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« Si on est là, c’est qu’on pense qu’ils sont vivants »

Emilie Perrier et Gilles Nayral, la compagne et le frère de Guilhem Nayral - l’un des deux randonneurs disparus depuis le 14 février - sont en Guyane. Arrivés vendredi dans le même avion que François Bayrou et le préfet Jean-Pierre Laflaquière, ils n’acceptent pas que les recherches en forêt visant à retrouver Guilhem Nayral et Loïc Pillois aient été stoppées. Emilie Perrier et Gilles Nayral ont accordé un long entretien à Frédéric Farine.


Emilie Perrier, Gilles Nayral, et Frédéric Farine photographiés par Philippe Boré le 30 mars 2007, jour de leur arrivée à Cayenne.


 


Qu’escomptez-vous faire ces prochains jours ?

Nous restons en Guyane jusqu’au samedi 7 avril en fin d’après-midi. Lundi, nous devrions être auditionnés par le juge d’instruction puisqu’une enquête judiciaire est ouverte pour disparition inquiétante. Ensuite nous souhaitons rencontrer le piroguier qui est le dernier à avoir vu Guilhem et Loïc vivants. (Il s’agit de l’homme qui les a transportés sur le fleuve Approuague jusqu’au saut Grand Kanori à 10 heures de pirogue au sud-ouest de Régina, ndlr). Après les avoir amenés au point de départ de leur randonnée en forêt, selon la préfecture, le piroguier a dormi là avec eux la nuit du 13 au 14 février avant de les quitter le 14 au matin. Ensuite nous comptons prendre un avion pour Saül, où Loïc et Guilhem devaient arriver…

Le 13 février, Loïc Pillois et Guilhem Nayral ont remonté le fleuve Approuague avec un piroguier jusqu'à la rive du saut Grand Kanori.


Vendredi 30 mars, vous étiez dans le même avion que le préfet de Guyane et François Bayrou, leur avez-vous parlé au cours de ce voyage ?

Emilie Perrier : Au départ nous n’étions pas au courant. A Orly, un journaliste prénommé Jérôme (ndlr : Jérôme Vallette, responsable de la rédaction de La Semaine Guyanaise) qui prenait aussi cet avion, nous a informé de leur présence. Nous n’avons pas voulu aller les déranger directement. Au cours du voyage, nous avons fait passer un mot au préfet ainsi qu’à François Bayrou, par l’intermédiaire d’une hôtesse, en leur expliquant par écrit la situation. A une heure de la fin du voyage, Monsieur Bayrou nous a fait répondre, via sa chargée de communication, que l’on pouvait venir le voir. Monsieur Bayrou nous a alors présentés au préfet de Guyane. Ce dernier nous a dit qu’ils avaient poussé les recherches au maximum et a rapidement fait état d’un problème de coût, déjà proche de 100 000 euros selon lui. Il a indiqué que ces recherches faisaient exploser son budget. On était sonnés. Le préfet nous a également dit qu’il participerait à la réunion prévue le lendemain (samedi 31 mars ndlr) avec son directeur de cabinet et la gendarmerie.

Guilhem Nayral et Loïc Pillois ne sont pas arrivés à Saül, commune de 60 âmes, nichée entre des montagnes forestières pouvant culminer à plus de 800 mètres. L'amie et le frère de Guilhem souhaitent s'y rendre en avion cette semaine.

Qu’avez-vous demandé aux autorités de l'Etat que vous avez rencontrées en préfecture samedi ?

Emilie Perrier : Nous leur avons demandé de relancer les recherches en forêt. On ne réclame pas 300 hommes et 15 hélicoptères. Si on est là, c’est qu’on pense que Guilhem et Loïc sont vivants. Il y a 8 jours, quand on a appris que les recherches des militaires en forêt allaient cesser, on s’est dit, non ce n’est pas possible…Dans 2 mois, on ne viendra pas demander la relance du dispositif, mais aujourd’hui, il y a urgence. Le préfet - nous rappelant au passage qu’il nous l’avait d’ailleurs expliqué la veille dans l’avion- a été très clair : il n’y aura plus, selon lui, de mission en forêt sauf en cas d’élément nouveau. Il a souligné qu’il avait d’autres missions à accomplir : surveillance des frontières, démantèlement des sites d’orpaillage clandestins, lutte contre l’insécurité et qu’il était comptable des moyens de l’Etat. Il estime que les recherches ont ratissé, sans rien trouver, l’itinéraire supposé de Guilhem et Loïc ainsi que les criques autour voire un peu plus au sud. Mais c’est justement parce qu’ils n’ont encore rien trouvé qu’on pense qu’ils doivent continuer.

