Lundi, l’Agence régionale de santé a notifié des autorisations d’activités et d’équipements matériels lourds aux établissements de santé. Elles permettront de développer l’offre de soins et d’éviter plusieurs centaines d’évacuations sanitaires à l’intérieur du territoire ou vers l’extérieur.

Aide médicale à la procréation : Kourou en première ligne
Deuxième motif d’évacuation sanitaire après les cancers, l’aide médicale à la procréation (AMP) va poursuivre son développement en Guyane. La mise en place du bilan d’infertilité (lire la Lettre pro du 30 avril 2024), de téléconsultations et de staffs mensuels avec l’hôpital Bichat (Paris) ont permis de réduire le nombre d’évasan de 400 en 2023 à 250 en 2024, explique le Dr Karen Mencé, gynécologue médicale au CHU de Guyane – site de Kourou. L’ARS a accordé au site de Kourou plusieurs modalités concernant la fécondation in vitro, le prélèvement d’ovocyte et de spermatozoïdes, la conservation des embryons, des gamètes et du sperme, et le transfert d’embryons en vue de leur implantation. Pour le Dr Mencé, un calendrier « réaliste » serait de démarrer ces activités « au premier trimestre 2027 ». Nous y reviendrons en détails dans une prochaine Lettre pro.
Le diagnostic prénatal confié au CHU de Guyane – site de Cayenne

Le diagnostic prénatal sera désormais intégralement réalisé au laboratoire de l’hôpital de Cayenne. Celui-ci a obtenu toutes les mentions, ce qui lui permet d’appuyer l’activité du Centre régional du dépistage néonatal (CRDN) :
Saint-Laurent-du-Maroni renforce sa prise en charge pédiatrique

