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Infos citoyennes

04/02/26
Les conduites à tenir face à de nouveaux cas de chikungunya

Cinq cas de chikungunya ont désormais été confirmés, sur le territoire. Des conduites à tenir ont été envoyées aux professionnels de santé. L’ARS a fait un point sur les techniques de biologie disponibles sur le territoire, les mesures de gestion et rappelle les bons réflexes pour se protéger des moustiques.

Situation épidémiologique

Cinq cas de chikungunya sont désormais confirmés, en Guyane, depuis le 21 janvier, qu’ils soient autochtones ou qu’ils aient été importés, la circulation du virus étant active également au Suriname. Il s’agit des premiers cas autochtones depuis 2016. Ces cas ont été localisés chez des patients habitant à Cayenne, Kourou et Saint-Laurent-du-Maroni.

Conduites à tenir

L’Agence régionale de santé a transmis des conduites à tenir aux professionnels de santé, via leurs instances professionnelles ou leurs établissements. Le diagnostic d’infection par le chikungunya doit être suspecté dans l’une des deux situations suivantes :

  • Une personne : 
    - De retour d’une zone avec une circulation active depuis moins de deux semaines ;
    -  Et présentant une fièvre supérieure à 38,5° d’apparition brutale (en présence ou non d’arthralgie et/ou de myalgies d’œdèmes des extrémités et/ou d’une éruption maculo-pulpeuse).
     
  • Toute personne présentant : 
    -  Une fièvre supérieure à 38,5° d’apparition brutale ; 
    -  Et des douleurs articulaires incapacitantes des membres ; 
    -  Et en l’absence de tout point d’appel infectieux.

Examens de confirmation

S’agissant de la réalisation et de l’envoi des examens de confirmation :

  • Si le patient consulte moins de sept jours après la date de début des signes, prescrire : 
    -   Une demande de RT-PCR chikungunya et dengue ; 
    -   En cas de résultat négatif pour la dengue et le chikungunya, les tubes sont à envoyer au CNR des arbovirus de l’Institut Pasteur de Guyane, qui cherchera d’autres arbovirus dans le cadre de la surveillance sentinelle. Il est demandé de transmettre la fiche de renseignement.
     
  • Si le patient consulte plus de cinq jours après la date de début des signes, prescrire : 
    -   Une demande de sérologie IgM chikungunya et dengue. Les tubes sont à envoyer au CNR des arbovirus de l’Institut Pasteur de Guyane ; 
    -   La présence d’IgM isolées doit impérativement conduire à un second prélèvement pour confirmation, au maximum dix jours après le premier pour détecter une séroconversion (apparition d’IgG). En effet, les réactions croisées sont très fréquentes et des IgM seules sont ininterprétables.

Disponibilité des techniques

L’Agence régionale de santé a également fait le point avec les laboratoires sur la disponibilité des techniques de biologie sur le territoire, afin que tous les prélèvements soient analysés en Guyane. Les laboratoires se sont notamment fournis en triplex, depuis plusieurs mois, afin de rechercher la dengue, le chikungunya et le zika en même temps.

Recommandations pour le patient

L’ARS invite les professionnels de santé à recommander au malade et à sa famille d’appliquer de manière stricte les règles suivantes, au moins durant les quinze jours suivant la date de début des signes :

  • Protection individuelle contre les piqûres de moustiques : 
    -   Utilisation de moustiquaires, idéalement imprégnées d’insecticide ; 
    -   Utilisation régulière de répulsifs ; 
    -  Port de vêtements longs.
     
  • Élimination de tous les gîtes présents au domicile et dans l’environnement susceptibles d’héberger des larves de moustiques (vieux pneus, bidons…), surveillance de ce que l’on ne peut ni ranger, ni protéger, en changeant l’eau au moins deux fois par semaine (boutures, vases à fleurs, dessous de pots, abreuvoirs…) et protection des réserves d’eau avec une toile moustiquaire.