Le bourg de Saül

Gilles Nayral : Le problème est qu’on est passé sans transition d’une phase active de recherches à une phase passive. Après une vingtaine de jours de recherches en forêt qui ont, je pense été bien faites, selon ce qu’on nous a détaillé, les militaires ont plié bagages et il ne reste qu’une dizaine de gendarmes (8 selon la préfecture, ndlr) qui essayent de recueillir des renseignements sur Saül (commune où étaient censés arriver les deux disparus, ndlr) et parcourent en quad les layons alentours pour essayer de repérer d’éventuelles traces. Ils « grenouillent » nous a-t-on dit.

« Un parcours extrêmement difficile »

Partis trois jours après Guilhem Nayral et Loïc Pillois, quatre randonneurs ont effectué, en un peu plus de 8 jours, un parcours similaire à celui prévu par les deux disparus : « Après avoir dormi comme eux à l’auberge de l’Approuague à Régina, nous sommes également partis en pirogue sur le fleuve Approuague vers le sud-ouest. Toutefois, pour notre part, à la différence des deux disparus, nous avons démarré notre randonnée à 200 mètres en aval du saut grand Kanori afin d’éviter une crique. On s’est mis en route le samedi 17 février à 9 heures. Puis, on a suivi un parcours plein ouest grâce à notre GPS. Après 8 journées de marche, nous sommes arrivés samedi 24 février vers 18 heures au carbet Popote à 5 kilomètres à l’est de Saül. On y a passé la nuit. Et le dimanche 25 février, on est arrivés à Saül vers 10 h. Et là, on a appris que les deux marcheurs censés nous précéder n’étaient pas encore arrivés » m’expliquait le 5 mars Philippe Weng, l’un des quatre randonneurs, par ailleurs directeur du BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières). « Nous n’avons rencontré ni marcheurs ni trace de marcheurs durant notre trajet, ni le moindre orpailleur clandestin. On a marché quotidiennement de 8 heures à 17 heures sauf la veille de l’arrivée où l’on a poussé jusqu’à 18 heures. Le parcours est extrêmement difficile, très physique. La forêt est dense, il faut ouvrir son layon. Notre moins bonne journée nous n’avons avancé que de 4 kilomètres à vol d’oiseau en marchant 8 heures. On peut estimer que le trajet fait plus de 100 kilomètres de marche en comptant les montées et les descentes » poursuivait alors Philippe Weng en ajoutant « Nous avions aussi les cartes au 50 millième du BRGM : ce sont les cartes les plus précises que l’on trouve sur la Guyane. Je pressentais que les deux randonneurs n’avaient pas ce type de carte puisqu’on n’a pas été sollicité au BRGM en ce sens ».

Fabien Reynaud, le directeur de la compagnie minière Boulanger (CMB) qui faisait partie des 4 randonneurs confiait pour sa part, lui aussi, le 5 mars : « La ligne virtuelle qui épouse l’itinéraire de cette randonnée, c’est une ligne de crête qui partage les eaux du nord et celles du sud qui vont vers le fleuve Approuague. Sur la ligne de crête où nous étions, il n’y avait vraiment personne et les criques autour sont minuscules, Elles font en général un mètre de large et 20 centimètres de profondeur, leur eau est transparente mais on n'y voit que de très petits poissons. A proximité de Saül, les criques sont un peu plus larges, environ 3 mètres. Mais, sans fusil pour essayer de chasser, ils risquent d'avoir des difficultés à s’alimenter (…) Concernant le parcours, c’est vraiment très accidenté, de grandes montées et de grandes descentes se succèdent sans cesse. C’est pour ça que nous avions 3 GPS, un allumé et deux de secours. Avec une simple boussole, c'est mission impossible, tu ne peux pas tenir un azimuth, tu es obligé de dévier soit vers le nord, soit vers le sud, tu ne peux pas faire un plein ouest à partir de Grand Kanori jusqu'à Saül. »

De son côté, le 7 mars, Béatrice Dupont, la directrice de Couleur Amazone m’indiquait à propos de Guilhem Nayral et Loïc Pillois: « Pour notre part, on organise des randonnées. On leur a simplement trouvé un prestataire pour qu’ils aient un piroguier. Ensuite, on leur a proposé un guide, ils n’ont pas voulu, ils souhaitaient uniquement être déposés saut Grand Kanori

