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Juillet 2002 : Lettre de Bruno à ceux qui ont laissé un message sur ce site
« Nous considérons
l'ouverture du coeur et de l'esprit comme l'élément le plus important du
dialogue.» Nous souhaitons par cette lettre remercier tous les gens qui depuis la création de ce site en novembre 2000 nous ont adressé un message de sympathie, de félicitation, d'encouragement. Du fond du coeur, merci. N'ayant pas le matériel adéquat, nous ne pouvons vous répondre que par courrier postal et non par email. Blada passe régulièrement au marché pour nous donner notre courrier. Par contre, nous essayons de répondre à tous les messages avec adresse postale... Puisque nous parlons du marché de Kourou et d'apiculture, laissez-moi vous raconter une histoire d'abeilles à méditer... A ce marché, j'avais une bonne cliente professeur de yoga qui, à son retour d'un voyage en Orient, me confia que le Dalaï-Lama avait dit qu'il souhaitait se réincarner en abeille !... En abeille ! Je souris doucement en moi-même et pense, un si grand homme, en simple ouvrière d'une ruche ! même pas en reine, c'est bien peu d'ambition...! Et puis je retourne à mes ruches, à ces abeilles que j'aime tant, et petit à petit, une lumière s'est faite dans mon esprit un peu étroit et trop orgueilleux... Bien sûr, je connaissais déjà la perfection du travail des abeilles tant par la géométrie des alvéoles que par la qualité extraordinaire de leurs produits : miel, pollen, gelée royale, cire... propolis et même le venin qui peut soigner les rhumatismes. Non, c'était quelque chose de plus profond, de plus subtil auquel avait fait allusion le Dalaï-Lama. Me revint alors à l'esprit un vieux mythe sur la création des abeilles : les abeilles seraient nées des dernières larmes que le Christ a versé sur la croix... Vous ne me croirez guère mais je le dis quand même, les abeilles ont des qualités quasi divines que hélas les hommes étouffent ou ignorent trop souvent : Le partage, le don, le sacrifice, l'amour des petits... Le partage : vous savez comme moi qu'une partie seulement des abeilles d'une ruche vont chercher le nectar des fleurs. Cette nourriture stockée dans le jabot de la butineuse sera ramenée à la ruche et échangée à d'autres abeilles, donnée aux faux-bourdons ou stockée dans les alvéoles. Seulement un peu de nectar passera dans les intestins de l'ouvrière et servira à son métabolisme. Le pollen rapporté par les butineuses au niveau des corbeilles de leur troisième paire de pattes sera stocké et donné aux larves uniquement. Le don : Tous les produits issus de la ruche sont bons pour l'homme...! L'abeille produit plus qu'elle ne consomme. Elle peut offrir à celui qui s'en occupe bien : miel, cire, propolis, en échange celui-ci doit assurer aux abeilles protection contre les intempéries et les prédateurs, leur épargner la disette et leur offrir en abondance fleurs à pollen et nectar... Le sacrifice : On pense de suite évidemment aux gardiennes qui mourront après avoir planté leur aiguillon dans tout ce qui aura pu être un danger potentiel pour leur colonie. Mais il est un autre sacrifice dont Maeterlinck a si bien parlé : c'est l'essaimage ! Au moment où la cité des abeilles regorge de provision, où la cité est à son apogée, la colonie va se scinder en deux et une moitié partira avec la reine pour refonder une colonie ailleurs, à partir de rien sauf du miel emporté en provision dans le jabot. La fille qui va éclore bénéficiera de la cité toute bâtie, des provisions et de toute une population d'abeiller à naître. L'amour des petits : Chez les insectes sociaux que sont les abeilles, l'instinct de s'occuper des petits est très fort. Beaucoup d'apiculteurs l'ont observé et utilisent cela pour fixer les essaims trop vagabonds : il suffit de mettre un cadre de jeunes larves d'abeilles pour qu'aussitôt n'importe quel groupe d'adultes se fixe et s'occupe de ces jeunes avec grande dévotion. Bien sûr, vous me répondrez : tout cela est instinctif, l'abeille obéit à son instinct, mais il faut bien le reconnaître, ces réflexes instinctifs des abeilles sont des plus élevés, des plus nobles, comme d'ailleurs tous les produits qu'elles fabriquent... Alors, tout en continuant d'ouvrir mes ruches, je me dis que je ne suis pas "le berger des abeilles" mais qu'elles sont mon maître, et je leur demande secrètement que l'élève que je suis s'imprègne de leurs divines qualités. Bruno
Gaucher |
Blada éditeur
Le
Petit Journal de Kourou