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Jodla 30/01/09
Des violences faites aux femmes : une victime témoigne, 25 ans après

La semaine dernière, une jeune fille de 14 ans était victime d'une tournante au collège Catayée de Cayenne. Et la scène, filmée par les collégiens, est passée de portables en portables et même sur internet. Selon France-Guyane du 21 janvier, le procureur aurait déclaré (citons FG) : « les auditions confirment qu'il ne s'agit pas d'un viol mais d'une relation consentie ». A 14 ans ! une relation consentie avec sept partenaires successifs ! Comme il est simple d'enterrer l'innommable !

Au Collège Catayée, les enseignants ont été contraints de débrayer pour faire entendre leur protestation contre cette confortable et sordide indifférence, avant d'être - un tout petit peu - entendus. Dans notre jodla du 24/01/09, nous proposions la lecture d'un article de Sylvie Véran paru sur le site du Nouvel Obs : Les tournantes de la misère, sur l'affaire de la petite Sarah qui avait fait grand bruit en 2002.

Mais ces horreurs-là ressuscitent de tragiques souvenirs chez les femmes qui en ont été victimes (selon l'INSEE 1,5 % des femmes déclarent avoir subi un viol ou une tentative de viol). La parole libère, même 25 ans plus tard, et une femme, en Guyane, a tenu à donner son témoignage pour que ces ignominies ne soient jamais banalisées :

Elle écrit sous le nom d'Agathe, qui est bien entendu un pseudonyme :

Ce qu’il vient de se passer au collège Catayée est immonde, et que certains puissent dire que la jeune fille était consentante est la pire des insultes, la pire des cruautés.

Qu’en savez-vous vous tous, avec votre bonne conscience qui refusez de voir la vérité en face, et qui préférez vous cacher derrière le fait qu’on n’y peut rien, puisqu’elle le voulait ??? Toutes des salopes, n’est-ce pas ???

Personne, je dis bien, personne, ne me fera croire qu’une gamine de 14 ans est consentante pour des relations sexuelles multiples. C’est abject de penser cela.

Alors, ce soir, je vais vous dire mon histoire, que peu de personnes connaissent, car 25 ans et demi après, j’en ai encore honte (c’est un comble), et que jamais je ne m’en suis remise. Aujourd’hui, je suis incapable d’avoir des relations normales avec un homme. Pas une ne dure, je ne peux pas faire confiance.

Cela s’est passé dans la région bordelaise, un soir de juillet 1983. J’avais 19 ans, je sortais, comme on dit avec un garçon de mon âge, présenté par mon cousin. Garçon faisant partie, comme l’on dit, de la « bonne société bordelaise »…

Au bout de 3 semaines de relation « chaste », il me demande de venir chez lui, en l’absence de ses parents, partis pour le week-end.
N’étant pas tout à fait naïve, je savais que si j’allais chez lui, c’était pour faire l’amour. J’étais d’accord, consentante, si vous préférez.

La soirée se passe, nous faisons l’amour dans sa chambre. A minuit, coupure d’électricité. Il prétend aller chercher des bougies. Quand la porte s’ouvre, je lui demande où sont les bougies, il répond par une sorte de grognement, et vient se coucher à coté de moi. Je veux lui passer la main dans les cheveux, et là, je fais un bond. Au lieu de ses cheveux lises, ils sont très frisés. Je m’écarte et tâche de distinguer dans l’obscurité qui c’est. Je veux me lever quand je m’aperçois que ce n’est pas X.

(Rien que d’écrire ça, mon cœur bat à tout rompre, et mes doigts tremblent tant et plus sur le clavier…)

Je n’ai pas le temps de me lever, il m’attrape brutalement par le bras et me dit : « après mon copain, c’est moi, c’est comme ça. Tu t’es bien faite baisée par lui, maintenant, c’est mon tour. »

Je panique, et commence à crier, appelle X à l’aide. Et là, 5 ou 6 garçons entrent dans la pièce. Ils me jettent sur le lit, 4 m’empoignent les jambes et les bras, les jambes écartées bien sûr. D’autres entrent encore dans la pièce. Le premier « passe », je crie, je hurle, je tente de me débattre, je prends deux gifles. Ca les fait rire, on dirait que ça les excite encore plus. Je suis terrifiée. Ils me font mal (je saignerai pendant plus de 8 jours après, des déchirures qu’ils m’ont faites).

Au bout de trois types, je cesse de me débattre, j’ai trop mal. En plus, l’un deux me dit que si je ne me laisse pas faire, ils feront pareil à ma sœur de 14 ans.
Comme je ne crie plus, un m’enfourne son sexe de force dans la bouche. J’étouffe, je pleure, j’ai des haut-le-cœur. Ils rient encore plus. Je ne sais pas combien ils ont été. J’ai arrêté de compter à 5.

Ils m’ont aussi sodomisée, une première pour eux. Visiblement, un triomphe. Pendant des semaines, j’ai eu mal, je ne pouvais plus aller aux toilettes, je hurlais de douleur.
Il y avait un réveil sur la table, ça a duré plus de deux heures. J’ai regardé chaque minute de ce cauchemar passer.

