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A
l'ENCRE, les débats du Congrès des parcs régionaux ont repris.
Les élus locaux sont sur l'estrade avec le ministre. Des débats
fastidieux selon les uns, passionnants selon les autres. Quelques
paupières se sont fermées.
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Pas le temps d'y
assister, mais plusieurs journalistes métropolitains nous rapporteront
qu'ils ont été impressionnés par la sincérité et la motivation de José
Gaillou, président du Parc Naturel Régional de Guyane, apparemment bien
isolé, mais fermement opposé à toute forme
d'orpaillage dans le parc.
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Le
collectif «Quel orpaillage pour la Guyane ?» a
organisé une rencontre entre les associations guyanaises de
protection de la nature et les journalistes métropolitains de
l'environnement.
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Une vingtaine de
personnes, et un unique sujet d'échange : l'orpaillage. Les
questions fusent sans complaisance en direction des associations,
dans des registres de sensibilités très diverses, allant du
vaguement condescendant au franchement amical.
Les associations s'expliquent et argumentent auprès
d'interlocuteurs visiblement documentés, peut-être plus à la
recherche d'une sensibilité locale que d'une véritable
information.
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A la question de
savoir pourquoi le collectif a choisi cette appellation sous forme de
question, les membres du collectif répondent qu'il n'était pas question
pour eux d'évacuer d'emblée une possibilité de développement économique
pour des populations défavorisées. A l'issue de la réunion, le collectif
Or remettra aux journalistes de l'environnement un épais document de
travail, fruit d'un difficile travail d'équipe.
Repli vers des réunions
différentes : le congrès des PNR pour les journalistes, la rencontre avec
le ministre pour les associations.
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Les yeux du
même bleu que la cravate, le ministre Serge Lepeltier ne manque
pas d'allure, mais il en faudra davantage pour convaincre par un
discours attentiste des associations confrontées à la réalité du
terrain. Le ministre est accompagné de conseillers et de
techniciens ainsi que du SGAR,
qui a revêtu pour la circonstance le costume de préfet par
intérim.
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Les interventions
vont crescendo. L'association de Petit-Saut (ADSPS)
s'inquiète à travers la personne de Philippe Cerdan du statut de
la route qui mène au barrage, Graine (3)
souhaiterait plus de
moyens pour développer l'éducation à l'environnement, Kwata
déplore la diminution dramatique des crédits. Le gestionnaire de
la réserve volontaire Trésor se dit consterné que, par manque de
moyens, les réserves ne puissent plus assurer leur rôle de
vitrine. Le ministre assure
que «tout ce qui concerne la biodiversité est
prioritaire», et que le budget a augmenté de 11 %. Le
WWF s'inquiète du manque de transparence sur les autorisations de
prospection accordées aux sociétés pétrolières au large de
Saint-Laurent du Maroni. Sur cette dernière interrogation, le ministre
«n'a pas d'élément de
réponse», mais il va se renseigner.
A plusieurs reprises, le
ministre a rappelé que ce sont les Guyanais qui décideront de ce
qu'ils souhaitent faire du Parc du Sud.
Quand le sujet passe à l'orpaillage, le climat devient tendu,
et l'énoncé des «mesures considérables» prises par le
gouvernement contre l'orpaillage illégal , avec trois escadrons de
gendarmerie exclusivement dédiés à cette mission, sonne comme un refrain
trop souvent entendu., |
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«Ce qu'il faut,», dit le ministre
«c'est que les moyens soient donnés sur la durée. C'est une
oeuvre de très très longue haleine.»
Tout espoir de voir la
situation se rétablir rapidement étant abandonné, l'offensive
monte d'un cran.
Claude
Suzannon intervient au nom de la Sepanguy, qui fête ses 40 ans
d'existence. Il déclare approuver l'idée de parc dans le Sud, mais
être opposé à toute forme d'orpaillage dans le parc. Pour la
Sepanguy, si les discussions sont ouvertes et s'il n'y a pas de
parti pris du gouvernement, il convient de ne pas handicaper dès
maintenant les réflexions sur les limites du parc en donnant des
autorisations d'exploitation d'orpailler dans des zones susceptibles
de faire partie intégrante du parc. C'est pourtant ce qui a été
fait par la commission des mines qui a accordé une autorisation
d'exploiter dans une zone à forte diversité, située entre les
limites de 1998 et celles proposées par les associations. Etonnement
du ministre, c'est noté.
L'argument a visiblement
porté puisque lors de la conférence de presse qui suivra, les
propos du ministre semblaient avoir évolué sur ce sujet. Lorsque
Claude Suzannon évoque ensuite un problème d'éthique sur
l'incompatibilité de l'orpaillage (exploitation d'une ressource non
renouvelable) et du développement durable, le ministre se gratte la
tête : il va falloir trouver des arguments !
On est dans une
phase de discussion, précise encore le ministre, il y a des
commissions qui se réunissent, aucune décision n'est prise, mais
il faut faire la différence entre le coeur du parc et la zone
périphérique, qui est une zone de libre adhésion dans laquelle des
activités d'orpaillage ne sont pas exclues. |
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«
L'orpaillage ne concerne que ceux qui font du profit sur la misère
des autres», lance le président du GEPOG.
Le collectif
«Quel orpaillage pour la Guyane ?» ne posera
qu'une seule question, mais de taille. Tenant dans les mains un document de
référence sur le mercure : «Compte-rendu du séminaire
"Mercure et santé" des 19-20-21 février 2001 à Cayenne,
édité par la préfecture de Guyane», le représentant du
collectif donne lecture du passage qui suit, en page 10 du document
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Question posée par A. Cognat : «... quel est le statut des sites
d'orpaillage sur la Waqui et dans la région de Camopi ?»
