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Infos citoyennes

23/08/22
Des évaluations spécialisées pour prévenir les risques chez les personnes âgées

En octobre 2020, Rainbow Guyane s’est vu confier et financer par l’ARS une équipe mobile de gériatrie (EMG). Retardée par l’épidémie de Covid-19, elle est réellement active depuis mars. Elle réalise des évaluations gériatriques standardisées, à domicile ou dans les structures, sur tout le territoire, à la demande des professionnels de santé qui suivent des personnes âgées. A l’issue, le Dr Brieg Couzigou rédige un compte-rendu, avec des recommandations ou des avis, qui sera adressé au médecin traitant et à l’équipe de soin du patient. Le but est d’améliorer la prise en charge médico-psycho-sociale des personnes âgées en fournissant une expertise gériatrique à visée diagnostique et/ou thérapeutique.
 

Eudèse (le prénom a été modifié) se lève péniblement de son canapé. Se redresse. Son genou droit craque. La sexagénaire se dirige vers le couloir de son appartement, puis sa chambre. Elle récupère ses papiers que le Dr Brieg Couzigou lui a demandés quelques minutes plus tôt. Le médecin de l’équipe mobile de gériatrie (EMG) de Rainbow Guyane réalise une évaluation gériatrique standardisée (EGS), au domicile de cette habitante de Macouria. « Il s’agit d’aider le médecin traitant dans la prise en charge et la prise de décision, en réalisant une consultation d’une à deux heures, au domicile, avec une infirmière. Mais nous ne sommes pas prescripteurs et nous ne faisons pas de suivi. Nous intervenons en tant qu’experts, en tant qu’évaluateurs. »

Créée en octobre 2020 mais réellement active depuis mars en raison de l’épidémie de Covid-19, l’équipe mobile de gériatrie va faire le point sur tous les facteurs de risque de la personne âgée. Il peut s’agir de personnes sur son lieu de vie (domicile, EHPAD, résidence autonomie), de plus de 75 ans ou de plus de 65 ans polypathologiques. L’intervention peut être sollicitée par le médecin traitant, un médecin hospitalier, un infirmier, l’hospitalisation à domicile (HAD), l’équipe mobile de psychiatrie voire la Maia, comme c’est le cas ce lundi-là. « Ce peut être tout professionnel de santé qui estime qu’il y a un besoin. Mais nous n’intervenons pas dans l’urgence. Le but est d’aider le médecin traitant dans la prise en charge et la décision », précise le Dr Couzigou.

Chute, troubles cognitifs, douleurs persistantes, perte de poids, situations sociales ou médicales complexes…

« On peut être sollicités après une chute, à l’apparition de troubles cognitifs, en cas de douleurs persistantes, de perte de poids, pour des situations sociales et médicales complexes, liste le médecin. Ce sont souvent plein de choses qui commencent à s’intriquer et qui nécessitent un temps de consultation beaucoup plus important. Le plus souvent, on nous sollicite pour des troubles cognitifs associés à des problèmes sociaux. » Outre le médecin gériatre, l’équipe complète comprend une cadre coordinatrice, un infirmier référent en gériatrie et une assistante sociale.

Dans le cas d’Eudèse, l’équipe mobile de gériatrie a été sollicitée par la Maia, en raison de début de troubles cognitifs. Le Dr Couzigou lui demande son âge. Elle donne sa date de naissance. En quelle année nous sommes ? « J’ai oublié. » Le nom du président de la République ? Eudèse cherche, cite Jacques Chirac puis Nicolas Sarkozy. Les suivants ? Elle a oublié. « Je les connaissais tous », regrette-t-elle. Les prénoms de ses petits-enfants ? Ils lui reviennent. Va-t-elle faire ses courses seules ? « Avant, oui. Mais je ne peux plus. Je peux marcher mais je ne peux plus aller loin. Si je veux aller chez ma voisine, je dois prendre une canne. » Une heure plus tard, elle prétendra se rendre régulièrement seule au marché de Cayenne, en prenant le bus.

