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Infos citoyennes

17/09/26
Chikungunya : quels risques pour la femme enceinte et le nouveau-né ? Quelle possibilité de vaccination ?

Pour la femme enceinte, le risque de développer une forme sévère de chikungunya est rare. Le principal risque est la transmission materno-fœtale et particulièrement la transmission périnatale, lorsque la mère contracte le virus quelques jours avant l’accouchement. Depuis le début de l’épidémie, Santé publique France a enregistré trois cas de transmission materno-néonatale – un classé comme forme non sévère et deux ayant présenté une forme sévère de la maladie. Pour l’un de ces derniers, le nouveau-né est décédé, directement en lien avec l’infection. Le Dr Najeh Hcini, chef de service de gynécologie-obstétrique au CHU de Guyane – site de Saint-Laurent-du-Maroni et spécialiste des infections chez les femmes enceintes, fait le point sur les risques et sur la possibilité de protéger les femmes enceintes en les vaccinant. Si la HAS maintient sa non-recommandation du Ixchiq en raison de son caractère vivant atténué, la vaccination avec Vimkunya peut être discutée après le premier trimestre et au moins quinze jours avant le terme de la grossesse.

Au mois de juin, le Dr Najeh Hcini, chef de service de gynécologie-obstétrique au CHU de Guyane – site de Saint-Laurent-du-Maroni, a publié un article sur les risques pour la grossesse des maladies infectieuses émergentes en France, dans La Revue du praticien, avec le Dr Charles Egloff, gynécologue-obstétricien à l’hôpital Louis-Mourier (AP-HP). Ces spécialistes des infections chez les femmes enceintes soulignent que « les femmes enceintes et les fœtus sont des populations particulièrement vulnérables aux infections émergentes. Les modifications physiologiques de la femme enceinte et une immunité réduite accentuent le risque après une exposition infectieuse pendant la grossesse. Parmi les agents infectieux émergents, les infections transmises par les moustiques, comme les arbovirus, prennent de l’ampleur à l’échelle mondiale. Bien que les arboviroses soient souvent asymptomatiques ou légèrement symptomatiques dans la population adulte en bonne santé, certains arbovirus émergents sont particulièrement préoccupants chez les femmes enceintes et les fœtus. »

Un risque en cas de symptômes au moment de l’accouchement

Dans le contexte de l’épidémie de chikungunya en Guyane, il souligne que « chez la femme enceinte, le risque majeur concerne la transmission materno-fœtale, et plus particulièrement la transmission périnatale, c’est-à-dire autour de l’accouchement. Le risque est particulièrement important lorsque la mère contracte l’infection dans les jours qui précèdent l’accouchement. La transmission au nouveau-né peut alors être importante. »

Le second risque est lié à la fièvre provoquée par le chikungunya : « La fièvre peut provoquer des contractions et potentiellement entraîner un accouchement prématuré. Or, lorsqu'une femme accouche alors qu’elle est en phase aiguë de la maladie, le risque de transmission périnatale est particulièrement élevé. »

Pour la femme enceinte elle-même, le risque de développer une forme sévère de chikungunya est rare. Parmi les trente parturientes testées positivement et suivies par le CHU de Guyane – site de Saint-Laurent-du-Maroni, une a nécessité une prise en charge en réanimation en raison d’une forme sévère.

Pour le nouveau-né, le principal risque est celui d’une infection néonatale lorsque la mère est elle-même touchée au moment de l’accouchement. « Ces infections peuvent donner des formes sévères chez le nouveau-né, avec différentes complications », dont certaines ont été décrites dans la littérature.

Dans le cas d’une infection survenant à distance de l’accouchement, le risque de transmission verticale reste faible et ses conséquences fœtales sont encore mal connues. L’équipe du Dr Hcini propose une échographie fœtale de référence aux femmes infectées au premier ou au deuxième trimestre de la grossesse, afin de rechercher d’éventuelles complications fœtales.

Depuis le début de l’épidémie en Guyane, Santé publique France a enregistré trois cas de transmissions materno-néonatale – un classé comme non sévère et deux ayant présenté une forme sévère de la maladie. L’un d’eux est décédé, directement en lien avec son infection.

Tableau des risques liés à 8 types d'infections pendant la grossesse : complications maternels sévères, malformations, fausses couches, enfants morts-nés, accouchements prématurés, infections néonatales sévères, altérations du neurodéveloppement et neurosensorielle néonatales, retard du neurodéveloppement à long terme.

Vaccination avec Vymkunya : à discuter au cas par cas

Pour les protéger, se pose la question de la vaccination des femmes enceintes. Dans son avis sur la vaccination contre le chikungunya en Guyane, la HAS :

  • Maintient sa non-recommandation du vaccin Ixchiq chez la femme enceinte en raison du caractère vivant atténué du vaccin ;
  • Ne recommande pas l’utilisation du vaccin Vimkunya chez la femme enceinte et allaitante compte tenu de l’absence de données dans cette population spécifique (…) Cependant, ce vaccin ne comporte pas de contre-indication de principe compte tenu de sa composition protéique adjuvantée et pourrait être proposé au cas par cas en tenant compte du risque individuel d’exposition et après examen approfondi des bénéfices et des risques potentiels pour la femme enceinte, le fœtus et le nouveau-né.

