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Infos citoyennes

10/08/26
Aux urgences du CHU, un audit pour « disposer d’une feuille de route pour les années à venir »

La Société française de médecine d’urgence a débuté un audit des urgences des trois sites du CHU de Guyane. Les conclusions devraient être connues dans les prochains mois.

Avec plus de 100 000 passages l’an dernier, les urgences de Cayenne, Kourou et Saint-Laurent-du-Maroni sont « la porte d’entrée du CHU », constate le Dr Rémi Mutricy, chef de services des urgences de Cayenne. A Kourou, environ un tiers des patients hospitalisés arrivent des urgences. A Cayenne et Saint-Laurent-du-Maroni, cela peut dépasser les 50 %.

Cette activité ne va pas sans peine. « Dans nos services, nous avons constaté que nous avons encore des écarts, que nous rencontrons des difficultés touts les jours dans nos pratiques, témoigne le Dr Mosa Tsafehy, chef de service des urgences de Kourou et chef de pôle urgences – soins critiques du CHU de Guyane. Elles peuvent être liées à l’afflux de patients, au manque de lits d’aval, voire à la superficie du territoire. Nous avons aussi d’autres missions à mener, comme l’enseignement des soins d’urgences (Cesu) et les situations sanitaires exceptionnelles (SSE). Enfin, nous souhaitons nous harmoniser. » « Nous identifions les problématiques sans forcément savoir comment les résoudre », regrette le Dr Julie Allard, qui exerce aux urgences pédiatriques de Cayenne. C’est la raison qui a amené le Dr Tsafehy à solliciter un audit de la Société française de médecine d’urgence (SFMU), la principale société savante de la spécialité.

Cette mission est menée par trois professeurs de médecine d’urgence – dont les Pr Olivier Mimoz et Karim Tazarourte, qui connaissent bien le territoire –, deux chefs de service et un directeur d’hôpital. Elle se déroulera en trois temps :

  • Des entretiens anonymisés avec tous les corps de métier des urgences et d’autres professionnels amenés à travailler avec elles : chefs de service d’hospitalisation, médecins traitants, directeurs d’hôpital, représentants des usagers, représentants du personnel…
  • L’analyse de documents institutionnels et de documents afférant aux services, transmis cette semaine aux auditeurs ;
  • Une immersion d’une semaine dans les trois sites, à partir du 7 septembre.

Les auditeurs établiront un premier rapport à chaud le 11 septembre, puis transmettront leurs conclusions dans les mois suivants.

« Les urgences de Guyane vont être checkées à 360, de fond en combles. Nous sommes prêts à tout entendre », poursuit le Dr Tsafehy. Le but est de disposer d’une « feuille de route pour préparer nos services pour les années à venir », conclut le Dr Mutricy.

La barre des 100 000 passages aux urgences franchie l’an dernier

L’an dernier, les services d’urgences du CHU de Guyane ont enregistré un peu plus de 100 000 passages :

  • 58 000 sur le site de Cayenne, dont 17 000 aux urgences pédiatriques. Cela représente 158 passages par jour en moyenne, en hausse de 10 % par rapport à 2024. Cette augmentation a été notamment rendue possible par la réorganisation du service ;
  • 30 000 à Saint-Laurent-du-Maroni, où la tendance est également à la hausse, soit 82 par jour. Un projet de réaménagement prévoit de séparer urgences adultes, urgences pédiatriques, urgences psychiatriques et maison médicale ;
  • 18 000 à Kourou, où l’activité est stable, soit 49 passages par jour.

Accompagnants aux urgences : les services s’organisent

Fin mai, un papier placardé aux urgences de Cayenne avait agacé Rolande Chalco-Lefay, présidente de l’association Familles rurales de Guyane. Celle qui est aussi représentante des usagers à la clinique La Canopée venait d’y passer « deux heures et demie » : « Il y avait encore les affiches de l’époque coronavirus indiquant que les accompagnants ne sont pas acceptés, alors qu’ils doivent l’être depuis le 19 mai », témoignait-elle le 6 juin, aux Journées de la démocratie sanitaire. Durant ces deux journées, organisées à Cayenne et Saint-Laurent-du-Maroni, ce sujet de la présence d’un proche aux urgences étaient revenu à plusieurs reprises.

En pratique, le 19 mai, Stéphanie Rist, ministre de la Santé, a signé une charte d’engagement commun pour « reconnaître le rôle essentiel des accompagnants aux urgences ». Elle définit « un cadre national » à la présence d’accompagnants pour les patients aux urgences, qui devient « la règle ». Les services d’urgences sont invités à la mettre en œuvre d’ici à la fin de l’année. Dans les services d’urgences de Cayenne, Kourou et Saint-Laurent-du-Maroni, les équipes s’organisent.

