. Il faut aussi bien renseigner le chauffeur car vous risqueriez d’attendre un peu plus longtemps lorsqu’il ne connaît pas l’adresse de votre domicile. Ensuite, il faut être plutôt matinal avec un départ vers 4 heures du matin pour arriver quelques 3 heures plus tard (à allure modérée, raisonnable, et pas à 120-140 km/h), à temps pour prendre le bac Gabrielle à huit heures, après un passage en principe obligé par les formalités douanières. Au-delà de neuf heures, il faut revenir en arrière et prendre une pirogue au débarcadère, ceci après avoir affronté l’assaut de la horde des rabatteurs des piroguiers à la recherche des clients.
Taxi-co arc-en-cielL’arrivée du taxi-co chargé de ses candidats au voyage trans-frontalier a en effet quelque chose de pathétique. Que ce soit en provenance de Cayenne ou de Kourou, le voyageur lambda est en général relativement fatigué par une nuit trop courte et des conditions de transport quelquefois spartiates, surtout en surcharge. On n’a alors qu’une envie, fuir, fuir à grandes enjambées, comme au départ du Marathon, le plus vite possible, cette agression physique lorsqu’elle n’est pas verbale.

Déchets au débarcadère à Saint-Laurent du MaroniUne autre raison de ne pas s’éterniser au bord du fleuve en cet endroit hostile est de ne plus contempler sa berge polluée par une marée de détritus, ces innombrables déchets en plastiques, bouteilles de soda et d’eau minérale, cannettes de bière, barquettes graisseuses, fourchettes, cuillères pour les passagers, bidons d’huile pour les véhicules, etc… et tout cela à proximité de la bouche d’égoût de la ville. C’est comme si la rue et la berge du fleuve Maroni était une gigantesque poubelle à ciel ouvert ! On peut se demander ce qu’en penseraient les futurs (éco-) touristes hollandais et quelle serait leur impression lorsqu’ils arriveraient du Suriname pour découvrir cette belle terre d’Europe équinoxiale, la leur aussi. Le contraste est saisissant entre la « High Tech» de la fusée Ariane 5, la saleté de la zone frontalière et les conditions déplorables du transport public entre Saint-Laurent du Maroni et Kourou.

Pour amateurs d’aventures épiques

Si on est un tant soit peu obligé de tamponner son passeport, cette arrivée sur le sol européen se transforme en un périple marathonien, car, en dehors des horaires du bac, entre neuf et dix heures et quatorze et quinze heures selon le pays où on se trouve, et aux heures les plus chaudes, il faut aller et venir, avec tout son équipage, entre le poste frontalier et le débarcadère des pirogues qui sont, des deux cotés de la frontière, distants de plusieurs centaines de mètres. C’est aussi une bonne occasion pour les passeurs d’augmenter les prix du transport fluvial : 10 SRD, 15 SRD voire 20 SRD pour aller d’Albina à Saint-Laurent, et vice versa, avec une halte obligée aux douanes. On peut aussi refuser cela et se rendre à pied mais, en saison des pluies, cela devient vite le bagne ! A terre, en Guyane, les «rabatteurs» en voiture légère, des taxis pas toujours très officiels, recherchent les voyageurs potentiels en déserrance vers le bac, comme d’éventuels touristes hollandais non avertis en provenance du Suriname ; il peut alors leur en coûter 3 € par personne (sic !) pour parcourir ces quelques mètres au sec. Tout se monnaye, même pour aller faire un petit pipi, il vous en coutera 3 € pour le déplacement. Ici, tout se monnaye à 3 € ou 10 SRD minimum !

Ce qui est valable au départ de Guyane l’est aussi à Albina, à l’arrivée en face. En général, coté Suriname, on n’attend pas longtemps pour monter dans un taxi et foncer à tombeau ouvert sur la route, en partie récemment rénovée mais qui reste quand même houleuse, et riche en dos de tapir et de nids d’agami. Les bas-côtés sont eux littéralement garnis et décorés par les multiples couleurs vives des plastiques de notre civilisation moderne. Et on retrouvera cela jusqu’au Guyana, ce dernier pays ayant récemment décrété un " clean-up " ou grand nettoyage général en vue de la prochaine organisation de la coupe du monde de cricket en 2007, mais c’est une autre histoire.

