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Jodla 05/09/06
L'art et la manière

Avec des manières autrement plus élégantes et "civilisées", les pérépéties du nouveau «protocole de bon voisinage» qui vient d'être signé entre le chef coutumier de la communauté Palikur de Favard et CBJ Caïman n'est pas sans rappeller une autre affaire qui remonte à l'année 2000 et qui concernait la communauté Wayana.
Sous la pression des orpailleurs menés par Jean Béna qui bénéficiait de soutiens plus que surprenants de la part des autorités de l'Etat en la personne du préfet Vian, les chefs coutumiers d'Elahé et de Kayodé - pourtant signataires des accords de Twenké de 1998 qui dénonçaient les activités minières polluantes -  avalisaient un laisser-passer sur le Tampoc pour permettre aux orpailleurs d'exploiter sur la Waki, en zone protégée.  A l'époque, la Fédération des Organisations Amérindiennes de Guyane avait dénoncé violemment les faits en ces termes, qui pourraient être repris tels quels aujourd'hui, sauf à remplacer le mot Wayana par le mot Palikur : « Nous appelons l’opinion publique guyanaise, nationale, internationale à interpeller l’Etat français et les collectivités territoriales pour le respect de la position des Wayana afin de préserver leurs territoires, de faire respecter leurs droits, politiques, sociaux, économique, culturel, d’assurer leur propre développement, d’avoir un environnement sain, de garantir la santé face à la spéculation étatique, institutionnelle, des multinationales et des bandits intouchables.»

Dans un premier temps, Asarco (devenu CBJ Caïman) avait signé en 2004 avec le chef coutumier Palikur de Favard une « convention pour le passage d'une piste », convention entâchée d'illégalité et dénoncée par la FOAG car elle ne prévoyait aucune contrepartie pour la communauté Palikour. Le 17 août 2006, pour éviter le procès que s'apprêtait à intenter la FOAG, CBJ Caïman et le chef Palikour de Favard signaient un « Protocole d'accord transactionnel de fin de contentieux », suivi d'une nouvelle convention, intitulée cette fois « Protocole de bon voisinage », par laquelle CBJ Caïman accorde royalement à la communauté Palikur représentée par l'association Waliku (dont le président n'est autre que le chef coutumier), en contrepartie de son autorisation de traverser la zone de droits d'usage, une somme d'un peu plus de 1 euro par jour et par habitant, tout en reconnaissant que de profondes perturbations environnementales sont à prévoir au sein d'une zone vitale de subsistance. (Voir aussi communiqué conjoint Waliku/Caïman)
Là encore, « soutien plus que surprenant de la part des autorités », on apprenait parallèlement que l'Etat aurait vendu, pour ne pas dire donné à la CBJ Caïman, en août 2005, dans la plus grande discrétion, plusieurs dizaines d'hectares de la zone de droits d'usage de la communauté Palikur. Une véritable forfaiture dont il faudra répondre.

Non seulement les peuples autochtones ne peuvent pas être maîtres sur leurs propres terres mais en plus, l'Etat vend leur zone de droits d'usage à une multinationale !

Si ce projet Cambior a le malheur de voir le jour, il est plus que vraisemblable (comme ça s'est vu à Kayodé en 2000 où les habitants ont tenté d'arrêter les bulls de Béna malgré le laisser-passer donné par leur chef) que la communauté Palikur de Favard finiisse par prendre la mesure du préjudice qui vient de lui être fait, et en tire les conséquences en destituant son chef coutumier et en dénonçant les accords passés. Mais sera-t-il encore temps ?

Saluons la FOAG qui ne baisse pas les bras devant ces multiples atteintes aux droits des peuples autochtones : A lire et à relire le communiqué de la FOAG du 28 août 2006.

Un texte essentiel : une très longue lettre adressée par l'association Action Santé Environnement à Jean-Pierre Raffarin, alors premier ministre. Ce courrier, qui a pour objet "Catastrophe environnementale, sanitaire, humaine dans le département de la Guyane", reprend point par point l'historique d'une situation que chacun s'empresse d'oublier et qui devrait pourtant être gravée dans toutes les mémoires :
Lettre de Action Santé Environnement à Jean-Pierre Raffarin en date du 23 janvier 2004