Combien ils ont été ? 5, 10, plus ? Je ne sais pas.
A un moment, une fille est entrée, je ne sais pas comment elle est arrivée là. Elle m’a regardé d’un air de mépris total et m’a dit : « toi la pute, dégage et ne touche plus à mon mec. »
Elle m’a jeté mes vêtements et a empêché les mecs de me retenir encore. Je suis sortie à moitié nue, sous la pluie d’orage, je ne savais même plus où je devais aller, je ne connaissais pas le quartier. Ils m’ont suivie en voiture, j’étais encore plus terrifiée, humiliée, détruite. Aucun mot ne peut traduire ce que l’on ressent à ce moment-là.

Je suis rentrée chez moi je ne sais même plus comment. Je me suis douchée pendant des heures. J’étais sale, écœurée, repoussante, dégoûtée de moi-même. Je n’en ai parlé à personne. Porter plainte ne m’a même pas effleuré l’esprit. J’étais coupable, puisque j’avais été de moi-même chez lui. Qui aurait voulu me croire. Il y a 25 ans, on en parlait encore moins qu’aujourd’hui. Je me suis tue pendant presque 20 ans.

Parce que vous savez, dans ce genre de situation, je me suis sentie coupable et responsable pendant des années. Après tout, comme me l’a si bien dit mon cousin quelques jours plus tard « tu l’as bien cherchée, je ne savais pas que tu étais aussi salope… Tu savais ce que tu voulais en allant chez lui… »

Parce que ces salopards, ils en avaient parlé à tout le monde. Je suis devenue la fille facile, la pute qu’on peut baiser comme on veut. Alors, bien sûr, il n’y avait pas de caméra, pas de portable, mais la réputation ne s’efface pas non plus. Je n’ai pas porté plainte, tellement j’étais persuadée de « l’avoir bien cherché ». Je suis sûre qu’aujourd’hui encore, ils en parlent comme d’une bonne blague de vacances, d’avoir baisé la pute d’Agathe « et en plus, elle aimait ça… »

Il y a 6 ans seulement, j’ai un vu « Envoyé Spécial » où une jeune femme parlait de la même chose vécue comme moi, mais dans un club Med. Elle avait accepté d’avoir des relations sexuelles avec un GO, mais en fait, tous étaient là et l’avaient violée. Comme moi, elle se sentait responsable, car elle avait été de son plein gré dans sa case.

J’ai appelé le numéro donné à la fin. Et là, pour la première fois, j’ai parlé. La femme au téléphone m’a dit que c’était un viol, collectif, de surcroit. Oui, j’étais d’accord pour des relations, mais avec UN SEUL garçon, pas avec toute sa bande. C’était donc bel et bien un viol.

C’est la première fois que je mets ça par écrit, et c’est encore une terrible souffrance, toujours aujourd’hui, comme à chaque fois que j’entends parler de viol, collectif ou pas.

Pendant des années, j’ai laissé les hommes faire de moi ce qu’ils voulaient. N’importe qui me faisait des avances, je répondais oui, qu’il me plaise ou non. J’étais incapable de dire non, de peur qu’il ne me force. J'ai dû avoir plus de 200 hommes différents dans ma vie, ou plutôt, plus de 200 me sont passés sur le corps. Oui, là j’étais consentante, enfin, plutôt, je ne disais pas non... Mais d’après vous, où commence le consentement ???

J’ai réussi à mettre un terme à ces horribles relations après avoir vu le reportage cité plus haut, et après une longues séries de visites chez un psy.
Mais comme je l’ai dit au début de ce texte, aujourd’hui, je suis incapable d’avoir une relation « normale » avec un homme, je ne peux plus faire confiance, même plus de 25 ans après.

Alors, « messieurs » qui pensez que cette jeune fille était consentante, qui vous le fait croire ???? Si on m’avait filmée pendant ce viol, j’aurais parue consentante à un certain moment. J’avais trop mal, trop peur, pour moi et pour ma sœur.

Et en plus, comme l’a dit une intervenante sur Blada, je suis prête à parier que, tout comme visionner le film, lire mon texte en aura fait bander certains !!!
Ce sont des porcs, et encore, c’est faire insulte à cet animal que de dire cela.

Une dernière chose : pas de préservatif à l’époque. X en avait mis pour la première relation. Rien pour les suivantes. Bilan : une grossesse, et donc un avortement, et une Mst en prime.

Avant de dire des conneries, certains feraient mieux de tourner 7 fois leur langue dans leur bouche. Et par pitié, si vous avez le film en main, prenez-le, et détruisez-le du portable dans lequel il est. Ca sera toujours ça de gagné.

Merci de m’avoir lue jusqu’au bout, et j’ose espérer que ca en fera peut-être réfléchir certains…

Agathe (un pseudo, bien sur…)

Mercredi 28 janvier 2009

 

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