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Infos citoyennes

27/02/26
« On court derrière quelques gouttes » : comment les soignants ont fait face aux coupures d’eau

Des actes malveillants sur le réseau électrique ont perturbé l’alimentation en eau potable de l’Île-de-Cayenne et jusqu’à Kourou. Les établissements de santé se sont retrouvés avec des débits réduits, à partir de mardi soir et une bonne partie de la journée de mercredi. Des professionnels de santé libéraux ont dû interrompre leur activité. Des activités comme la dialyse et la chirurgie ont été particulièrement touchées. Hier, un retour progressif à la normale était en cours.

Mardi soir, il est environ 22 heures lorsque Arnaud Gillois, administrateur de garde du Centre Hospitalier de Cayenne, alerte l’Agence Régionale de Santé que le site de Cayenne n’a plus d’eau. La menace avait été envisagée. Depuis mardi matin, une grève est en cours chez EDF. L’entreprise constate « des faits anormaux (…) sur le réseau électrique, entraînant des perturbations et des coupures sur le quartier Bourda, la zone Collery et dans la zone de la Comté ». Or c’est dans cette dernière que se trouve la principale usine d’eau alimentant le territoire de la communauté d’agglomération du Centre littoral (CACL). D’autres coupures interviennent dans la journée dans de nouveaux secteurs. La Société guyanaise des eaux (SGDE), délégataire pour la production et l’alimentation en eau potable de la CACL, annonce que « par suite des coupures d’électricité (…) au niveau des unités de production d’eau principales alimentant le territoire de la CACL, les usines de la Comté et de Matiti, il n’a pas été possible de produire de l’eau potable pour remplir les réservoirs. » Ceux de Matoury et Petit Matoury se retrouvent quasiment à sec.


Le préfet réunit une première fois le centre opérationnel de zone (COZ), sorte de cellule de crise. Outre les établissements de santé, le premier sujet de préoccupation sont les patients à haut risque vital (PHRV). Il s’agit :

  • Des patients sous respirateur ayant une autonomie inférieure ou égale à quatre heures par jour (c’est-à-dire plus de vingt heures par jour sous respirateur artificiel) ;
  • Des enfants sous nutrition parentérale.

L’ARS les appelle le jour même pour les inviter à prendre leurs précautions et, si besoin, à se rendre à l’hôpital.

Sur le site de Cayenne, l’eau commence à manquer. « Pas d’eau pour se laver les mains. Des infirmières ont dû prendre de l’eau stérile pour aller aux toilettes. Au self, il n’y avait pas d’eau. Certains ont fait décongeler de la glace pour la boire. Dans d’autres services, les gens ont vidé l’eau qui restait dans les bouilloires. De mon côté, j’ai reporté la pose d’une voie centrale. C’est une prise d’otages », dénonce un médecin.

« On a eu des difficultés sur l’eau sanitaire : les toilettes, la distribution d’eau aux patients », témoigne Arnaud Gillois, dans ce reportage de Guyane la 1ère. Des bouteilles d’eau sont distribuées aux patients. Des lingettes sont utilisées pour la toilette.

Des bâches remplies au CHU de Guyane – site de Cayenne

Une cellule de crise est réunie « afin de garantir la sécurité des soins et la préservation des ressources critiques de l’établissement ». Celui-ci consomme environ 300 m3 d’eau par jour. Il dispose de deux bâches de 20 et 25 m3, en plus de la bâche réservée à la lutte contre les incendies. Les sapeurs-pompiers viennent les remplir une première fois. Dans le même temps, de l’eau en bouteille est distribuée. Des mesures d’urgences doivent toutefois être prises :

  • Déprogrammation systématique des interventions non urgentes au bloc opératoire ;
  • Priorisation technique – sous réserve de faisabilité – de la distribution d’eau courante pour assurer le fonctionnement des secteurs sensibles suivants : bloc opératoire, stérilisation, dialyse, soins critiques, laboratoire.