Le Dr Hcini reconnaît que la question de la vaccination des femmes enceintes avec Vimkunya est « très difficile ». Des échanges informels ont déjà eu lieu entre gynécologues-obstétriciens et infectiologues de Guyane sur ce sujet. Il suggère « que les professionnels puissent avoir une position collégiale, à l’échelle territoriale, réunissant notamment des gynécologues-obstétriciens, des infectiologues et des pédiatres néonatologistes, et éventuellement d’autres spécialités concernées ».

Il souligne toutefois que :

  • « Il faut éviter (la vaccination au) premier trimestre et durant la phase d’embryogénèse. Il convient d’avoir déjà une première échographie pour s’assurer qu’il n’y a rien. »
  • « La balance bénéfices-risques au troisième trimestre peut tout à fait être discutée. »

« Il faut donc pouvoir discuter au cas par cas avec les patientes, en tenant compte notamment du terme de la grossesse et du niveau d’exposition au virus, poursuit-il. Le vaccin Vimkunya pourrait être administré dans le contexte actuel, au troisième trimestre, au moins quinze jours avant le terme de la grossesse, en s’assurant que la patiente a bien compris les bénéfices et les risques, et en lui précisant l’absence de données sur le sujet. Il serait également intéressant que toute exposition au vaccin pendant la grossesse, qu’elle soit intentionnelle ou accidentelle (dans le cas d’une femme ignorant sa grossesse), fasse l’objet d’un suivi, afin de permettre la constitution rapide de données de sécurité concernant son utilisation chez la femme enceinte. »

En complément de la vaccination, la prévention du chikungunya chez la femme enceinte repose également sur une protection contre les piqûres de moustiques ainsi que sur les actions de lutte antivectorielle visant à réduire la présence du moustique autour des lieux de vie.

Près de 200 personnes vaccinées en sept jours

Cent soixante-dix doses de vaccins ont été administrées du 3 au 9 septembre, en Guyane. Cela porte à 1 308 le nombre de vaccins délivrés depuis le début de la campagne de vaccination.

Financée par l’Agence Régionale de Santé, la vaccination contre le chikungunya est gratuite en Guyane, sur prescription médicale. Retrouvez toutes les informations sur son site internet. 

Où se faire vacciner ?

La vaccination est désormais accessible auprès de plusieurs professionnels de santé :

  • Directement en pharmacie d'officine. Les pharmaciens peuvent désormais prescrire et administrer les vaccins contre le chikungunya aux personnes âgées de 12 ans et plus, conformément à la réglementation en vigueur.
  • Chez son médecin. Son médecin peut conseiller, prescrire le vaccin et réaliser l'injection après récupération du vaccin en pharmacie.
  • Auprès d'un infirmier ou d'une sage-femme. Les infirmiers et les sage-femmes formés à la vaccination peuvent également prescrire et administrer ces vaccins aux personnes éligibles.
  • Dans les centres de vaccination et structures de santé. La vaccination est également proposée dans les centres de vaccination de la Croix-Rouge française, dans les centres de santé (CDPS) pour les communes de l'intérieur, au sein des hôpitaux lors de son passage ainsi que dans les antennes médicales pour les militaires et leurs familles.

Le parcours vaccinal en trois étapes

- Prendre contact avec le professionnel de santé de son choix : pharmacien, médecin, infirmier ou sage-femme.
- Échanger avec lui afin d’obtenir une prescription adaptée à son profil.
- Se faire vacciner immédiatement lorsque cela est possible ou en prenant rendez-vous.

 

Le tableau ci-dessous résume les recommandations publiées par la HAS le 9 avril 2026 concernant les deux vaccins actuellement disponibles.

La vaccination vise à prévenir les formes graves, essentiellement chez les personnes les plus fragiles, mais également les formes invalidantes (environ 30 à 50 % des patients symptomatiques développent des douleurs articulaires persistantes au-delà de 3 mois). La vaccination permet ainsi de réduire le risque de complications et l’impact sur la qualité de vie, ainsi que la pression sur le système de santé en contexte épidémique.

Les personnes les plus vulnérables face au chikungunya sont les personnes âgées, les personnes présentant des comorbidités, les personnes immunodéprimées ainsi que les nouveau-nés. Bien que la vaccination soit un geste individuel, elle contribue également à réduire le risque de transmission et à protéger ces populations particulièrement fragiles.

La vaccination ne remplace pas les autres mesures de protection mais vient les renforcer. Il est crucial de continuer à :

  • Éliminer les lieux de ponte (coupelles, récipients, pneus usagés gouttières…) ;
  • Se protéger individuellement et collectivement (utiliser des répulsifs, porter des vêtements longs et amples, dormir sous moustiquaire).

 

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