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Point de Vue
Quelques éléments historiques pour mieux apprécier le débat somme toute assez ancien sur la création de nouveaux cantons en Guyane.
Par Juliana Rimane
Député de la Guyane, Conseillère générale

Même si la collectivité départementale a été et reste un enjeu de pouvoir, est-il décent qu’au moment même où l’on évoque la participation et la représentativité effective, que toutes les populations guyanaises résidant dans des espaces géographiques différents ne soient pas dignement représentées au sein du Conseil Général ?

En effet, comment concilier l’acclamation de nos spécificités : multi-ethnicité, enclavement, inégalités sociales et économiques, sans poser la question de la présence des populations des fleuves, voire d’autres populations au sein du pouvoir politique local.

L’antagonisme ne date pas d’aujourd’hui.
Dés son instauration en Guyane en décembre 1878, le Conseil Général ainsi que les communes élues (1879) symbolisent le pouvoir politique local. C’est ainsi qu’en 1893, sera augmenté les nombres des communes, car l’on reconnaissait déjà que les quartiers éloignés les uns des autres n’avaient aucun intérêt commun et que les difficultés de communication entre les sections d’une même commune commandait cette séparation.

C’est ainsi que seront dissociés Iracoubo de Sinnamary, Kaw de Approuague, Rémire de Matoury. Dans la même ligne, et toujours en 1893, les élus du Conseil Général demandent l’augmentation du nombre de conseillers généraux de la ville de Cayenne, demande récurrente depuis 1888.

Cette fois, il ne s’agit pas uniquement d’augmenter la représentation cayennaise, mais de restreindre, dans le même temps, celles des communes dites rurales.

La problématique de ces dernières, s’apparente étrangement à celle des communes des fleuves Oyapock et Maroni d’aujourd’hui.
A cette époque, la ville de Cayenne disposait de 7 conseillers généraux alors que les communes rurales étaient en position majoritaire avec 9 conseillers.

En 1896, le Conseil Municipal de la ville de Cayenne réitère sa demande, relayée par le Député Ursleur. La réponse du Secrétaire d’Etat aux Colonies, André Lebon le 8 juin 1897 est sans équivoque, puisqu’il affirme ne pouvoir « accueillir cette proposition qui aurait pour résultat inévitable de faire de la majorité du CG de la Guyane une émanation du Conseil Municipal de Cayenne ».

Le 13 mai 1899, le Conseil Municipal de Cayenne émet encore une fois le souhait d’augmenter le nombre de ses conseillers, et diminuer d’autant (- 2 conseillers) celle des communes rurales.

Le représentant de l’Administration, dans le cadre de la Commission Coloniale du 14 août 1899 s’insurge sur le fait que « diminuer le nombre des représentants des communes serait augmenter la tâche déjà si lourde et si difficile des 9 conseillers actuels… que ce serait porter atteinte à des droits acquis… » . Par ailleurs l’Administration fait remarquer que les 7 conseillers domiciliés en ville ne souffrent d’aucun préjudice résultant de déplacements longs et périlleux, ce qui n’est évidemment pas le cas, même de nos jours pour les élus des communes rurales.

Remarquons que si la Commission Coloniale prend fait et cause pour la non réduction des représentants des communes rurales, elle semble accréditer l’augmentation de la représentation cayennaise au sein du Conseil Général.

Cette accréditation est validée par le décret du 19 août 1899 qui accroît de fait la représentation de la ville de Cayenne qui devient majoritaire au sein du Conseil Général à la faveur d’un nouveau découpage des circonscriptions, et en diminuant les élus de la majorité de ces circonscriptions. Ainsi, la circonscription de Matoury-Rémire-Roura passe de 3 à 2 élus, celle de Tonnégrande-Montsinéry-Macouria de 2 à 1, celle de Kourou-Sinnamary-Iracoubo de 1 à 2 ; la seule commune de Mana aura 1 conseiller, et la circonscription de Oyapock-Approuague-kaw passe de 2 à 1.

Ces demandes récurrentes se justifiaient pour beaucoup d’élus parce qu’à leurs yeux, Cayenne, par ses activités politiques, économiques et culturelles, résumait la Guyane.

Il est vrai que toute collectivité est un enjeu de pouvoir ; mais doit-on pour autant ne considérer que cet aspect ? Personne ne contesterait de nos jours les représentants des anciennes communes dites rurales. Aujourd’hui, la représentation concrète de l’ancien territoire de l’Inini reste posée.

La création de nouveaux cantons est une nécessité pour une meilleure représentativité de toutes les populations vivant dans des espaces géographiques éloignés des centres de décisions. Nous avons des spécificités et voulons toujours, et à raison, les faire prendre en grande considération.

Veillons d’abord à nous imposer, à nous-même, ces règles que nous désirons faire accepter aux autres. Toutes les populations ont le droit, voire le devoir citoyen, de participer activement à la définition des politiques publiques, sous peine d’être exclues des instances de décisions.

Il en va de notre cohésion.


Juliana Rimane
Député de la Guyane, Conseillère générale

Avril 2007


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