
« Si on est là, c’est qu’on pense qu’ils sont vivants »
Emilie Perrier, Gilles Nayral, et Frédéric Farine photographiés par Philippe Boré le 30 mars 2007, jour de leur arrivée à Cayenne.
Qu’escomptez-vous faire ces prochains jours ?
Le 13 février, Loïc Pillois et Guilhem Nayral ont remonté le fleuve Approuague avec un piroguier jusqu'à la rive du saut Grand Kanori.
Vendredi 30 mars, vous étiez dans le même avion que le préfet de Guyane et François Bayrou, leur avez-vous parlé au cours de ce voyage ?
Guilhem Nayral et Loïc Pillois ne sont pas arrivés à Saül, commune de 60 âmes, nichée entre des montagnes forestières pouvant culminer à plus de 800 mètres. L'amie et le frère de Guilhem souhaitent s'y rendre en avion cette semaine.
Qu’avez-vous demandé aux autorités de l'Etat que vous avez rencontrées en préfecture samedi ?
Emilie Perrier : Nous leur avons demandé de relancer les recherches en forêt. On ne réclame pas 300 hommes et 15 hélicoptères. Si on est là, c’est qu’on pense que Guilhem et Loïc sont vivants. Il y a 8 jours, quand on a appris que les recherches des militaires en forêt allaient cesser, on s’est dit, non ce n’est pas possible…Dans 2 mois, on ne viendra pas demander la relance du dispositif, mais aujourd’hui, il y a urgence. Le préfet - nous rappelant au passage qu’il nous l’avait d’ailleurs expliqué la veille dans l’avion- a été très clair : il n’y aura plus, selon lui, de mission en forêt sauf en cas d’élément nouveau. Il a souligné qu’il avait d’autres missions à accomplir : surveillance des frontières, démantèlement des sites d’orpaillage clandestins, lutte contre l’insécurité et qu’il était comptable des moyens de l’Etat. Il estime que les recherches ont ratissé, sans rien trouver, l’itinéraire supposé de Guilhem et Loïc ainsi que les criques autour voire un peu plus au sud. Mais c’est justement parce qu’ils n’ont encore rien trouvé qu’on pense qu’ils doivent continuer.
Le bourg de Saül
Gilles Nayral : Le problème est qu’on est passé sans transition d’une phase active de recherches à une phase passive. Après une vingtaine de jours de recherches en forêt qui ont, je pense été bien faites, selon ce qu’on nous a détaillé, les militaires ont plié bagages et il ne reste qu’une dizaine de gendarmes (8 selon la préfecture, ndlr) qui essayent de recueillir des renseignements sur Saül (commune où étaient censés arriver les deux disparus, ndlr) et parcourent en quad les layons alentours pour essayer de repérer d’éventuelles traces. Ils « grenouillent » nous a-t-on dit.| « Un parcours extrêmement difficile »
Partis trois jours après Guilhem Nayral et Loïc Pillois, quatre randonneurs ont effectué, en un peu plus de 8 jours, un parcours similaire à celui prévu par les deux disparus : « Après avoir dormi comme eux à l’auberge de l’Approuague à Régina, nous sommes également partis en pirogue sur le fleuve Approuague vers le sud-ouest. Toutefois, pour notre part, à la différence des deux disparus, nous avons démarré notre randonnée à 200 mètres en aval du saut grand Kanori afin d’éviter une crique. On s’est mis en route le samedi 17 février à 9 heures. Puis, on a suivi un parcours plein ouest grâce à notre GPS. Après 8 journées de marche, nous sommes arrivés samedi 24 février vers 18 heures au carbet Popote à 5 kilomètres à l’est de Saül. On y a passé la nuit. Et le dimanche 25 février, on est arrivés à Saül vers 10 h. Et là, on a appris que les deux marcheurs censés nous précéder n’étaient pas encore arrivés » m’expliquait le 5 mars Philippe Weng, l’un des quatre randonneurs, par ailleurs directeur du BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières). « Nous n’avons rencontré ni marcheurs ni trace de marcheurs durant notre trajet, ni le moindre orpailleur clandestin. On a marché quotidiennement de 8 heures à 17 heures sauf la veille de l’arrivée où l’on a poussé jusqu’à 18 heures. Le parcours est extrêmement difficile, très physique. La forêt est dense, il faut ouvrir son layon. Notre moins bonne journée nous n’avons avancé que de 4 kilomètres à vol d’oiseau en marchant 8 heures. On peut estimer que le trajet fait plus de 100 kilomètres de marche en comptant les montées et les descentes » poursuivait alors Philippe Weng en ajoutant « Nous avions aussi les cartes au 50 millième du BRGM : ce sont les cartes les plus précises que l’on trouve sur la Guyane. Je pressentais que les deux randonneurs n’avaient pas ce type de carte puisqu’on n’a pas été sollicité au BRGM en ce sens ». |
| Chronologie Le lundi 12 février Guilhem Nayral et Loïc Pillois arrivent à Rochambeau par le vol d’Air France. Ils partent directement sur Régina.
