Pionnière en matière de médiation en santé, la Guyane s’est dotée d’une stratégie régionale sur le sujet. Elle vise à favoriser la formation des médiateurs, la sensibilisation des professionnels, à accompagner les structures et les médiateurs, et à promouvoir la recherche et les innovations sur ce métier. Elle a été présentée mercredi dernier aux acteurs du territoire.

L’histoire commune de la Guyane et de la médiation en santé est ancienne. Certains la font remonter aux années 1980 et à la collaboration entre le Dr Franck Joly, chef des services de médecine et de pédiatrie de la maternité et de la Protection maternelle et infantile (PMI) de Saint-Laurent-du-Maroni, et Diane Vernon, anthropologue, qui y exerça comme médiatrice culturelle. C’est donc assez naturellement que le territoire est un des premiers à se doter d’une stratégie régionale de médiation en santé (SRMS) formalisée. Le document a été présenté aux acteurs du territoire, mercredi dernier, à l’Agence Régionale de Santé.
« C’est quelque chose dont on doit être fiers, a insisté Manuel Munoz, directeur de la santé publique à l’ARS. La médiation en santé est un levier pour lutter contre les inégalités sociales et territoriales de santé. Elle s’inscrit dans une stratégie nationale, car nous avons pris conscience qu’il nous manquait un échelon pour atteindre certaines populations. »
133 médiateurs en santé en 2023
En 2023, 133 médiateurs en santé avaient été identifiés sur le territoire. La moitié travaillaient en milieu associatif, 46 % dans les établissements de santé public, 2 % dans les établissements et services médico-sociaux publics et 2 % dans les collectivités. La Guyane a donc été pionnière, mais se présentaient des enjeux de cohérence des actions, d’harmonisation des pratiques, de reconnaissance et de développement de la profession, comme l’explique Denis Souillard, directeur du Centre ressources politique de la ville (CRPV). C’est à ces enjeux que la stratégie souhaite répondre.
Aujourd’hui, cette stratégie s’articule autour de :
Pour 2026, plusieurs projets sont déjà en cours, comme l’indique Rachel Merlet, directrice d’Ader :
Enfin, les acteurs guyanais poursuivront leur action au sein du Collectif pour la promotion de la médiation en santé, afin notamment qu’une proposition de loi sur la médiation en santé soit débattue au Parlement, ce qui ce qui assurerait une reconnaissance définitive au métier.
Dr Samuel Gavohedo : « Nos médiatrices nous aident beaucoup »