Le laboratoire annonce qu’il « ne traitera que les bilans d’urgences vitales. Le but est de pouvoir gérer la situation jusqu’à ce qu’elle redevienne normale. » « Dans ce service, les techniciens ont utilisé deux cuves de 350 litres, remplies manuellement avec des jerricans », précise Guyane la 1ère. Dans le service de dialyse, des réunions de crise sont organisées en interne. Mercredi matin, le temps de dialyse est réduit de quatre heures à deux heures et demie pour les patients des deux premières séries. Plus tard dans la journée, le ravitaillement en eau par les sapeurs-pompiers permet la prise en charge des patients de la troisième série, relate le Dr Tanguy Gbaguidi, chef de service de néphrologie.

« Nous avons fait sortir un maximum de patients en permission »

Au bloc opératoire, « on court derrière quelques gouttes (d’eau), témoigne le Dr Hakim Amroun, chirurgien viscéral. Nous ne pouvons pas prendre les douches préopératoires. La toilette quotidienne ne peut pas avoir lieu. Le ménage est compliqué. Heureusement, nous avons nos huit salles de bloc, donc nous jonglons entre elles, le temps que le bionettoyage soit réalisé. » Les toilettes posent également un problème car « en chirurgie digestive, la reprise du transit est souvent diarrhéique ». Outre l’arrêt des opérations programmées jusqu’à demain, le service a « fait sortir un maximum de patients en permission. Nous avons aussi anticipé quelques sorties. Nous n’avons gardé que ceux qui sont équipés de dispositifs techniques chirurgicaux », poursuit le chirurgien. Mercredi soir, sur un total de trente lits en chirurgie programmée, il restait quatorze patients. Huit étaient en permission et six ou sept étaient sortis. En chirurgie non programmée, il restait vingt-deux patients et six étaient en permission. « Il s’agit de patients récemment opérés et qui nécessite encore une attention ou un soin. Leur état peut se dégrader. Nous gardons donc la chambre pour eux. »

D’autres activités sont touchées : le self et la lingerie marchent sur un fil. Le manque d’eau sur le site n’est pas le seul à impacter le fonctionnement de l’hôpital. Les parents doivent souvent retourner chercher leurs enfants, après la fermeture de certains établissements scolaires. C’est la même raison – avec les coupures d’eau dans leur cabinet – qui amène certains professionnels de santé libéraux à annuler leurs consultations, comme l’ont signalé les URPS à l’ARS.

« Pour les personnes âgées, l’hydratation est un enjeu majeur »

Le CHU de Guyane – site de Cayenne n’est pas le seul impacté. Mercredi à 9 heures, Christophe Blanchard, directeur du site de Kourou, annonce à son tour souffrir des coupures. La situation revient à la normale en fin de matinée. A la clinique La Canopée (groupe Rainbow santé), la dialyse est impactée. Jeudi, les séances du matin sont reportées à l’après-midi, le temps de nettoyer et désinfecter la cuve. Dans le médico-social, certains accueils de jour restent fermés, notamment à l’Ebène.

La veille au soir, c’est l’hôpital privé Saint-Adrien (groupe Guyane santé) qui constatait qu’il ne recevait plus d’eau. A sa prise de poste mercredi matin, Audrey Teza, infirmière, découvre à son tour la situation, au moment des transmissions. « Cela affecte le quotidien de nos patients. A cette heure-là, le petit-déjeuner, les soins de nursing. Pour les personnes âgées, l’hydratation est un enjeu majeur. Grâce à la réactivité de l’équipe, de la cadre et de la directrice des soins Mylène Mathieu, nous avons trouvé des solutions. Nous avons d’abord reçu des bouteilles d’eau, puis les sapeurs-pompiers sont venus remplir un conteneur. Je tiens à souligner cette efficacité. Nous avons tout fait pour que les patients ne ressentent pas cette coupure. »

La situation a commencé à revenir à la normale mercredi dans la soirée. Hier après-midi, EDF a annoncé par communiqué qu’il n’y avait pas eu de nouvelle manœuvre malveillante dans la nuit de mercredi à jeudi et jeudi matin. Hier matin, tous les sites de la SGDE étaient alimentés en électricité. La situation était maîtrisée, sauf dans le secteur de Baduel. Le retour à la normal est envisagé pour demain.

 

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