Guesthouse à ParamariboAu petit matin, il n’est pas rare de croiser des véhicules dans les bas-côtés. Un peu plus de détritus…

Deux à trois heures plus tard, on n’a alors qu’une seule hâte : se jeter sous la douche dans un de ces agréables Guesthouse  ou un de ces Hotels-Casinos plus luxueux (pas vraiment ceux que fréquentent les écoutouristes) avant d’aller ensuite déguster un bami sur le front de la Suriname River et savourer un Parbo fraîche bien méritée.

Coté français, par contre, c’est un peu la roulette guyanaise ; c’est d’actualité avec le projet de Casino à Saint-Laurent du Maroni ! Avec de la chance, beaucoup de chance, les clients sont nombreux et le taxi-co alors surchargé (avec 8 passagers en principe, mais en principe bien sûr ….) s’échappera vite sur la route. Ou alors, cela tourne un peu au cauchemar. Dans ce cas, cette partie du voyage peut se transformer en une véritable attente, sans fin. Cette fois-ci, parti de Paramaribo à huit heures en taxi privé (120 SRD) et rendu à Saint-Laurent à dix heures trente, une fois le fleuve franchi et les démarches douanières remplies, j’ai eu un peu de chance - je n’ai eu à attendre que deux heures et demi (sic !), presque autant que le reste du parcours à effectuer - pour voir mon taxi-co s’engager pour la grande traversée trans-continentale, trans-amazonienne ! On pourrait croire qu’à une telle heure matinale, il y a de nombreuses liaisons régulières entre la sous-préfecture du département et la grande ville spatiale, fleuron de l’industrie guyanaise. Pas du tout. Rien, ou quasiment rien.

Je suis donc arrivé en ce lieu qui sert de «gare routière-fluviale»  à dix heures quarante-cinq. Il y a une seule passagère dans le taxi-co en attente de départ pour Kourou. Il n’y a qu’un seul taxi-co aussi. Cette première passagère est arrivée de Trinidad dans la nuit et se rend à Kourou où elle travaille pour la Chambre d’agriculture. Comme il n’y a plus de liaison SLM pour Cayenne, en arrivant de Port-of-Spain avec BWIA, il lui a donc fallu, en pleine nuit, rejoindre la Guyane où elle est a finalement « atterri» à sept heures du matin. Arrivée tôt de Paramaribo, elle n’a pas eu ma demi-chance au jeu de hasard du Taxi-Co du Grand Casino de la Vie de Saint-Laurent du Maroni. En fait, elle n’a pas eu de chance du tout. Pire. Cela fait ainsi presque 4 heures qu’elle patiente, calmement avec tout le flegme britannique des West Indies de Trinidad, à l’avant du mini-bus, seule, sans savoir quand elle va enfin pouvoir rejoindre la destination finale de son périple à elle dans les Guyanes, d’Ouest en Est celui-ci. En effet, même si la République de Trinidad et Tobago évoque les British West Indies, n’oublions pas que cela fait aussi partie intégrante de cette magnifique écorégion des Guyanes, une autre destination qui était auparavant très prisée par les touristes de Guyane quand il y avait encore une liaison SLM au départ de Cayenne.

Fête Nationale au SurinamNous sommes bientôt rejoints par deux Surinamais qui se rendent à Iracoubo. Le temps passe et la pluie aussi. Le soleil intermittent nous permet de sortir du taxi-étuve, et d’admirer les couleurs vives des pirogues, des plastiques aussi sur les berges. Un taxi-co arc-en-ciel, entre pluie et soleil, arrive de Cayenne. Le manège des " bagagistes " des piroguiers recommence. Les valises et les paquets sont saisis à l’ouverture des portes, puis transportés et installés, souvent de force, dans les pirogues en face, les touristes courent derrière. Les taxis sont ainsi vidés par de multiples mains, anonymes, qui saisissent tout en un instant. Puis ce sont de nouvelles attentes pour les chauffeurs et les clients au voyage de retour vers Cayenne. Notre taxi pour Kourou ne se remplit pas aussi vite que je l’espérais. Le temps commence à être long, très long sous le soleil des tropiques qui se rapproche de son zénith. Ici, il n’y a que le soleil qui est reluisant. Il fait chaud, soif, et faim aussi. La Surinamaise en profite pour aller faire ses courses à Albina après avoir assuré sa place en la payant par avance ; une espèce d’assurance contre une autre attente… Plus tard, elle le regrettera car elle aurait bien été tentée de prendre un autre taxi-co, non officiel celui-ci. Vers onze heures trente deux jeunes adolescentes Bushinenge arrivent pour aller en stage à Kourou. Elles espèrent comme tout le monde qu’on va partir maintenant que le taxi est presque plein avec déjà 6 passagers acquis. Une autre Bushinenge enceinte arrive. Ouf, plus qu’une seule personne et c’est la délivrance ! Et puis plus rien. Il est midi passé.