Risque de chute, diabète, lunette, ménage…

Les difficultés de déplacement de la patiente retiennent l’attention du médecin. D’innombrables tapis parsèment le chemin de la sexagénaire : « Je ne suis pas devin, mais vous risquez de glisser un jour. » Son besoin de se tenir aux cloisons : « Qui est votre bailleur ? Il faut qu’on regarde pour installer des barres. C’est facile à retirer ensuite. » La douche ? « Vous la prenez seule ? » Eudèse réagit : « Mais vous me prenez pour une petite vieille ? » Brieg Couzigou : « Je pose beaucoup de questions. » Eudèse : « Vous faites bien. Comme ça, vous saurez tout ! » Le Dr Couzigou consigne tout dans son rapport et sur des échelles.

Le flot de questions se poursuit. Les lunettes ? « Pas bien, mais je n’ai pas l’argent pour en changer. » Son fils ? « Il vit à Paris. » Le ménage ? « Je ne peux pas. » Du diabète ? « Oui, du diabète, du cholestérol, de l’arthrose. Je ne vais pas bien. » Il lui fait boire un verre d’eau, pour observer sa déglutition. Un cousin de la sexagénaire est là, pour l’aider à classer ses souvenirs et répondre à quelques questions quand Eudèse ne sait quoi répondre. C’est le cas lorsqu’est abordé la question de la personne de confiance. « Qui dois-je appeler si vous tombez et que vous vous cassez une jambe ? Si vous êtes malade ? Si vous êtes hospitalisée ? » Le Dr Couzigou plonge ensuite dans une boîte qu’a sortie la Macourienne. Boîtes de médicaments, ordonnances, numéro de l’infirmière qui passe deux fois par jour s’y entassent.

Plongée dans la boîte à médicaments et tests de mémoire

« Vous avez aussi des problèmes de cœur, constate-t-il (…) C’est toute la difficulté : récupérer toutes les informations. En regardant les ordonnances, on en apprend beaucoup. » Le Dr Couzigou montre une autre boîte de médicaments à la sexagénaire : « Ça, vous le prenez encore ? J’appellerai votre infirmière plus tard. » Il poursuit sa plongée dans la boîte. « Elle a déjà été vue par un neurologue. Vous avez aussi vu le podologue il n’y a pas longtemps. » « Ah oui », opine Eudèse. Le praticien constate que certains traitements, visiblement inutiles, ont été arrêtés. « Je ne sais pas par qui, c’est très bien. Mais elle a encore des boîtes. Des récentes… » Un carnet révèle que l’infirmière prend la tension régulièrement. « C’est bien. » La sexagénaire s’étonne : « Mais vous êtes médecin ? » Le Dr Couzigou ne s’étonne plus de la question : « Souvent, je dois le rappeler trois ou quatre fois pendant l’évaluation. »

Le médecin lui fait maintenant retenir trois mots. Elle les répète. Lui fait faire une soustraction simple. Une première réponse fausse. Une seconde juste. Lui redemande les trois mots. Les épaules de la sexagénaire s’affaissent. Il lui pose la main sur un pied. Eudèse pousse un cri. Quelques minutes plus tôt, elle n’avait pas réussi à lui dire si une partie de son corps lui fait plus mal qu’une autre. Le médecin semble avoir trouvé. Stéthoscope pour la respiration. « Vous sentez-vous triste ? » « Des fois, je me sens seule. » « Aimeriez-vous vivre à Paris ? » « Ouuhhh… » « Je vais discuter avec votre médecin et voir si vous pouvez obtenir l’APA (allocation personnalisée d’autonomie), pour avoir une femme de ménage. »

