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Infos citoyennes

14/11/25
Vaccination des femmes enceintes : « Être proactifs en parlant nous-mêmes de la vaccination »

Les XIVes Assises amazoniennes de gynécologie, obstétrique, néonatalogie et anesthésie obstétrique ont débuté mercredi et se terminent ce soir. La vaccination des femmes enceintes a occupé une large part des échanges, le premier jour.

Dans son dernier bulletin sur le sujet,  publié en avril, Santé publique France juge les couvertures vaccinales généralement « très insuffisante » ou « faible en légère progression », en Guyane. C’est particulièrement le cas chez les nourrissons :

  • Les couvertures vaccinales contre le vaccin hexavalent (diphtérie, tétanos, polio (DTP), coqueluche, Haemophilus influenzae b (Hib), hépatite B) et contre les pneumocoques sont très insuffisantes (56% et 64% respectivement).
  • La couverture vaccinale contre les infections à méningocoques C est faible (60 %) et celle contre les infections à méningocoque B, recommandée depuis 2022, est faible également mais a progressé en 2024 pour atteindre 12 % (contre 5 % en 2023).

Ce sujet de la vaccination a occupé une large part des échanges, lors des XIVes Assises amazoniennes de gynécologie, obstétrique, néonatalogie et anesthésie obstétrique, qui ont débuté mercredi et se terminent ce soir.

Le Dr Céline Michaud, infectiologue à la coordination des CDPS et hôpitaux de proximité, a témoigné d’une « dégradation de la couverture vaccinale » dans les communes de l’intérieur, ces dernières années. Que ce soit en raison des perturbations de l’offre de soins pendant la pandémie de Covid-19 ou en raison des difficultés des centres de PMI. « Nous commençons à accumuler des retards vaccinaux », constate-t-elle. Ces retards se sont traduits, notamment, par au moins 16 cas de coqueluche dont deux décès, l’an dernier (lire la Lettre pro du 14 janvier),  et le décès, plus récent d’un enfant ayant contracté le tétanos (lire la Lettre pro du 26 septembre).  Dans l’intérieur, des campagnes de rattrapage sont régulièrement organisées car « il est illusoire de penser que le rattrapage vaccinal pourra se faire uniquement par le soin courant », estime-t-elle.

L’an dernier, en amont des Assises amazoniennes, le Pr Olivier Picone (hôpital Louis-Mourier) était revenu sur les recommandations de vaccination des femmes enceintes, dans un interview à la Lettre pro.  Le sujet a de nouveau été traité mercredi, par le Pr Caroline Charlier (hôpital Cochin). Le Dr Najeh Hcini, gynécologue-obstétricien au CHU de Guyane – site de Saint-Laurent-du-Maroni, a complété son propos en dessinant des pistes pour parler de vaccination à ses patientes. « Aujourd’hui, elles entendent davantage parler de vaccination à la télévision et sur les réseaux sociaux que par leur médecin », regrette-t-il tout en appelant à « adapter le discours au territoire guyanais ».

Il a ainsi souligné que l’âge moyen des femmes enceintes est de 26 ans sur le territoire et que :

  • 1 sur 7 est mineure ;
  • 1 sur 3 à un IMC supérieur à 30 ;
  • 1 sur 3 ne comprend pas le français ;
  • 5 sur 9 ont un bon suivi de grossesse et 1 sur 9 n’en a pas du tout.

Si les femmes enceintes reçoivent davantage de discours sur la vaccination « qui ne sont pas scientifiquement fondés », il a souligné que celles qui ne se vaccinent pas le font d’abord « parce qu’elles n’ont pas trouvé de médecin » pour le faire. Pour les convaincre, il encourage ses confrères à « avoir une attitude proactive, en parlant nous-mêmes de la vaccination, tout en écoutant ce que dit la patiente. Il faut éviter les jugements et éviter de la culpabiliser. » Il invite à « valoriser la protection du fœtus ou du nouveau-né », ce qui a pour effet d’augmenter l’adhésion maternelle à la vaccination. « Si besoin, il faut ensuite leur laisser le temps de la réflexion (…) On n’y arrive pas forcément du premier coup. La limite, c’est que ça prend du temps. Parfois vingt, trente, quarante-cinq minutes. »

Vaccination HPV au collège : démarrage en janvier

Pour la troisième année scolaire consécutive, une campagne de vaccination contre les papillomavirus humains (HPV) sera menée dans les collèges. Lors d’une réunion récente à l’ARS, la coordination des CDPS et hôpitaux de proximité a indiqué qu’elle la mènera du 5 janvier au 13 février, dans les communes de l’intérieur. La Croix-Rouge française, pour sa part, prévoit d’intervenir dans les collèges du littoral de début janvier à début février. Enfin, le rectorat a indiqué que les infirmières scolaires pourront proposer cette vaccination dès le mois de décembre.