Il est treize heures et le ton monte dans le taxi. La chaleur aussi, régulièrement tempérée par quelques douches diluviennes en ce retour de la saison des pluies après une longue, très longue saison sèche. Il n’y a plus de chauffeur à l’horizon. Il s’est mis à l’abri de la pluie dans une autre taxi, à l’abri aussi des humeurs des passagers qui commencent à perdre leur flegme et leur patience. Cela va encore durer une heure, puis le chauffeur arrive, met de l’huile dans le moteur - un autre bidon vient de rejoindre ses confrères sur la berge -, met le contact et le moteur en route, re-disparaît, et puis plus rien. Un p’tit quart d’heure d’attente !

Non, après une nouvelle attente d’une demi-heure, sous les intempéries qui redoublent, le taxi-co ressemble à un véritable sauna, voire presque un jacuzzi (sic !) avec l’eau qui ruisselle de partout, le long des vitres embuées. Les dernières bouteilles plastique de soda sont vidées, jetées par les portes entrouvertes pendant un instant. Bientôt ce sera le tour de la barquette du repas de midi le long du trajet à travers la fenêtre. Le conducteur décide de ne plus attendre l’ultime passager, notre libérateur de cette interminable attente. En deux temps, trois mouvements, nous « décollons» et fonçons dans le brouillard des rues de Saint-Laurent pour à nouveau être parqués dans la cour d’une maison privée. Et voilà que tout recommence. On nous distribue cependant, enfin, notre billet : 23 € ! Et puis plus rien. L’ambiance est surchauffée et les paroles et récriminations des passagers-clients fusent de toute part en français, en taki-taki, en anglais. Et voilà deux nouveaux surinamais qui arrivent à bord de la voiture rabatteuse. Si je compte bien, cela fait maintenant 9 passagers pour 8 sièges en principe sans compter le chauffeur. Qu’importe, notre chauffeur a disparu et celui qui apparaît être le patron, celui qui a aussi encaissé le prix des courses collecté par le préposé ex-chauffeur, s’installe au volant. Il menace de déposer la Trinidadienne qui est hors d’elle. J’interviens, menace le patron d’appeler la police. Autant pisser dans un violon : «C’est pas son problème». Je la boucle donc, et attache ma ceinture ! A mon coté droit prennent place les nouveaux arrivants après que les jeunes femmes Bushinenge, enceinte ou pas, et la surinamaise, se soient regroupées à 4, sur la banquette arrière, là où il y a 3 ceintures de sécurité. Personne ne dit plus rien. Il n’y a plus rien à faire ; on est pris en otage. A l’avant, la Trinidadienne, épuisée, agressée verbalement ,capitule. Entre elle et le chauffeur, l’ultime passager, en position tampon, a pris place. Et nous voilà enfin prêts pour le grand voyage en espérant que ce ne sera pas le dernier.

Nous sommes finalement partis à quatorze heures, soit pour cette cliente de Trinidad d’un service dit public, sept heures après son arrivée en France. Quelle image pour ce Département français d’Outre-Mer, pour cette ville de Saint-Laurent du Maroni, la sous-préfecture, et quel bel exemple de développement du produit éco-touristique Suriname-Guyane. Mais Monsieur le Ministre n’a pas pu voir cela. Nous, les autres voyageurs d’affaires, de commerce ou pas, nous ne pouvons pas ainsi réquisitionner les avions de l’Etat français, et devons continuer à souffrir des faiblesses du service public de la Région Guyane, sur la route, dans les airs, en Guyane.