Des troubles cognitifs déjà diagnostiqués

Cela fait une heure et quart que le médecin est avec Eudèse. « Ses troubles cognitifs ont été diagnostiqués il y a trois ans, mais rien n’a été mis en place, constate le médecin. Elle a le profil typique des personnes qui vont en maison de retraite. Mais si j’en parle maintenant… Son moral est très bas. Elle donne le change, mais c’est très bas (…) Je ne suis pas censé faire de diagnostic, mais pour les troubles cognitifs, quand ils sont évidents, il est important de statuer. C’est particulièrement vrai dans l’Ouest, où les personnes âgées n’ont pas accès à la consultation mémoire. »

Tous ces éléments, le Dr Couzigou les intègre dans un compte-rendu de plusieurs pages et dans des grilles standardisées. Il sera adressé au médecin traitant et à l’équipe de soin de la personne âgée. « Nous sommes en conseil. Nous n’avons pas le droit de prescrire. Je ne remplace ni le médecin traitant, ni les soignants qui interviennent à domicile », précise-t-il.

L’évaluation gériatrique standardisée peut aussi être l’occasion d’évoquer les problématiques familiales, les directives anticipées, les mesures de protection juridique (tutelle, curatelle, mandat de protection future…) et de s’interroger sur le devenir de la personne. « Nous recommandons rarement l’admission en Ehpad mais on encourage la préinscription, si besoin. Cela évite de devoir le faire en urgence, explique Marie-Charlotte Nivet, la cadre coordinatrice de l’équipe mobile de gériatrie. Le but est d’améliorer la qualité de vie des personnes âgées. »


In October 2020, Rainbow Guyana was entrusted with and financed by the ARS a mobile geriatrics team (EMG). Delayed by the Covid-19 epidemic, it is really active since March. She carries out standardized geriatric assessments, at home or in structures, throughout the territory, at the request of health professionals who follow elderly people. At the end, Dr Brieg Couzigou writes a report, with recommendations or opinions, which will be sent to the attending physician and the patient's care team. The aim is to improve the medico-psycho-social care of the elderly by providing geriatric expertise for diagnostic and/or therapeutic purposes.
 

Eudèse (the first name has been changed) gets up painfully from her couch. Straightens. His right knee cracks. The sixty-year-old headed for the hallway of her apartment, then her bedroom. She retrieves her papers that Dr. Brieg Couzigou asked her for a few minutes earlier. The doctor from Rainbow Guyana's mobile geriatrics team (EMG) performs a standardized geriatric assessment (EGS) at the home of this resident of Macouria. “ It is a question of helping the attending physician in care and decision-making, by carrying out a consultation of one to two hours, at home, with a nurse. But we are not prescribers and we do not follow up. We act as experts, as evaluators. »

Created in October 2020 but really active since March due to the Covid-19 epidemic, the mobile geriatrics team will take stock of all the risk factors of the elderly. These may be people in their place of residence (home, EHPAD, independent residence), over 75 years old or over 65 years old with multiple pathologies. The intervention can be requested by the attending physician, a hospital doctor, a nurse, home hospitalization (HAD), the mobile psychiatry team or even the Maia, as is the case on that Monday. “It can be any healthcare professional who feels there is a need. But we do not intervene in an emergency. The goal is to help the attending physician in the management and the decision ”, specifies Dr. Couzigou.

Falls, cognitive disorders, persistent pain, weight loss, complex social or medical situations…

" We can be called upon after a fall, at the onset of cognitive disorders, in the event of persistent pain, weight loss, for complex social and medical situations, lists the doctor. These are often a lot of things that start to come together and require a lot more consultation time. Most often, we are approached for cognitive disorders associated with social problems. » In addition to the geriatrician, the full team includes a coordinating manager, a geriatrics nurse and a social worker.

In the case of Eudèse, the mobile geriatrics team was requested by the Maia, due to the onset of cognitive disorders. Dr. Couzigou asks him his age. She gives her date of birth. What year are we in? "I forgot." The name of the President of the Republic? Eudèse seeks, quotes Jacques Chirac then Nicolas Sarkozy. The following? She forgot. “I knew them all,” she laments. The names of his grandchildren? They come back to him. Will she go shopping alone? “Before, yes. But I can't anymore. I can walk but I can't go far. If I want to go to my neighbour's house, I have to take a cane." An hour later, she claimed to regularly go alone to the Cayenne market, taking the bus.