Vous a-t-on fait part d’un indice concret…

Emilie Perrier : Non, aucun. Les autorités disent avoir exploré la moindre piste même à priori jugée peu sérieuse. Le préfet qui s’est défini devant nous comme quelqu’un de très cartésien nous a expliqué qu’ils s’était même résolu à explorer une piste donnée par un grand sorcier guyanais qui affirmait avoir repéré par la pensée l’endroit où se trouvaient Guilhem et Loïc. Avant notre arrivée en Guyane, un officier militaire nous avait dit qu’ils avaient deux tuyaux, à manier toutefois avec précaution. Deux indications différentes, venues du milieu de l’orpaillage clandestin selon lesquelles Loïc et Guilhem avaient été vus vers Dégrad Kwata (40 km au sud-ouest de Régina, ndlr) et à 37 kilomètres au sud/ sud-est de Saül. Les recherches dans ce sens n’ont rien du donner puisque lors de la réunion en préfecture, on ne nous en a pas parlé.
Gilles Nayral. Les autorités nous ont dit ne plus savoir où aller chercher. Elles pensent avoir fait tout ce qu’il était logique de faire. Elles nous ont dit : donnez-nous le moindre élément et on remettra des moyens.

Vous a-t-on expliqué la difficulté de l’expédition entreprise par Loïc et Guilhem ?

Gilles Nayral : Ce qu’ils nous ont dit en préfecture nous encourage encore plus à croire qu’ils ont pu passer à proximité de Guilhem et Loïc sans les voir : ils ont souligné que le parcours choisi par mon frère et Loïc est extrêmement difficile, très vallonné. Au cours de la réunion, un officier de gendarmerie aux cheveux gris (le lieutenant-colonel Bernard Lernout, adjoint du commandant de la gendarmerie en Guyane, ndlr) a indiqué que des gendarmes s’étaient eux mêmes perdus au début des recherches en forêt. On nous a dit aussi que des militaires ont du être évacués parce qu’ils s’étaient blessés au cours des recherches. Et pendant une journée, nous a-t-on encore raconté, un groupe de militaires a essayé de progresser en forêt avec simplement une boussole, avec à l’arrière du groupe une personne chargée de corriger la progression avec un GPS. Cette expérience leur a permis de conclure qu’avec une simple boussole, ils n’arrivaient pas à garder le cap. Ensuite, les autorités nous ont dit que les chutes d’arbres étaient fréquentes. Evidemment, on ne peut rien exclure, y compris une mauvaise rencontre avec des orpailleurs clandestins, même si c’est l’hypothèse la moins probable selon les autorités qui ont aussi avancé l’attaque possible d’un puma…

Beaucoup estiment que partir en forêt, comme l’ont fait Guilhem et Loïc, avec pour se diriger simplement une carte et une boussole pour chacun, c’est faire preuve d’énormément d’imprudence.

Gilles Nayral : En arrivant ici, nous avons lu une édition de France-Guyane de début mars où un guide parle même de comportement « suicidaire ». Ils ne faut pas exagérer…Guilhem et Loïc se sont posés la question du GPS avant le départ… La gendarmerie nous a confié que ses propres GPS ne fonctionnaient pas bien contrairement à ceux de l’ONF. Guilhem et Loïc ne sont pas non plus des débutants. Ils avaient déjà parcouru la forêt autour de Saül il y a plusieurs années. Ils étaient entraînés, prêts physiquement : ils sont tous deux paysagistes, gèrent chacun une petite entreprise, travaillent constamment dehors.

Emilie Perrier : Ils savaient que ça n’allait pas être une promenade, qu’ils allaient patauger dans des criques…

Quelles sont les relations entre Guilhem et Loïc ?

Gilles Nayral : Ce sont de vrais amis. Ils ne se voient pas forcément souvent mais il y a quelque chose de fusionnel entre eux. Ils ont vécu certaines épreuves difficiles… Ils se complètent. Mon frère est plus fort physiquement. L’autre est plus matheux, plus réfléchi.
Emilie Perrier : Il y a quelques années, ils avaient passé trois mois en Inde ensemble, 24 heures sur 24. Il n’y a jamais eu un différend. On l’a dit aux autorités qui nous ont rétorqué que ce n’était pas la même chose de partir trois mois pour un voyage de routards et de se retrouver à deux en forêt dans des conditions de survie.