La vaccination contre les HPV est désormais proposée à tous les collégiens qui en font la demande, et plus seulement aux élèves de cinquième, comme cela se faisait déjà dans les communes de l’intérieur, a rappelé le Dr Nadia Thomas, lors des Assises amazoniennes. Les équipes vaccinales n’interviendront qu’une seule fois dans chaque établissement : la deuxième dose sera administrée au cours de l’année scolaire 2026-2027. Les parents peuvent également autoriser les équipes vaccinales à administrer d’autres valences pour lesquelles un retard serait constaté.

La première campagne de vaccination HPV au collège a permis d’augmenter de douze points la couverture chez les adolescents de Guyane. La couverture a au moins une dose est passée :

• de 8 à 20 % chez les garçons ;
• de 15 à 27 % chez les filles (lire la Lettre pro du 28 janvier).

Toutefois, ces chiffres « déchirent le cœur » du Dr Anicet N’Gate, gynécologue-obstétricien au CHU de Guyane – site de Cayenne. « Nous avons encore beaucoup à faire. Pourtant, l’Australie, avec une couverture vaccinale de 86 %, se projette vers une éradication des cancers du col de l’utérus en 2028. Ces pays qui ont vacciné plus tôt et en grand nombre nous montrent l’exemple. L’efficacité et la tolérance ne sont plus à démontrer. » Il a rappelé que, selon une thèse de médecine soutenue en octobre à Cayenne, trois facteurs liés au soignant peuvent favoriser l’adhésion à la vaccination (lire la Lettre pro du 4 novembre) : 

  • La jeunesse ;
  • Le fait que le soignant soit lui-même vacciné ;
  • La confiance du soignant dans le vaccin.

Une campagne de rattrapage dans les écoles

A partir de début février, la Croix-Rouge française organisera une campagne de rattrapage vaccinal dans les écoles du littoral. L’objectif est notamment de réaliser les vaccins à 6 ans. Les discussions sont en cours avec le rectorat pour finaliser le calendrier




Sarah Bouchara, nouvelle chargée de mission vaccination à l’ARS

Depuis le 15 octobre, Sarah Bouchara est chargée de mission vaccination, à l’Agence régionale de santé. A ce titre, sa mission est de proposer une feuille de route ARS qui couvre les différentes approches susceptibles d’améliorer la couverture vaccinale en Guyane, et prioritairement celle des 0-2 ans. Pour cela, elle est chargée de la coordination des acteurs des différentes institutions et de réactiver un comité régional Vaccination. L’objectif de ce comité est de valider un plan d’action commun, d’en assurer le suivi et l’évaluation et les adaptations nécessaires, en cohérence avec les orientations nationales et le projet régional de santé. Infirmière et cadre de santé, Sarah Bouchara a exercé pendant plus de vingt ans au sein du Service de santé des armées. Elle y a développé une expertise en pilotage de projet, management, qualité et formation.

« Une culture de la formation pour tous les soignants »

Les XIVes Assises amazoniennes de gynécologie, obstétrique, néonatalogie et anesthésie obstétrique se poursuivent jusqu'à ce soir, au Royal Amazonia, à Cayenne. Mercredi matin, en ouverture, Laurent Bien, directeur général de l'ARS, a salué le « travail remarquable » réalisé par les professionnels de santé du territoire. Ahmed El-Bahri, directeur général du CHU Guyane, s'est réjoui de « la richesse de ce congrès » et a estimé que les spécialités réunies pour ce congrès forment « le cœur battant de notre CHU ». 