Risk of falls, diabetes, glasses, cleaning...

The patient's difficulty moving around caught the doctor's attention. Countless rugs dot the 60-year-old's path: "I'm no diviner, but you might slip one day." His need to hold on to partitions: “Who is your landlord? We have to look to install bars. It's easy to remove afterwards. » The shower? "Are you taking it alone?" Eudèse reacts: "But you take me for a little old lady? " Brieg Couzigou: "I ask a lot of questions." Eudèse: “You are doing well. That way, you'll know everything! » Dr. Couzigou records everything in his report and on scales.

The stream of questions continues. The glasses? "Not good, but I don't have the money to change it." His son? "He lives in Paris." Housekeeping? "I can't." Diabetes? “Yes, diabetes, cholesterol, osteoarthritis. I'm not well." He makes her drink a glass of water, to observe her swallowing. A cousin of the sexagenarian is there to help her classify her memories and answer a few questions when Eudèse does not know what to answer. This is the case when the issue of the trusted person is addressed. “Who do I call if you fall and break your leg? If you are sick? If you are hospitalized? » Dr. Couzigou then dives into a box that the Macourian took out. Boxes of medicine, prescriptions, the number of the nurse who comes twice a day are piled up there.

Dive into the medicine box and memory tests

  You also have heart problems, he notes (…) That’s the whole difficulty: recovering all the information. Looking at the ordinances, you learn a lot.” Dr. Couzigou shows another box of medication to the 60-year-old: "Are you still taking that? I'll call your nurse later." He continues his dive into the box. “She has already been seen by a neurologist. You also saw the podiatrist not long ago." “Ah yes,” opines Eudèse. The practitioner notes that certain treatments, which are obviously useless, have been stopped. "I don't know by whom, that's fine. But she still has boxes. Recent… » A notebook reveals that the nurse takes blood pressure regularly. "It's good." The sixty-year-old is surprised: "But you are a doctor? " Dr. Couzigou is no longer surprised by the question: “Often, I have to remind him three or four times during the evaluation.”

The doctor now makes him remember three words. She repeats them. Make him do a simple subtraction. A wrong first answer. Just one second. Ask him for the three words again. The shoulders of the sexagenarian sag. He puts his hand on her foot. Eudese utters a cry. A few minutes earlier, she hadn't been able to tell him if one part of her body hurts more than another. The doctor seems to have found. Stethoscope for breathing. "Are you feeling sad?" "Sometimes I feel lonely." «Would you like to live in Paris?» “Ouuhhh…” "I'm going to talk to your doctor and see if you can get the APA (personal autonomy allowance) to have a cleaning lady."

Cognitive disorders already diagnosed

The doctor has been with Eudèse for an hour and a quarter. “His cognitive disorders were diagnosed three years ago, but nothing has been put in place, notes the doctor. She has the typical profile of people who go to a retirement home. But if I talk about it now… His morale is very low. She gives the change, but it is very low (…) I am not supposed to make a diagnosis, but for cognitive disorders, when they are obvious, it is important to rule. This is particularly true in the West, where the elderly do not have access to memory consultation. »

All these elements, Dr. Couzigou integrates them in a report of several pages and in standardized grids. It will be sent to the attending physician and to the elderly care team. “We are in council. We have no right to prescribe. I do not replace either the attending physician or the caregivers who intervene at home,” he specifies.

The standardized geriatric assessment can also be an opportunity to discuss family issues, advance directives, legal protection measures (guardianship, curatorship, mandate for future protection, etc.) and to question the future of the person. “We rarely recommend admission to nursing homes, but we encourage pre-registration, if necessary. This avoids having to do it urgently, explains Marie-Charlotte Nivet, the coordinating manager of the mobile geriatrics team. The aim is to improve the quality of life of the elderly. 

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