Guilhem et Loïc ont-ils eu des parents qui ont vécu en Guyane ?

Gilles Nayral : Le frère de Loïc Pillois était, il y a quelques années, en Guyane. Il y a perdu la vie, lors d’un accident de moto. Suite à ce drame, le père de Loïc ne voulait plus revenir en Guyane. Là, il va s’y résoudre avec d’autres membres de sa famille. Ces jours derniers, ils s’occupaient de leurs vaccins contre la fièvre jaune. D’autres personnes de notre famille viendront aussi, à leur tour. Les deux familles s’épaulent, se téléphonent, sont en phase. On est autant là pour Loïc que pour Guilhem.

Propos recueillis par Frédéric Farine

Vincent Berton : « On ne voit pas comment orienter de nouvelles recherches »

Finalement, les recherches actives en forêt pour essayer de retrouver Guilhem Nayral et Loïc Pillois auront constamment mobilisé une trentaine de militaires et gendarmes sillonnant le terrain (avec un système de relais) du dimanche 4 au dimanche 25 mars. « Un dispositif de 8 gendarmes reste mobilisé sur Saül afin de recueillir des renseignements » nous a indiqué Vincent Berton, directeur de cabinet du préfet avant de s’expliquer sur les raisons de l’arrêt des recherches en forêt profonde : « Nous n’avons pas le moindre élément nous incitant à les poursuivre » nous a-t-il déclaré à l’issue de la réunion organisée hier en préfecture avec Emilie Perrier et Gilles Nayral, la compagne et le frère de
Chronologie

Le lundi 12 février Guilhem Nayral et Loïc Pillois arrivent à Rochambeau par le vol d’Air France. Ils partent directement sur Régina.
La nuit du 12 au 13 février, ils dorment à l’auberge de l’Approuague à Régina
Le mardi 13 février au matin, un piroguier les emmène sur l’Approuague jusqu’à la rive du saut Grand Kanori qu’ils atteignent en fin d’après-midi
Le piroguier passe la nuit du 13 au 14 février avec les deux randonneurs, selon la préfecture, sous le carbet du Grand Kanori. Le 14 au matin, le piroguier repart.
Le dimanche 25 février, 4 randonneurs partis 3 jours après Loïc et Guilhem arrivent à Saül
Le lundi 26 février, Guilhem Nayral et Loîc Pillois ne sont pas dans le vol d’Air France qui décolle de Rochambeau et atterrit à Paris, le lendemain, mardi 27 février
Le mercredi 28 février, les randonneurs qui ont réussi un parcours similaire préviennent la société « Couleur Amazone » que les deux randonneurs censés les précéder n’étaient pas à Saül à leur arrivée.
Le jeudi 1er mars, les proches des disparus alertent, depuis la France, les autorités de Guyane
Le vendredi 2 mars, un proche de Guilhem Nayral donne son numéro de téléphone sur le courrier des lecteurs de www.blada.com. Une première dépêche AFP fait état de la disparition des deux randonneurs.
Samedi 3 mars après-midi, deux groupes de gendarmes et un groupe de militaires du CRAJ (commando de recherche et d’action en jungle) sont héliportés aux extrémités du parcours supposé des deux hommes où ils passent la nuit.
Dimanche 4 mars, les recherches en forêt commencent.
Mardi 6 mars, un détachement de 10 légionnaires est héliporté sur le parcours supposé des deux randonneurs afin de prêter main forte aux militaires
Lundi 19 mars, Claire Lanet, le procureur de Cayenne ouvre officiellement une information judiciaire confiée à un juge d’instruction pour « disparition inquiétante »
Vendredi 23 mars, dans un communiqué, la préfecture annonce la fin des recherches en forêt faute d’indice à partir du lundi 26 mars. Les légionnaires ont déjà mis fin à leurs recherches.
Vendredi 30 mars, l’amie et le frère de Guilhem Nayral arrivent en Guyane pour demander que les recherches en forêt soient relancées.
Samedi 31 mars, le préfet leur confirme que les missions de recherche en forêt « ne reprendront pas sauf nouvel élément ».
Guilhem Nayral, l’un des deux randonneurs disparus en forêt depuis le 14 février. Guilhem Nayral, de Sanary dans le Var et Loïc Pillois de Margaux en Gironde, tous deux âgés de 34 ans devaient relier à pied la rive du saut (rapide) Grand Kanori à la commune de Saül en se frayant un chemin plein ouest durant 10 à 12 jours à travers la forêt profonde. Ils étaient munis, selon leurs proches notamment d’une machette, d’un purificateur d’eau, de vivres pour une douzaine de jours et chacun d’une boussole et d’une carte IGN, mais n’avaient pas de GPS ni de téléphone satellite. « Cela fait un mois et demi qu’ils ont disparu. Nous avons cherché sur leur parcours supposé. Puis nous avons été voir ailleurs sur les têtes de criques environnantes. Il y a eu 50 survols de la forêt en hélicoptère. Nous avons exploité la moindre piste plus ou moins sérieuse. Un sorcier (sic) guyanais a affirmé les avoir repérés. Des orpailleurs clandestins ont prétendu les avoir rencontrés. A chaque fois, on a été voir. Cela n’a rien donné, aucun indice, aucune trace. On ne voit vraiment pas comment orienter de nouvelles recherches » a poursuivi M. Berton. « On est bien conscients que c’est extrêmement dur pour les familles.»


