Mais Patrick Moreau, avec la Compagnie de l'Homme aux semelles de vent, ne se contente pas de monter la célèbre pièce de Genêt, il reprend le drame depuis le début, dans le contexte de l'époque, en l'accompagnant de musiques soigneusement choisies, d'images projetées issues d'archives, avec un regard très personnel sur ce drame où le choix des acteurs (deux soeurs, une noire, une blanche) décale très sensiblement le sens du texte. Patrick Moreau nous révèle ainsi, en la personne de Valérie Whittington (prof dans la vie), une comédienne guyanaise généreuse et émouvante, qui crève la scène. Ca donne envie de ressuciter Genêt, Jouvet et les soeurs Papin pour leur demander leur avis !
Blada
Renseignements Compagnie Théâtrale Guyanaise
Salle conventionnée de Macouria
0594 29 24 70 et 0694 24 23 73
cie.theatrale.guyanaise@wanadoo.fr
Le dossier du spectacle
Les photos ci-dessous sont de Alalla, prises à l'occasion des répétitions (merci Alalla !)
DRAMATURGIE
« Les Bonnes » est basé sur un fait divers réel : le crime des soeurs Papin. En 1933, Christine et Léa Papin, âgées de 28 et 21 ans, sont depuis 7 ans au service d'une famille bourgeoise du Mans où elles donnent tout satisfaction. En février, elles assassinent leurs patronnes, avec sauvagerie. Après quoi elles lavent les armes du crime (un marteau, un couteau à découper et un pichet d’étain). Elles se lavent elles-mêmes et se couchent dans le même lit.
Ce crime a fasciné les auteurs surréalistes.

En 1947, dans « Les Bonnes », Genet ne prend en compte ni l'aspect social ni la folie explosive du meurtre. Les Bonnes sont le contraire d'un mélodrame sanglant. C'est un rite cérébral qui débouche sur le mythe et rejoint la tragédie. Madame ne meurt pas. Ce sont les Bonnes qui s'autodétruisent. Donc Genet détourne le fait divers et le retourne comme un gant. Chaque agression contre Madame est fantasmée ou avortée, et si elle devait mourir ce serait par le poison, la strangulation ou l'asphyxie, comme chez Racine. Genet a inventé le personnage de "Monsieur" et leur dénonciation à la police. Ainsi, Madame ayant rendez-vous avec lui, elle échappe au poison que les Bonnes lui ont préparé. Les soeurs haïssent Madame mais elles s'entre-déchirent tout autant et Claire a peur de Solange. L'unité d'action des Bonnes se résume d'un mot : "tuer Madame". Dans la première partie de la pièce, les deux soeurs jouent à mimer ce meurtre qu'elles n'ont pu accomplir dans la réalité. Dans la seconde partie, nouvel échec. Madame refuse de boire le tilleul empoisonné. Dans la dernière partie, c'est Claire qui, dans le rôle de Madame, boit le poison. de façon symbolique, Madame est morte, mais concrètement elle est vivante. Il y a donc du classicisme dans cette composition. C'est à dire : Solange est incapable d'étrangler Madame, Claire est incapable de l'empoisonner et Claire force Solange à lui administrer le breuvage mortel.

Nous tenterons de mêler étroitement la fiction et la réalité, les noms des personnages de la pièce sont remplacés par ceux des véritables bonnes, le reste du texte est gardé après l’avoir épuré du dit qui n’intéresse pas notre propos.
Il est souvent question de la Guyane dans le texte, en effet, Monsieur, s’il est reconnu coupable, risque le bagne, la Guyane devient donc un échappatoire à la condition des bonnes, puisqu’elles le suivraient là-bas, disent-elles.
Bien que Genêt, dans sa préface indique clairement que le texte n’est pas un plaidoyer pour la domesticité, il semblerait qu’il ait voulu brouiller les pistes, certains passages sont de véritables diatribes contre les conditions de travail de l’époque.
Il nous a semblé dès lors judicieux de montrer que l’esclavage déguisé existait encore à une époque pas si lointaine…
Nous nous servons donc du texte de Genêt pour éclairer l’acte perpétré par les sœurs Papin en 1933, acte qui n’a jamais vraiment été élucidé.
SCENOGRAPHIE
La scénographie tente de figurer l’aliénation des personnages.
Milieu fermé, clos sur lui-même où la seule ouverture vers l’extérieur est une « porte « dans le fond, qui donne sur un ciel bleu et nuageux, incarnation du dehors si beau et jamais atteint par les bonnes.
Le public est très près du plateau et en fait partie intégrante, un tulle qui occupe tout le devant de scène est la seule séparation. Ce tulle servira aussi aux projections audio-visuelles qui émailleront la pièce. Elles serviront à ramener sans cesse le spectateur dans le monde réel des sœurs Papin.
EQUIPE TECHNIQUE
Comédiens :
Joelle Dubin-Langlois : Léa Papin
Valérie Whittington : Christine Papin
Mise en scène :
Patrick Moreau
Assistanat :
Christine Mouret
Audio-visuel et caméra live :
Philippe Passon et Alain Llamas
Lumières :
Françoise Armanville
PATRICK MOREAU
2007 : Création et interprétation du rôle de « Decaz « dans « Les Copropriétaires » de G. Darier. Cie du Colibri. Cayenne mars.
Création et interprétation de différents rôles dans « Tig et l’Homme » de J. Sabatier. Mayouri Théâtre. Tournée dans toute la Guyane de janvier à mai.
Animateur de « Kaz Teat « enfants à Macouria, Cie Théâtrale Guyanaise.
2006 : Création et interprétation du rôle du Roi dans « Escurial » de M. de Ghelderode, Cie de l’Homme aux Semelles de Vent, Cayenne.
Création de « La Compagnie de l’Homme aux Semelles de Vent », Montsinéry.
Intervenant ponctuel dans le cadre de l’Education Nationale : Clin ; Guyane.
Intervenant au Printemps Théâtral à Kourou
Intervenant professionnel Option théâtre Lycée Monnerville, Kourou, Lycée Damas, Cayenne.
Mise en place de la Compagnie Théâtrale « Les Bâches Bleues » Matoury. Mise en scène et acteur.
2005 : Création d’un petit spectacle sur l’abolition de l’esclavage, Pôle Culturel, Kourou.
Formateur dans le cadre de la Mission Locale pour l’emploi, Cayenne, Association A.c.t.r.i.c.e.s.
2001- : Administrateur de « Métamorph’ose asbl », formation théâtrale, Chimay, 1997 Belgique.
Professeur de théâtre dans l’asbl « Le Sara «, Mariembourg, Belgique.
Diverses mises en scène.
1995- : Burundi ; cours privé théâtre, formateur pour la Coopération Française,
1992. réalisation de courts-métrages
1990- : comédien professionnel et enseignant dans le domaine artistique,
1980 Belgique