Signalement et intervention

Il est demandé aux professionnels de santé de signaler tout cas confirmé à la cellule de veille et de gestion sanitaire de l’ARS (ars973-alerte@ars.sante.fr ou 0594 25 72 37) pour :

  • Le déclenchement précoce des mesures de prévention par le service de démoustication ;
  • La réalisation d’une investigation immédiate en cas de suspicion de transmission autochtone.


Point avec les établissements de santé

Dans les prochains jours, l’ARS prévoit également d’échanger avec les établissements de santé sur les organisations à mettre en place en fonction de l’évolution de l’épidémie.

Mesures de gestion

Des discussions ont également lieu avec les équipes de la Collectivité territoriale (CTG) après chaque nouveau cas. Le but est d’adapter les mesures de gestion à la situation épidémique et aux rassemblements prévus en Guyane dans le cadre du carnaval, afin de freiner la transmission du virus par les moustiques. La lutte antivectorielle autour des cas se poursuit.

Les gestes pour se protéger

Il est fortement recommandé à chacun de respecter les gestes suivants pour se protéger et prévenir la transmission du virus :

  • Utiliser un répulsif cutané, en particulier le matin et en fin de journée ;
  • Porter des vêtements amples et couvrants ;
  • Utiliser des moustiquaires, des ventilateurs ou la climatisation ;
  • Éliminer toutes les eaux stagnantes autour de son domicile (soucoupes, seaux, pneus, récipients, contrôler et vider régulièrement les plantes pouvant retenir l’eau…), jeter les déchets à la poubelle.

En cas de fièvre, douleurs articulaires ou musculaires, fatigue, maux de tête, éruption cutanée, consulter rapidement son médecin traitant.

« Une large partie des épidémies des XVIIIe et XIXe siècles classées comme dengue étaient des épidémies de chikungunya »

C’est à une plongée dans les livres d’histoire, les premières descriptions d’arboviroses, et à une révision des épidémies des XVIIIe et XIXe siècles que nous invitent le Dr Timothée Bonifay, médecin au CHU de Guyane – site de Cayenne, le Pr Loïc Epelboin, infectiologue au CHU de Guyane, et une douzaine de leurs confrères de l’Hexagone et de l’université West Indies de Jamaïque. Dans un article publié en septembre dans Plos Neglected Tropical Diseases, ils suggèrent que le chikungunya a été responsable de nombreuses épidémies attribuées historiquement à la « dengue ».

« Au cours des XVIIIe et XIXe siècles, plusieurs épidémies importantes ont été décrites sous le nom de « dengue », mais leur cause réelle reste incertaine. À cette époque, ni le virus de la dengue (DENV) ni le virus du chikungunya (CHIKV) n'avaient été découverts. Pourtant, les symptômes rapportés dans les archives historiques, en particulier les douleurs articulaires sévères, ressemblent souvent à ceux que l'on sait aujourd'hui être causés par le CHIKV », explique le Dr Bonifay, qui s’était déjà intéressé aux aspects historiques des arboviroses

« L’idée de cet article est née de l’épidémie de chikungunya de 2014. Nous nous demandions depuis quand circulait le virus. Dans les années 1950, la Fondation Rockfeller et d’autres ont fait la chasse aux arboviroses. Ils en ont trouvé des centaines. Dans les années 1970, des médecins se sont dit que ce que l’on classait sous le nom générique de « dengue » était peut-être autre chose. Nous disposons de descriptions cliniques anciennes. Il nous fallait une base pour les classer en dengue ou en chikungunya. »

« Pour une majorité des cas, nous avions des tableaux cliniques précis, avec l’arthralgie distale pour le chikungunya et les saignements pour la dengue. Dès que le tableau clinique était moins précis, nous nous retrouvions face aux mêmes difficultés qu’un médecin en consultation. Nous disposions parfois d’éléments de contexte comme le taux de mortalité ou le taux d’attaque, ainsi que d’éléments paracliniques comme les thèses de médecine. Nos trois méthodes d’étude des articles ont conforté les hypothèses émises depuis les années 1950 : une bonne partie des épidémies classées comme « dengue » étaient des épidémies de chikungunya. »

 

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