Un précédent

« On aurait dit que ce Brésilien sortait d’un camp de concentration »

Cécile Richard-Hansen agent de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) a fait une rencontre invraisemblable en forêt guyanaise, au milieu de nulle part : le 11 novembre 2005, avec deux autres fonctionnaires de l’Etat, elle est tombée nez à nez avec un Brésilien perdu selon ses dires depuis un mois : « La veille, on avait été droppé par un hélicoptère sur une savane roche avec des agents de l’ONF pour un programme scientifique conjoint d’inventaire sur la flore et la faune. On se trouvait sur la zone du site Grand Croissant (à un peu moins de 40 km au nord du bourg de Camopi, à 30 km à l’ouest du fleuve Oyapock, ndlr), à priori loin de tout site d’orpaillage. J’avais dit à mes collègues : ‘Au moins ici, on ne risque pas la mauvaise rencontre’. Le lendemain, nous étions sur un layon à deux kilomètres de notre camp de base. Et là, on a entendu du bruit et on vu arriver un tout petit mec, malingre avec une espèce de katouri-dos, (sac à dos fait de cordes, ndlr). Quand il nous a vus, sous l’emprise de l’émotion, il a immédiatement perdu connaissance. Il est tombé, les bras en croix. C’était un Brésilien, un « caboclo ». Il paraissait affamé mais il était tellement épuisé qu’au départ il n’arrivait pas à manger. On a commencé à lui donner de très petits bouts de « vache qui rit » puis ensuite de petits morceaux de Mars. Le « Mars » l’a quelque peu revigoré. Il disait qu’il était perdu depuis un mois, il répétait : ‘Camopi, Camopi !’. Il était juste vêtu d’un tee-shirt, d’un short et de bottes dans un état… Dans son katouri-dos, il avait le hamac du garimpeiro et un petit quelque chose assez pesant, on n’a pas regardé ce que c’était, on s’est demandé si ce n’était pas de l’or. Il avait aussi un fusil. En revanche, il n’avait pas soif, il avait du boire dans les criques. Pour rentrer au camp, il n’a absolument pas voulu qu’on le porte. Mais il faisait à peine 200 mètres avant de s’écrouler et de dormir une demi-heure. On s’est dit qu’on n’allait jamais y arriver. Il était d’une maigreur avec les genoux qui ressortaient… on aurait dit qu’il sortait d’un camp de concentration. Au camp, on a appelé le Samu avec le téléphone satellite. Le Brésilien n’arrêtait pas de nous remercier, de nous bénir avec de grands gestes, il délirait un peu aussi. C’était un vrai miraculé. Il a ensuite été héliporté aux urgences de l’hôpital de Cayenne. On ne sait pas ce qu’il est devenu

Frédéric Farine
1er avril 2007
f.farine@ool.fr


N.d.E. Fin de l'aventure le 5 avril. Le 5, Emilie et Gilles étaient à Saül, et Loïc est ressorti de la forêt, bien vivant et amaigri. Il est reparti aussitôt avec les secours, en hélicoptère, récupérer Guilhem, affaibli, resté en retrait à quelques kilomètres de Saül.
Le 6 avril, les deux hommes se portaient bien.

Article de Frédéric Farine sur le site de RFI.fr :
Disparus 50 jours en forêt, ils réapparaissent


Voir aussi : photos de Saül, par Philippe Boré

Le blog qui avait été créé pour retrouver Loïc et Guilhem

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