A Maripasoula, les médiateurs en santé sont partout : à l’hôpital de proximité, dans les associations, au centre médico-psychologique du Chog, à l’équipe mobile métaux lourds (Emlo) ou encore à l’équipe mobile de santé publique en communes (Emspec). Chargés d’accompagner les publics vulnérables pour faciliter leur parcours de santé, ils se retrouvent à mener mille missions de front : sensibiliser le grand public aux problèmes de santé, passer les messages de prévention, rappeler les rendez-vous, annoncer la venue d’un spécialiste dans la commune, traduire – mission à laquelle on veut parfois les réduire. Au risque d’être parfois sollicités pour des activités, comme la logistique, assez éloignées de leur métier.
A l’Emspec de Maripasoula, Lydianne Tambour et ses collègues embrassent les trois activités de l’équipe mobile : la médiation, la gestion épidémique et la promotion de la santé. Au mois d’octobre, lorsque nous les avons rencontrées, elles étaient accaparées par les nombreux cas de bronchiolite. « Nous montons des stands sur le sujet, pour faire de la prévention et de la sensibilisation. Généralement, nous nous installons devant l’hôpital, mais si nous parvenons à repérer le quartier d’où viennent les cas, nous allons directement sur place. Nous créons les outils, afin qu’ils soient le plus adaptés au public. Par exemple, pour le VRS, nous amenons une poupée et nous demandons aux visiteurs s’ils savent laver le nez de leur bébé. Si ce n’est pas bon, on leur montre comment faire. On va leur expliquer pourquoi il faut faire la DRP (désobstruction rhino-pharyngée) et quand. Nous concevons également des affiches, que l’on va traduire dans toutes les langues : espagnol, portugais, aluku, wayana… »
« Le soir, le téléphone n’arrête pas de sonner »
A Maripasoula, les médiateurs en santé sont rapidement repérés par la population. « Les habitants nous interpellent dans la rue. S’ils savent où on habite, il arrive qu’ils viennent nous voir à la maison. Par exemple pour nous demander quoi faire après une prise de risque ou pour nous demander des moustiquaires (fournies par l’ARS et distribuées gratuitement). »
« Même constat pour Atanaïde Lamonnaie, médiatrice Emlo, et Jessye Bocée, femme relais du Réseau Périnat, dont le rôle sur les questions de périnatalité est assez proche. « Le soir, le téléphone n’arrête pas de sonner. Nous sommes sollicitées tout le temps. » Pour Jessye Bocée, « Ça fait plaisir. Cela montre que les gens se rendent compte de notre utilité. Aux femmes que je suis, je donne mon numéro de téléphone en leur disant qu’il n’y a pas de mauvaises questions. »
Tout n’a pas toujours été facile pour les médiateurs. « Au début, nous étions identifiés Covid et vaccination, se souvient Lydianne Tambour. Les gens nous fermaient la porte au nez et nous insultaient. Quand nous avons commencé à diversifier nos thématiques, ils ne venaient pas trop nous voir. » Le dialogue a fini par être renoué autour de cas de paludisme, mais aussi de thématiques comme l’addictologie, les violences ou la dengue.
Enquêtes de terrain sur la dengue, interventions à l’école sur les écrans
Avant la saison des pluies, les médiateurs ont réalisé des enquêtes de terrain pour évaluer les connaissances des habitants au sujet de la dengue et des moustiques. Une autre enquête cherchait à vérifier si les familles parlaient facilement de sexualité à leurs enfants. Les médiatrices ont également fait passer des questionnaires sur les addictions. En fin d’année, elles ont débuté une autre enquête de terrain sur les écrans. Inscrite au diplôme universitaire de médiation en santé, Lydianne Tambour prévoyait de rédiger son mémoire sur ce sujet, après une sollicitation de l’école de Taluen pour qu’elle intervienne auprès des enfants et des parents. « Le constat, c’est que les enfants dorment mal, sont moins concentrés, passent beaucoup de temps sur les écrans à la sortie de l’école, sont hyperagités, n'ont le goût de rien. Nous avions déjà un stand et des outils pour les adultes. Nous allons l’adapter aux enfants de 6 à 10 ans. »
En quatorze ans d’exercice à l’hôpital de proximité, le Dr Samuel Gavohedo a vu l’impact de la présence des médiateurs en santé : « Les médiateurs de l’Emspec nous aident beaucoup à retrouver des perdus de vue ou à repérer des personnes au fin fond des villages. L’équipe mobile paludisme a contribué, avec Malakit, à ce que nous n’ayons plus de cas grave depuis trois ans. Nos patients chroniques ont du mal à tout respecter et sont parfois dans le déni de la maladie. Mais les cardiopathies, les complications de diabète ou les patients négligeant leur traitement contre l’hypertension, tout ça a nettement diminué. Nos médiatrices nous aident beaucoup dans cette évolution. »
Un début de reconnaissance officielle
En juin 2025, les médiateurs en santé ont obtenu leur fiche au Répertoire opérationnel des métiers et des emplois (Rome). Ce référentiel conçu par France Travail propose une description détaillée des métiers : définition, accès à l’emploi, compétences, contextes de travail… Un début de reconnaissance pour cette profession.
Cette fiche Rome établit que les missions principales d’un médiateur en santé sont :


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