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27/01/14   -   Promolivres
Véronique Kanor en Guyane

Invitée en Guyane du 27 janvier au 5 février pour y animer des ateliers théâtre, Véronique Kanor présente aussi son dernier livre de poésie "Combien de solitudes ..." paru aux éditions Présence africaine

Véronique Kanor a de multiples casquettes. Tour à tour présentatrice et journaliste à la télévision, réalisatrice d’une émission quotidienne sur RFO, elle se lance également dans l’écriture de scénarios et la réalisation parfois en collaboration avec sa sœur Fabienne Kanor. En 2004 un premier court-métrage "La Noiraude", une comédie sur l’identité antillaise. En 2008, "C’est qui l’homme" reçoit le prix du scénario Premiers Plan d’Angers.


 
Combien de solitudes...

Depuis mille ans, j’héberge une île. Je n’ai pas eu le choix, à vrai dire. Elle m'habitait bien avant que mon corps ne m'habite. Je lui disais : Vas-y, fous le camp avec tes volcans mal éteints. Je lui balançais du gros sel. Je ne voulais pas d'elle. Je voulais London, la lune. Je voulais loin et des territoires sans papa ni manman. J’ai parlé une autre langue, j'ai  ricané. J’ai mis des culottes noires à l’envers pour ne pas qu’elle vienne me sucer dans mon sommeil ; et j'ai effacé toute trace en marchant dos au temps, balai à la main.
              
Je suis née ici, moi. Je suis née en France. Je suis née ici, entre la place Jeanne d’Arc et le boulevard du Général de-Lattre-de-Tassigny. Dans mon carré, il y a aussi l’hiver et je pars chasser des bonhommes de neige. Il y a le monde et je bois un thé à la menthe et je danse tango et je dis «Turn to the left et go straight away » au touriste. Il y a la ville et je pars chasser des bonhommes de ville. Mais sous mes airs conquistadors,  je  suis  immobile,  si  éphémère. Je suis grosse de l’exil des miens. J’ai cru pouvoir avorter leur île.
Avorter la peau sous le costume, la peau de singe et de chagrin. Avorter les manuels sans belles histoires qui endorment flap, bordé de baisers charmants et d’épées victorieuses.  Avorter leurs manqué-tombés finalement tombés dans le panneau «J’ai un voisin… comme vous», l’ombilic des aïeux, nos dormir sans sommeil. Avorter la mémoire. J’ai cru pouvoir avorter le sang, la chair, les os, les chez-nous-on-dit-que, l’idée d’un retour que l’on refuse parce que l’on se croit majeur, libre, homme ou femme et volontaire. J’ai cru être bien d’ici, entre la place et le boulevard. J’ai cru être bien ici. Je n’attendais que mon tour. Ce qui est en soi nous oblige tôt ou tard. 
 
Un jour, l’autre jour, j'ai eu un choléra fulgurant dans l’os médian du cœur. Le train est arrivé gare Saint-Charles en hurlant : N’oubliez rien sous les sièges !  J’étais avec un homme, avec cet homme dont je ne peux plus prononcer le nom sans tomber en vertige. Il m’a rompu, cet homme. Le train dit de ne rien oublier sous les sièges. Sous le mien, j’ai vu son pull à mailles, son bracelet en perles de serpent, son Caborg-Masson. Je ne lui ai pas dit : Tiens, prends ton pull, ton bracelet, ton Caborg-Masson. Sous son siège : mon huile de jasmin, de carapate et de cœur coco-sec. Il a dit : Tiens, reprends tes huiles grasses ; nous n’irons pas à la noce ensemble. L’os a craqué sur le quai de gare. 


 

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