La nuit du 12 au 13 février, ils dorment à l’auberge de l’Approuague à Régina Le mardi 13 février au matin, un piroguier les emmène sur l’Approuague jusqu’à la rive du saut Grand Kanori qu’ils atteignent en fin d’après-midi Le piroguier passe la nuit du 13 au 14 février avec les deux randonneurs, selon la préfecture, sous le carbet du Grand Kanori. Le 14 au matin, le piroguier repart. Le dimanche 25 février, 4 randonneurs partis 3 jours après Loïc et Guilhem arrivent à Saül Le lundi 26 février, Guilhem Nayral et Loîc Pillois ne sont pas dans le vol d’Air France qui décolle de Rochambeau et atterrit à Paris, le lendemain, mardi 27 février Le mercredi 28 février, les randonneurs qui ont réussi un parcours similaire préviennent la société « Couleur Amazone » que les deux randonneurs censés les précéder n’étaient pas à Saül à leur arrivée. Le jeudi 1er mars, les proches des disparus alertent, depuis la France, les autorités de Guyane Le vendredi 2 mars, un proche de Guilhem Nayral donne son numéro de téléphone sur le courrier des lecteurs de www.blada.com. Une première dépêche AFP fait état de la disparition des deux randonneurs. Samedi 3 mars après-midi, deux groupes de gendarmes et un groupe de militaires du CRAJ (commando de recherche et d’action en jungle) sont héliportés aux extrémités du parcours supposé des deux hommes où ils passent la nuit. Dimanche 4 mars, les recherches en forêt commencent. Mardi 6 mars, un détachement de 10 légionnaires est héliporté sur le parcours supposé des deux randonneurs afin de prêter main forte aux militaires Lundi 19 mars, Claire Lanet, le procureur de Cayenne ouvre officiellement une information judiciaire confiée à un juge d’instruction pour « disparition inquiétante » Vendredi 23 mars, dans un communiqué, la préfecture annonce la fin des recherches en forêt faute d’indice à partir du lundi 26 mars. Les légionnaires ont déjà mis fin à leurs recherches. Vendredi 30 mars, l’amie et le frère de Guilhem Nayral arrivent en Guyane pour demander que les recherches en forêt soient relancées. Samedi 31 mars, le préfet leur confirme que les missions de recherche en forêt « ne reprendront pas sauf nouvel élément ». |
Cécile Richard-Hansen agent de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) a fait une rencontre invraisemblable en forêt guyanaise, au milieu de nulle part : le 11 novembre 2005, avec deux autres fonctionnaires de l’Etat, elle est tombée nez à nez avec un Brésilien perdu selon ses dires depuis un mois : « La veille, on avait été droppé par un hélicoptère sur une savane roche avec des agents de l’ONF pour un programme scientifique conjoint d’inventaire sur la flore et la faune. On se trouvait sur la zone du site Grand Croissant (à un peu moins de 40 km au nord du bourg de Camopi, à 30 km à l’ouest du fleuve Oyapock, ndlr), à priori loin de tout site d’orpaillage. J’avais dit à mes collègues : ‘Au moins ici, on ne risque pas la mauvaise rencontre’. Le lendemain, nous étions sur un layon à deux kilomètres de notre camp de base. Et là, on a entendu du bruit et on vu arriver un tout petit mec, malingre avec une espèce de katouri-dos, (sac à dos fait de cordes, ndlr). Quand il nous a vus, sous l’emprise de l’émotion, il a immédiatement perdu connaissance. Il est tombé, les bras en croix. C’était un Brésilien, un « caboclo ». Il paraissait affamé mais il était tellement épuisé qu’au départ il n’arrivait pas à manger. On a commencé à lui donner de très petits bouts de « vache qui rit » puis ensuite de petits morceaux de Mars. Le « Mars » l’a quelque peu revigoré. Il disait qu’il était perdu depuis un mois, il répétait : ‘Camopi, Camopi !’. Il était juste vêtu d’un tee-shirt, d’un short et de bottes dans un état… Dans son katouri-dos, il avait le hamac du garimpeiro et un petit quelque chose assez pesant, on n’a pas regardé ce que c’était, on s’est demandé si ce n’était pas de l’or. Il avait aussi un fusil. En revanche, il n’avait pas soif, il avait du boire dans les criques. Pour rentrer au camp, il n’a absolument pas voulu qu’on le porte. Mais il faisait à peine 200 mètres avant de s’écrouler et de dormir une demi-heure. On s’est dit qu’on n’allait jamais y arriver. Il était d’une maigreur avec les genoux qui ressortaient… on aurait dit qu’il sortait d’un camp de concentration. Au camp, on a appelé le Samu avec le téléphone satellite. Le Brésilien n’arrêtait pas de nous remercier, de nous bénir avec de grands gestes, il délirait un peu aussi. C’était un vrai miraculé. Il a ensuite été héliporté aux urgences de l’hôpital de Cayenne. On ne sait pas ce qu’il est devenu.»
Frédéric Farine
1er avril 2007
f.farine@ool.fr
N.d.E. Fin de l'aventure le 5 avril. Le 5, Emilie et Gilles étaient à Saül, et Loïc est ressorti de la forêt, bien vivant et amaigri. Il est reparti aussitôt avec les secours, en hélicoptère, récupérer Guilhem, affaibli, resté en retrait à quelques kilomètres de Saül.
Le 6 avril, les deux hommes se portaient bien.
Article de Frédéric Farine sur le site de RFI.fr :
Disparus 50 jours en forêt, ils réapparaissent
Voir aussi : photos de Saül, par Philippe Boré
Le blog qui avait été créé pour retrouver Loïc et Guilhem
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(1912 - 1978)
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