A Kourou, un accompagnant accepté depuis le début de l’année

C’est à l’hôpital de Kourou que les urgences sont les plus avancées dans l’accueil des accompagnants. « Nous avons commencé à les accepter en début d’année, avant même la signature de la charte, indique le Dr Mosa Tsafehy, chef de service et chef de pôle urgences – soins critiques du CHU de Guyane. Mais ce que nous avons constaté, c’est qu’un accompagnant entre, nous pose des questions, puis sort et fait entrer un nouvel accompagnant, qui nous sollicite avec les mêmes questions. On passe notre temps à répondre à des questions. C’est du temps en moins pour les soins. Globalement, ça se passe bien, mais le prix à payer, ce sont ces sollicitations. On passe notre temps à répondre, sinon on sait que ça se passera mal. On ne pourra pas revenir en arrière, mais nous avons vraiment besoin de quelqu’un dédié à leur accueil. »

Urgences pédiatriques à Cayenne : un parent accepté, les deux envisagés

L’hôpital de Cayenne dispose d’urgences pédiatriques. La question de la présence d’un accompagnant « ne se pose pas », témoigne le Dr Julie Allard, pédiatre. « Nous avons l’habitude de concilier avec les parents. Nous faisons entrer un parent. Nous nous posons la question d’accueillir les deux. Mais nous n’avons pas que les parents : les grands-mères, les taties essaient aussi de rentrer. Nous refusons. » Sauf dans le cas particulier où c’est la tatie qui amène l’enfant aux urgences. En théorie, elle est censée présenter une copie de sa pièce d’identité et de celles des parents, ainsi qu’une autorisation des parents.

Urgences adultes à Cayenne : un projet avec des médiateurs

Le Dr Rémi Mutricy, chef de service des urgences de Cayenne, a présenté à la direction du CHU de Guyane un projet d’accueil des accompagnants aux urgences. Il s’agira de créer une fonction dédiée à l'accompagnement des proches au sein du service des urgences, assurant un rôle de médiation, d'information et d'orientation. « Accepter les accompagnants aux urgences implique de pouvoir les accueillir correctement et qu’ils ne fassent pas n’importe quoi. » Les travaux lancés l’an dernier sont sur le point de se terminer (lire la Lettre pro du 25 février 2025). Ils facilitent d’ores et déjà la présence d’accompagnateurs dans certains secteurs. Le projet de créer une fonction dédiée à l’accueil des proches a été validée par la direction fin juillet.

Saint-Laurent-du-Maroni : un espace très réduit

Après le déménagement de l’hôpital en 2018, les urgences de Saint-Laurent-du-Maroni se sont vite retrouvées à l’étroit. « Au début, c’était un box pour un patient. Puis un pour deux. Puis des patients dans les couloirs », relate le Dr Crépin Kezza, chef de service. Le réaménagement du service devrait prendre deux ans, selon lui. « Les cadres ont donc interdit les accompagnants, sauf pour la pédiatrie. Nous réfléchissons donc à comment appliquer ce qui s’impose à nous, tout en assurant la confidentialité pour chaque patient et en permettant aux soignants de faire leur travail. »

Saint-Laurent a aussi ses spécificités : « Ici, l’accompagnant est rarement un parent mais plus souvent un oncle maternel. Nous avons aussi le cas de parents qui laissent leur enfant aux urgences et disparaissent. » Mais pour le Dr Kezza, la problématique des accompagnateurs aux urgences se pose « parce que nos services ne sont plus des services d’urgences. Normalement, le patient arrive chez nous pour huit, parfois seize heures, puis est orienté vers un service d’hospitalisation, en réanimation ou rentre chez lui. On nous demande d’être hybrides, avec des soins très techniques et en même temps être un service d’hospitalisation. J’ai donc proposé de créer des espaces où les moins malades pourraient recevoir des proches plus longtemps que ce que nous proposons. Et pour les patients plus graves, de leur fournir une tablette leur permettant de communiquer avec leurs proches. »

Soignants – accompagnants : des engagements réciproques

La charte reconnaît le rôle essentiel de l’accompagnant du patient aux urgences, dans le respect des contraintes organisationnelles propres à ces services. Le principe : chaque patient peut être accompagné par une personne de son choix (proche, personne de confiance, aidant…), sous réserve des contraintes de sécurité et d’organisation du service ou des soins. La charte souligne plus particulièrement la priorité donnée à l’accompagnement de certains patients parmi les plus vulnérables (enfants, personnes âgées, personnes en situation de handicap, personnes en fin de vie…).

La charte repose sur des engagements réciproques :

  • les soignants s’engagent à permettre la présence de l’accompagnant, informer, écouter et préserver l’intimité du patient ;
  • les accompagnants s’engagent à respecter le fonctionnement du service, la confidentialité et le travail des équipes.

En cas de difficulté, la charte invite au dialogue avec l’équipe de soins et permet de rappeler les droits des personnes en matière de recours.

D’ici la fin de l’année, tous les services d’urgence seront invités à :

  • afficher la charte dans les espaces d’accueil et sur leur site internet ;
  • former leurs équipes et associer leur commission des usagers à son déploiement ;
  • évaluer son impact dans le cadre des démarches qualité de l’établissement.
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