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Un envers du monde
par Bruno Gaucher

Ce qui se passe sur l'intérieur des terres du département français de la Guyane française n'est même plus descriptible... Il faut aller au bout de la piste de Bélizon, cela prend deux heures depuis la ville principale : Cayenne, et guère plus depuis Kourou : "le port spatial de l'Europe" ! C'est là, l'une des portes d'entrée sur un monde étrange où la mort a pris le pas sur la vie.

La forêt est détruite, les animaux sont tués, des dizaines de carcasses de voitures volées, brûlées, des détritus partout sur les chemins qui s'enfoncent en tous sens dans la forêt. Les autorités estiment à 10 000, ils sont probablement 20 000 clandestins pour la plupart d'origine brésilienne à essayer de survivre de l'orpaillage, de l'approvisionnement, de la revente, du trafic...

Ce sont une armée de fourmis sillonnant la forêt en tous sens, leur misère est grande et ils sont prêts à tout pour survivre. Les camps de recherche scientifique (comme Les Nouragues) sont dégradés, volés, les sites touristiques le sont aussi. La dégradation écologique est à faire pleurer. Le paludisme est devenu très fréquent chez tous les gens qui travaillent sur l'intérieur. L'insécurité est permanente. La dégradation humaine l'est autant que l'environnement : agressions, vols, meurtres, prostitution, drogue.

Dans cet envers du monde, tout le monde est armé, les mines sont patibulaires et la vie s'est retranchée au plus profond de chacun.

Ce trou noir (région de l'espace dotée d'un champ gravitationnel si intense qu'aucun rayonnement n'en peut sortir - terme astronomique : en clair ça engloutit tout) va-t'il nous absorber, nous qui vivons sur le littoral et qui ne prenons pas assez rapidement conscience de la situation.

D'une manière ou d'une autre, nous sommes impliqués dans la spirale : le pays est appauvri par le pillage de dizaines de kilos d'or, par la dégradation de l'environnement, par l'insécurité pour les autochtones et les touristes : vols, agressions, meurtres (taux le plus élevé de tous les départements français), transmissions de maladies (paludisme). On ne compte pas le coût pour le contribuable des transports (parfois hélico) jusqu'aux hôpitaux pour soigner ceux-là même qui se cachent lors des opérations "Anaconda" !

C'est incroyable, car on a l'impression que le crime ne profite à personne. Tout cela doit nous ramener à une question fondamentale sur la nature de l'homme :
  • Soit l'homme obéit à sa nature inférieure, égoïste ; il se dégrade et chute
  • Soit l'homme écoute sa nature supérieure : il discute, échange, écoute, tolère, partage, et des solutions pour le bien de tous seront trouvées...
Voici, c'est un ami travaillant sur l'intérieur qui m'a décrit la gravité de la situation. Habitant et producteur sur la côte depuis vingt ans, je sais que ce qui est dit là est vrai.

Il y a longtemps que je ne prends plus la pirogue pour remonter le fleuve, mais si vous êtes comme nous et que vous aimez ce département pour la vie si riche qu'il possède tant par ses habitants que par sa nature, flore, faune, climat, ambiance, etc, faites passer l'info, parlez-en, il faut que les dirigeants locaux et le gouvernement français prennent conscience de la gravité de la situation.

Plus on attendra, plus la situation se dégradera et sera difficile à reprendre sans heurts et sans violence... il y a tellement mieux à faire...

Amitié et Respects à tous.

Bruno Gaucher, février 2006
Apiculteur
Pk 1,6 Pointe-Combi
97315 Sinnamary

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