Touristes hollandais au Surinam, de retour de GuyaneJ’ai ensuite continué mon chemin vers le Guyana, et je n’étais pas totalement sorti d’affaire ! Depuis le onze septembre, la conjoncture internationale n’est pas bonne non plus pour les petites compagnies aériennes comme SLM, BWIA, LIAT et Air Jamaica qui desservent toutes les îles des British West Indies, le continent sud-Américain, l’Europe et les Etats-Unis. SLM n’a plus qu’un seul vol hebdomadaire pour le Guyana, le mercredi à huit heures du matin. Cela veut dire qu’il faut quitter Paramaribo vers cinq heures. Il y a bien sûr l’autre vol de BWIA mais il passe d’abord par Trinidad et Tobago, et part vers trois heures du matin. Il n’y a pas photo, et toute personne censée choisirait SLM pour aller au Guyana. Bien mal lui en prendrait. J’ai fait ce choix. Bien mal m’en a pris. SLM ne pouvait pas atterrir à Timehri au Guyana, faute d’avoir un nombre suffisant de voitures de pompier pour le gros porteur (quasi vide au passage avec une vingtaine de passagers dont une quinzaine de forestiers chinois « invités», venus prospecter le marché du bois au Suriname et au Guyana….on peut se faire du souci pour l’avenir de ces forêts). Après quelques hésitations, la compagnie nationale surinamienne décide donc de nous envoyer à Trinidad où la liaison régulière quotidienne de BWIA nous ramènera vers Georgetown. Si on regarde une mappemonde, on s’apercevra vite de l’absurdité d’un tel voyage, et de son coût énergétique, sans parler du coût salarial des heures perdues dans un tel fiasco aérien. Après un nouveau retard de BWIA, un vol annulé puis reprogrammé dans l’après-midi, nous sommes enfin arrivés à Georgetown le soir à dix-neuf heures, heure locale, soit exactement quinze heures (avec une heure de décalage horaire) après avoir quitté Paramaribo ! Au retour, il n’y avait que huit passagers pour le Suriname dans un bi-moteur cette fois-çi… Peut-être que le voyage par la route n’est pas si terrible après tout.

Un chauffeur guyanien du bus de Georgetown (Guyana) au SurinamUn chauffeur guyanien rencontré à Paramaribo le jour de la fête nationale m’a promis, juré, craché que c’est un beau voyage, exotique, de huit heures sans encombre. J’ai envie de le croire mais je ne sais pas si tous les éco-touristes sont prêts à perdre plusieurs précieuses journées de vacances dans de tels transports entre les Guyanes, du Guyana au Suriname, et vers la Guyane. J’en ai fait l’expérience et ce n’est pas vraiment probant.

Je passe sur les désagréments et le (mauvais) accueil reçu à Saint-Laurent, sur le non-respect du chauffeur du taxi-co vis-à-vis de cette passagère fatiguée qui s’étonnait de ne pas pouvoir rejoindre Kourou dans un temps raisonnable, et pas 11 heures après être arrivée à Saint-Laurent-du-Maroni. Je passe aussi sur la vitesse excessive du taxi sur la route, sur les dépassements en courbe en haut de côte, le surnombre de passagers, le manque d’information donné aux passagers.

Les passagers de Saint-Georges pourraient aussi certainement se plaindre et écrire sur leur mésaventure en Guyane. Aux écotouristes potentiels qui veulent se rendre au Guyana ou au Suriname depuis l’Europe, dans l’état actuel des choses, je leur recommande vivement de passer par Amsterdam ou Londres s’ils n’ont rien à faire en Guyane. Ils n’y perdront pas au change. 

Le temps c’est aussi une valeur importante en matière de tourisme. 

S’ils ont du temps devant eux, s’ils partent de Paris et veulent visiter les îles de Salut et le centre spatial à Kourou, puis les tortues à Awala-Yalimapo et le bagne à Saint-Laurent avant de poursuivre au Suriname pour y voir les singes-araignées et les divers gros volatiles comme le hocco et l’agami du Brownsberg Nature Park, alors ils peuvent passer par la Guyane et emprunter la route. Mais il faut être bien préparé, être amateur d’aventure épique, et cela n’est pas dans les guides touristiques.

Pierre-Michel Forget 
Eco-routard des Guyanes pour l’occasion

pmforget@yahoo.fr
Décembre 2004


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