- Réponse de monsieur Masse, Préfet de Région : "... le seul
site existant en zone à accès réglementé a été autorisé en
1998 suite à une erreur administrative des services fiscaux.
Depuis, le pétitionnaire, monsieur Machine, a été informé de
cette erreur et de la non validité de son autorisation
d'exploitation...»
Si
les associations présentes comprennent fort bien la portée de la
terrible mise en cause, et l'allusion faite à un ancien préfet
dont les agissements ont durablement porté préjudice aux
populations du fleuve et à la paix sociale (des faits que l'estime
populaire portée à Ange Mancini ne pourra pas faire oublier), le ministre, lui,
ne semble pas avoir encore réalisé. |
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Le
représentant du collectif précise au ministre que, selon ses
informations, les orpailleurs seraient encore dans la zone
réglementée de la Waki et du Tampoc , s'employant même à
étendre leurs activités, les noms ont été donnés au directeur
de cabinet de Brigitte Girardin, assure-t-il, à l'occasion
d'une entrevue accordée au collectif, confirmée par courrier
à la ministre le 6 octobre.
S'ensuit un échange
surréaliste sur la portée d'une erreur administrative.
Un
président d'association s'indigne et évoque des
"magouilles". Le ton monte. Serge Lepeltier lui signifie
qu'en d'autres lieux il pourrait être accusé de calomnie, que tout
cela est l'affaire des juges et des tribunaux, mais, devant l'assurance de son interlocuteur, le ministre finit par lever des
yeux écarquillés vers le SGAR, qui répond tranquillement.
La réponse du SGAR ne sera pas
audible, mais parfaitement
lisible sur ses lèvres : «c'est Vian».
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Jean-Réné
VACHER, Secrétaire Général aux Affaires Régionales de la
Préfecture de la Guyane (SGAR) |
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| Un
peu fébrile,
Serge Lepeltier rassemble vivement ses dossiers pour mettre fin à
la réunion. Mais Jean-Aubéric Charles, représentant de la
FOAG(4), s'est levé. Il devra être entendu. |
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Les Amérindiens, dit-il,
s'opposent totalement à l'orpaillage, qui détruit leurs
conditions d'existence, la loi doit être appliquée. Le
ministre, qui a reposé ses dossiers, se veut rassurant : «la prise en compte des
populations autochtones est pour nous essentielle».
Après avoir fait référence au statut fragile des Amérindiens sur
leurs propres terres, mais assuré qu'il était cependant favorable
au Parc du Sud, Jean-Aubéric Charles conclut : «il est
fondamental qu'on puisse travailler ensemble et mettre en place des
espaces de collaboration». De longs applaudissements suivront cette
dernière intervention. |
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Direction la
conférence de presse avec les journalistes nationaux et régionaux,
dans une autre des nombreuses salles de l'ENCRE. Cette fois le sujet
ne tournera qu'autour du parc du sud, de l'orpaillage et du
développement durable.
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A
ceux qui trouvent que le projet s'éternise, le ministre
répond : «on nous avait fait le reproche que les Guyanais
n'avaient pas été associés», puis «je n'annoncerai pas
de dates, parce que le processus est compliqué, mais il est
en bonne voie». Après avoir précisé que le comité de
pilotage de la mission Parc se réunira fin octobre, le
ministre ajoute : «Pour prendre en compte la spécificité
de la Guyane, nous devons modifier la loi sur les parcs
nationaux.» |
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Une
journaliste évoque une discussion avec José Gaillou,
et affirme que ce dernier serait opposé à l'orpaillage dans le
parc, y compris en périphérie, car il craint une contagion sur le
coeur. Le ministre dit s'interdire d'interférer sur les
travaux en cours, et précise : le parc est constitué d'un coeur de
parc qui a un objectif de conservation de l'environnement, et d'une
zone périphérique d'adhésion qui a un objectif de développement
durable.
Après
quelques échanges sur la notion de développement durable et sur la
minuscule frontière dans certains cas entre orpaillage clandestin
et exploitation minière déclarée, les questions s'envolent : un moratoire sur les permis
d'exploitation ? un audit sur l'orpaillage ? Serge Lepeltier
n'annoncera pas de mesures supplémentaires pour lutter contre
l'orpaillage clandestin et admettra, lorsque la question lui sera
posée de savoir quels sont les moyens que se donne la république :
«C'est pas moi qui peut vous répondre.»
Blada pour sa
part a choisi d'exprimer au ministre son ressenti : Vous dites que les
Guyanais doivent décider, mais comme ce n'est pas 3 escadrons de
gendarmerie mal équipés qui vont régler le problème - les gendarmes eux-mêmes
le disent (5)
- , à la vitesse où vont les choses, il se pourrait bien que dans dix ans la Guyane soit devenue un
territoire dévasté et une gigantesque poubelle, nous direz-vous
alors que c'était notre choix ?
Blada, 16
octobre 2004.
3. Groupement
régional d’associations d’éducation à l’environnement en
Guyane
4.
Fédération des Organisations Amérindiennes
5.
"Nous ne nous en sortirons pas seuls" : Entretien avec le
colonel Danède paru dans Libération
du 16 octobre 2004. Voir aussi, du même jour sur
Libération : Guyane,
un parc embourbé dans l'or.
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