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Jusqu'au 24/01/08 - Macouria    Théâtre aux JT Macouria :
24/01 : L'ile des esclaves

La Compagnie Théâtrale Guyanaise
présente les JTM de Macouria
salle municipale de Macouria (première salle conventionnée de Guyane)

jeudis 17 et 24 janvier 2008 à 20 heures

Les JTM accueillent la Compagnie du Rêveur du temps fou,
de Villebois Mareuil (36300)
avec une pièce de Marivaux

Lire la critique du spectacle en fin de page :
Isabelle Lapierre : « Marivaux chez les Marrons »

L'Ile des esclaves
Iphicrate et son valet Arlequin font naufrage. Ils débarquent dans l'île des esclaves, une île fondée, il y a une centaine d'années par des esclaves révoltés. Dans cette île les maîtres deviennent des valets et les valets des maîtres. Ainsi, Iphicrate et son laquais Arlequin, Euphrosine et sa soubrette Cléanthis échangent leur condition, leurs vêtements et aussi leurs noms…

 

 

 










copyright des photos : J©Villain 2008
extraites du site de la Compagnie Théâtrale Guyanaise

Seules deux représentations de cette pièce sont données en Guyane, la deuxième et dernière représentation aura lieu le 24 janvier. Il serait totalement déraisonnable de manquer ce spectacle tant il est rare de trouver un travail de cette qualité. Le public d'ailleurs ne s'y est pas trompé et a accueilli avec beaucoup d'enthousiasme la représentation du 17 janvier. 


Isabelle Lapierre, professeur de lettres et de théâtre au lycée Monnerville de Kourou, a assisté à la représentation du 17 janvier aux JTM, ainsi qu'à la très originale déambulation à travers Macouria du dimanche 20 janvier. Elle nous en fait un compte-rendu vibrant !

Marivaux chez les Marrons

Les jeudis 17 et 24 janvier, la Compagnie Théâtrale Guyanaise accueille à Macouria « L’île des esclaves » de Marivaux, dans une mise en scène de François Forêt de la Compagnie Le Rêveur du temps fou de Villebois Mareuil.

Au large de la Grèce, une expédition d’Athéniens vient de faire naufrage et débarque sur l’Ile des esclaves, qui présente un gouvernement original : ici, les esclaves se sont révoltés et « leur coutume, mon cher Arlequin, est de tuer les maîtres qu’ils rencontrent, ou de les jeter dans l’esclavage » annonce Iphicrate, pas très rassuré, à son bon valet ravi de l’aubaine.

Le spectateur débarque lui aussi, dans un espace à deux dimensions :

- une toile de fond blanche, qui renvoie tout d’abord à la fracture du naufrage, telle une ultime voile sur laquelle souffle le vent de la désolation

- une piste de sable, où ont échoué les naufragés, image métaphorique de cette île utopique où le spectacle va commencer

Dés les premières répliques, on comprend que cette robinsonade ne sera pas une synécure : les échanges sont vifs, les événements s’enchaînent et les corps s’agitent. Soudain, la voile se métamorphose en un théâtre d’ombres sur lequel apparaît la silhouette d’un curieux maître de cérémonie : la toile devient le lieu du message politique, sorte de tribune sur laquelle Trivelin entame son « cours d’humanité », en une gestuelle gracieuse et élégante.

La piste, quant à elle, n’est pas en reste : elle se change en véritable ring où les acteurs s’entraînent dans leurs nouveaux statuts. Car passer de maître à esclave n’est pas de tout repos …

D’autant que Trivelin a donné le ton : on n’a pas toute la vie devant nous. En fait Marivaux ne laisse que 8 jours aux uns pour renoncer au pouvoir, et aux autres pour s’habituer à la liberté…

Evidemment, certains amateurs de la syntaxe des Lumières seront peut-être un peu frustrés, car il s’agit de malmener « la langue d’Athènes ». Alors ici, pas de déclamations, pas de morceaux de bravoure ( Marivaux lui-même n’avait pas prévu de monologues dans cette pièce) et tout le monde est sur le pont : le texte est compressé, compacté, propulsé comme dans un théâtre de foire… nous sommes dans de la thérapie brève…

Quant aux carnavaliers, à coup sûr, ils y trouveront leur compte. Dans « L’île des esclaves » comme dans le carnaval, la leçon d’humanité est collective car ce n’est que par l’agitation que les rapports politiques peuvent changer et les différents acteurs sociaux évoluer ensemble.

Précisons qu’après la première leçon d’humanité du jeudi 17 janvier, le cours s’est poursuivi dimanche 20 janvier par une séance de perfectionnement pour une cinquantaine de volontaires qui souhaitaient une piqûre de rappel. Dans la plus pure tradition guyanaise de la parade du dimanche après-midi, la troupe du Rêveur du temps fou a invité le public à une déambulation improvisée dans le Centre culturel de Macouria détourné pour l’occasion en véritable Maison des fous… Guidé par un infernal tandem composé d’un Monsieur Loyal hystérique et de son porte-serviette souffre-douleur, le public héberlué a suivi une étourdissante visite. Rien ne manquait dans ce dédale en folie : une chanteuse réaliste un peu slave, un peu Piaf et beaucoup folle dingue, deux actrices accrochées au mur et dont on ne savait si elles étaient en cage ou en résidence, un calamiteux scientifique dont les expériences tournent au fiasco, une initiation à la poterie à mourir de rire, un stage de théâtre qui réconcilie à tout jamais avec le drame romantique, une performance ébouriffante sur un monologue de Tchékhov et un guide touristique plutôt collant rebaptisé « Guy-Yann » pour les besoins de la cause, le tout entrecoupé de dialogues maître-esclave qui nous ont permis de compléter le cours d’humanité du jeudi précédent.

Pour les absents à la première séance, un cours de rattrapage est prévu le jeudi 24 janvier à 20 heures.

A ne rater sous aucun prétexte…

Isabelle Lapierre,
Professeur de lettres et de théâtre au lycée Monnerville de Kourou.
22 janvier 2008

Renseignements Compagnie Théâtrale Guyanaise
Salle conventionnée de Macouria
0594 29 24 70 et 0694 24 23 73
cie.theatrale.guyanaise@wanadoo.fr

Plus d'infos sur le site de la Compagnie Théâtrale Guyanaise : http://www.cie-theatrale-guyanaise.com
 

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