Santé publique France a publié hier un bulletin sur les grandes causes de décès en 2023. Cette année-là, le taux de décès standardisé était de 949,5 décès pour 100 000 habitants, en baisse mais toujours bien supérieur à la moyenne nationale. La mortalité masculine reste plus importante que la mortalité féminine. La mortalité prématurée, c’est-à-dire avant 65 ans, reste également nettement supérieure à la moyenne nationale.

En 2023, la Guyane a enregistré 1 228 décès. Dans un bulletin publié hier, Santé publique France en détaille les grandes causes. SpF constate que « les maladies de l’appareil circulatoire (soit 202,4 décès pour 100 000 habitants en taux standardisé) et les tumeurs (181,3) sont les deux premières causes de décès ». Au niveau national, les deux premières causes de décès sont les mêmes, mais en ordre inversé : les tumeurs (239 décès pour 100 000) devancent les maladies cardiovasculaires (170).
Suivent « les causes externes de morbidité et mortalité (79,1), qui incluent les accidents, suicides et noyades » et sont « particulièrement préoccupants chez les hommes et les moins de 65 ans ». Chez les femmes, « les maladies endocriniennes, nutritionnelles et métaboliques (66,8) constitue la 3e cause de mortalité ». Enfin, « les maladies infectieuses et parasitaires (31,2) et les maladies de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané (12,6) affichent des taux de mortalité parmi les plus élevés de France, reflétant des enjeux environnementaux et socio-économiques spécifiques. »
Ces 1 228 décès enregistrés en Guyane représentent un taux de décès standardisé sur l’âge de 949,5 pour 100 000 habitants. C’est moins qu’en 2021 (1 226,9), année marquée par le Covid-19, et 2022 (1009), mais bien plus que la moyenne nationale (798,4). En effet, il s’agit du :
« Regarder les évolutions dans le temps »
En 2023, la mortalité masculine était nettement supérieure à celle des femmes. « Cette différence s’observe également au niveau France entière », précise SpF. La mortalité prématurée, c’est-à-dire avant 65 ans, était, elle, plus élevée chez nous qu’au niveau national. Dans cette population jeune, les principales causes de décès sont, dans l’ordre :
Santé publique France, qui publie pour la première fois l’analyse des grandes causes de décès à l’échelle de la Guyane, envisage de renouveler l’exercice tous les ans, désormais. Pour le Pr Mathieu Nacher, chef de service du centre d’investigation clinique (CIC 1424 Amazonie) au CHU de Guyane, ces données « fournissent une photographie d’une année donnée. Comme nous sommes une toute petite population, il peut y avoir de grandes variations d’une année sur l’autre. Il sera intéressant de regarder les évolutions dans le temps. »
Des progrès qui restent fragiles
Dans un article publié en 2023, à partir des causes de décès entre 2001 et 2017 (alors dernière année disponible), des chercheurs guyanais décrivaient la transition épidémiologique de la Guyane (lire la Lettre pro du 28 avril 2023) : moins de maladies infectieuses, moins de mortalité périnatale, moins de mortalité infantile et de mortalité prématurée (avant 65 ans), davantage de maladies chroniques et de cancers. Le Pr Mathieu Nacher, chef de service du centre d’investigation clinique (CIC 1424 Amazonie) se réjouissait « qu’en regardant les courbes par pathologies, on constate que, globalement, tout s’améliore. Et vite ! On ne nous parle souvent que des problèmes. Les progrès sont graduels. Entre 2001 et 2017, on voit que les progrès sont considérables pour les AVC, le diabète, les traumas, les infections. »
A partir de 2017, l’écart se creuse avec le reste de la France
Mais les données des années suivantes soulignent que ces progrès sont fragiles. Jusqu’en 2016, le taux de décès standardisé de la Guyane tendait à se rapprocher de la moyenne nationale. Il l’a même égalé ponctuellement en 2009, 2011 et 2013. En 2016, on compte alors 900 décès pour 100 000 habitants en Guyane contre 830 pour 100 000 en France entière. Mais à partir de 2017, les deux courbes prennent des directions opposées. Cette divergence est concomitante à plusieurs événements : le mouvement social de mars-avril 2017 et la longue grève à l’hôpital de Cayenne, la crise migratoire à partir de 2018, une hausse spectaculaire des décès en 2021 dans un contexte de sous-vaccination contre le Covid-19 (1 378 décès, soit un taux standardisé de 1 226,9 décès pour 100 000). Les baisses des années suivantes n’ont pas permis de revenir au niveau d’avant 2017 : en 2023, le taux de décès s’élevait encore à 949,5 pour 100 000. Soit le niveau de 2009-2012.
Cette tendance négative de la période 2017-2021 est encore plus visible chez les moins de 65 ans, c’est-à-dire sur des causes de décès généralement évitables. Alors que le taux de mortalité prématurée de Guyane s’était régulièrement rapproché du taux national entre 2002 (315 décès pour 100 000 contre 205) et 2016 (230 contre 190), il s’en est écarté à partir de 2017 (240 contre 180). L’écart a connu un maximum en 2020 et 2021 (285 contre 175). En 2023, il avait à peine commencé à se résorber : 281,9 contre 176,7.
« Ce que cela montre, c’est que les progrès qu’enregistre la Guyane sont fragiles, explique le Pr Nacher. C’est particulièrement le cas sur un territoire où de nombreuses personnes sont vulnérables. Notre hypothèse, c’est que du fait des événements qui ont impacté le système de santé, elles ont arrêté leur suivi de cancer, de diabète, d’hypertension. Des années après, on en ressent encore les effets. »
Causes des décès prématurés en Guyane et en France entière, de 2001 à 2017
Ces deux graphiques, produits par le Pr Mathieu Nacher et ses collègues du CHU de Guyane, montrent le poids des causes externes, des maladies infectieuses et de la mortalité périnatale dans la mortalité prématurée, c’est-à-dire avant 65 ans, en Guyane (à gauche) par rapport à la moyenne française.



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