Avec plus d’une centaine de communications, ce congrès illustre la volonté des organisateurs « que la formation soit dans la culture de tous les soignants et de tous les acteurs de terrain », comme l’a souligné le Dr Anne-Christèle Dzierzek, cheffe de pôle chirurgie-anesthésie au CHU de Guyane. Pour le Pr Louis Marcellin, président de cette édition, ces Assises amazoniennes sont « le reflet d'une communauté qui cherche à améliorer la prise en charge des couples, des femmes et de leurs bébés ». 

« Que les couples, les femmes et les nouveau-nés aient accès aux mêmes droits, à la même prise en charge, partout sur le territoire »

Les robes noires se sont invitées à l’ouverture des XIVes Assises amazoniennes, mercredi matin. Celle que portait le Pr Olivier Picone (hôpital Louis-Mourier) en tant que président du « Tribunal de la République pour la défense de la périnatalité ». Celles d’avocat du barreau de Cayenne, venus plaider pour l’occasion. Face à eux, une dizaine d’experts venus plaider la cause de la périnatalité. Et le Pr Louis Marcellin, président de ces Assises, qui a lancé « un appel de Cayenne pour que chaque couple, chaque femme, chaque nouveau-né ait accès aux mêmes droits, à la même prise en charge, partout sur le territoire ».

Il est revenu au Dr Anne Favre d’ouvrir les débats. Sept ans après son départ de Guyane, l’ancienne cheffe de pôle femme-enfant à Cayenne reste une figure régulièrement citée par ses confrères. Elle a plaidé « pour les nouveau-nés » et la création d’un « registre national des naissance ». Elle a rappelé les 2 700 décès d’enfants de moins de 1 an enregistré en 2024, soit 4,1 pour 1 000 naissances. « Ce chiffre est en constante augmentation depuis 2011 et place la France au 23e rang sur 27 dans l’Union européenne ». Le Dr Estelle Moreau (CHU de Nîmes) plaidé pour que les maternités aient « au moins un médecin anesthésiste-réanimateur dédié à son activité et que l’on arrête l’activité multisite ». Le Dr Nadia Thomas, gynécologue-obstétricienne du pôle CDPS – hôpitaux de proximité et présidente du réseau Périnat, a souhaité la présence « d’une médiatrice en santé périnatale dans toutes les communes de l’intérieur » et sur les lieux d’hébergement des parturientes sur le littoral, contre cinq actuellement. Le Dr Nesrine Chaïeb, pédopsychiatre au Centre Hospitalier de Cayenne, a plaidé pour davantage de psychologues dans les maternités. Gynécologue-obstétricienne au CHU de Guyane – site de Saint-Laurent-du-Maroni, sur le point de mettre un terme à sa carrière, le Dr Véronique Lambert a souligné les progrès réalisés dans le diagnostic anténatal. Elle a insisté sur la posture des professionnels de santé lorsqu’une annonce difficile doit être faite aux parents : « A nous de ne pas dégrader la santé des mamans, d’être bienveillants. » Avant de déplorer « l’iniquité lorsque la seule solution est d’aller faire naître le bébé en dehors du territoire ».

Réagissant aux difficultés soulevées par les témoins guyanais, des experts ont jugé que « ce que vous vivez, nous commençons à le vivre dans l’Hexagone ». Il est ensuite revenu au Pr Olivier Marcellin (hôpital Cochin) de prononcer le verdict, en tant que président de ces XIVes Assises Amazoniennes : « Le tribunal, après délibération, reconnaît l’État, reconnaît la société, reconnaît nous-mêmes coupables de négligences envers la périnatalité. Il prononce une peine de reconstruction, celle du soin, celle du sens, celle de la confiance. Ce procès n’est pas une condamnation. C’est un appel à la responsabilité. Un appel qui vient de loin mais qui n’est pas moins bruyant. Un appel de Guyane, un appel de Cayenne, un appel de Kourou, un appel de Saint-Laurent-du-Maroni, un appel de l’intérieur, un appel qui vise à reconsidérer la prise en compte de la périnatalité en France et dans tous les territoires. Nous demandons, nous exigeons qu’un compte-rendu signé de tous les partenaires et participants à ce procès fictif soit transmis à la présidence, à la présidence du Sénat, à la présidence de l’Assemblée, au ministère de la Santé, au Premier ministre et à la présidence de la République. »

 

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