C’était la brique qui manquait pour que la maternité du CHU de Guyane – site de Saint-Laurent-du-Maroni puisse passer au niveau 3 : l’ARS a autorisé une activité de réanimation néonatale sur place. Actuellement, une centaine de nouveau-nés de l’Ouest, dont des prématurés, doivent être transférés vers Cayenne chaque année. De plus, grâce aux autorisations de chirurgie pédiatrique (en ambulatoire et en hospitalisation complète) et de psychiatrie périnatale (lire ci-dessous), les enfants pourront être pris en charge à proximité de leurs familles.
Les soins critiques pédiatriques renforcés à Cayenne
Le CHU de Guyane – site de Cayenne, qui disposait d’une dérogation de quatre lits de soins intensifs et de soins critiques pédiatriques, pourra déployer huit lits.
Psychiatrie périnatale
Une autorisation de psychiatrie périnatale est accordée :
Radiologie
Une dérogation est accordée au CHU de Guyane – site de Cayenne pour l’installation d’une seconde IRM.
Des autorisations d’équipements matériels lourds pour de la radiologie diagnostique et de la radiologie interventionnelle sont accordées à :
Ces autorisations permettent d’installer jusqu’à trois équipements à répartir entre les scanners et les IRM.
Les autorisations de traitement de l’insuffisance rénale chronique transférées au CHU de Guyane
A la création du CHU de Guyane, les autorisations de traitement de l’insuffisance rénale chronique étaient restées rattachées aux hôpitaux historiques de Cayenne et Saint-Laurent-du-Maroni. Elles ont été transférées au CHU, la néphrologie ayant commencé à se structurer à l’échelle territoriale. Nous y reviendrons avec le Dr Tanguy Gbaguidi, chef de service de néphrologie au CHU de Guyane – site de Cayenne, dans une prochaine Lettre pro.
Le CHU de Guyane autorisé à déployer la radiothérapie
Alors que la Journée mondiale contre le cancer se tenait mercredi, la Guyane se rapproche de l’objectif, fixé à 2030, de traiter 80 % des cancers sur le territoire (lire la Lettre pro du 3 mars 2023). Lundi, Bertrand Parent, directeur général de l’Agence régionale de santé, a autorisé le Centre de radiothérapie du CHU de Guyane à déployer l’activité le site de Cayenne. « La radiothérapie, c’est ce qui va booster la filière. Tous les soins standards pourront être réaliser sur place. C’est ce qui nous rendra pleinement autonomes », se réjouit le Dr Caroline Pétorin, cheffe de service d’oncologie du site de Cayenne.
Chaque année, environ 500 personnes reçoivent un diagnostic de cancer, en Guyane. Si de nombreux cancers nécessitent une chirurgie, déjà disponible sur le territoire, plus des deux tiers ont besoin d’une radiothérapie et doivent quitter le territoire pour recevoir des soins. Dans un rapport rendu à l’ARS en 2023, les Pr Gilles Calais, président du Conseil national des universités (CNU) de cancérologie, et Stéphane Culine, chef du service d’oncologie médicale de l’hôpital Saint-Louis (AP-HP), avaient tracé le chemin pour parvenir à traiter 80 % des cancers sur le territoire. Le développement de la médecine nucléaire était une étape incontournable.
Ce déploiement sera assuré par un groupement de coopération sanitaire (GCS) réunissant le CHU de Guyane, les radiothérapeutes du CHU de Martinique, l’Institut Bergonié de Bordeaux (Gironde) et le groupe Améthyst, qui dispose de dix-sept centres de radiothérapie répartis dans six pays européens. L’installation de la radiothérapie à l’hôpital de Cayenne évitera environ 400 évacuations sanitaires par an, ce qui diminuera les pertes de chances, évitera des ruptures de suivi et des renoncements aux soins. L’accélérateur choisi, le même qu’en Martinique, facilitera la coopération entre les deux territoires. Comme pour toutes les autorisations attribuées par l’ARS, le porteur de projet a trois ans pour débuter les travaux et quatre pour accueillir le premier patient.
Chimiothérapie : « Nous devenons acteurs de notre propre développement »
Il ne s’agit pas de la seule autorisation accordée par l’Agence en matière de traitement des cancers. Une autorisation de chimiothérapie a été attribuée à l’hôpital de Cayenne. Celui-ci devient pleinement autonome, alors qu’il était jusque-là centre associé du Centre Léon-Bérard de Lyon (Rhône). « Le changement sera principalement administratif, explique le Dr Pétorin. Dans notre pratique quotidienne, nous avions déjà mis en place des réunions de concertation pluriprofessionnelle territoriale depuis le mois de juillet, auxquelles participe un radiothérapeute de Martinique. Nous continuons d’avoir nos RCP de recours avec nos partenaires historiques : Bichat pour l’urologie, Bojon pour le digestif, le CLB pour le sein, la gynécologie et l’ORL. Dès lors que nous sommes autonomes, nous allons pouvoir intégrer le CHU, nous homogénéiser et renforcer les liens avec Saint-Laurent-du-Maroni, travailler sur un projet de réouverture de la chimiothérapie à Kourou. Nous devenons acteur de notre propre développement. »
Chirurgies carcinologiques : qui fait quoi ?
Enfin, les dernières autorisations en matière de traitement des cancers concernent la chirurgie, déjà pratiquée sur le territoire. Les décisions de l’ARS viennent clarifier les activités de chaque site du CHU :
Pour le Dr Pétorin, ces autorisations permettront effectivement de « réaliser l’intégralité du traitement de 75 à 80 % des cancers en Guyane. Seul ce qui est complexe sera adressé vers les centres de référence. »
Médecine nucléaire : « Faire maturer les projets et garantir leur mise en œuvre »
Brique centrale du diagnostic et du traitement des cancers, la médecine nucléaire est appelée à se développer très prochainement en Guyane, dans les prochaines années. C’est pourquoi l’Agence régionale de santé a ouvert une fenêtre de demande d’autorisation d’activité, l’an dernier. Deux candidats ont déposé des dossiers (un troisième a retiré sa demande) : le Centre d’imagerie moléculaire de Guadeloupe qui prévoit de s’installer sur un terrain de la clinique Saint-Paul, à Cayenne, et le CHU de Guyane associé au CHU de Martinique (Institut caribéen d’imagerie nucléaire). L’ARS a décidé de ne pas attribuer aujourd’hui cette autorisation.
« La médecine nucléaire verra le jour en Guyane. C’est le souhait de l’Agence régionale de santé. C’est pour cela que nous avons ouvert une fenêtre de demande d’autorisation en 2025, rassure Bertrand Parent, directeur général. Ce développement de la médecine nucléaire est indispensable à la cancérologie, pour le traitement de laquelle nous venons de délivrer des autorisations, y compris la radiothérapie. L’un ne pourra pas se faire sans l’autre et les deux activités sont appelées à se développer en même temps. Toutefois, j’ai considéré que les deux projets qui nous ont été présentés ne satisfaisaient pas au consensus nécessaire pour la construction de la filière. Il est important que la cancérologie s’appuie sur des partenariats solides, dans une filière coordonnée. »
L’ARS ouvrira une nouvelle fenêtre de demande d’autorisation, dans les prochaines semaines. « Les deux candidats – et d’autres s’ils le souhaitent – pourront mettre à profit ce délai de quelques semaines pour faire maturer leurs projets, renforcer leurs partenariats, et renouveler leurs demandes, précise Bertrand Parent. L’ARS a commencé à réfléchir à la médecine nucléaire par le biais de la cancérologie, même si elle est utile à d’autres spécialités comme la cardiologie, l’infectiologie et l’ORL. Il s’agit de créer une nouvelle offre sur le territoire et de limiter les évacuations sanitaires. Alors que mercredi, c’était la Journée mondiale contre le cancer, je pense à ces 150 patients qui doivent partir chaque année pour un Tepscan, mais aussi à d’autres Guyanais qui les réalisent ailleurs parce qu’ils y sont déjà hospitalisés. Je préfère retarder ce projet de quelques mois pour pouvoir garantir à ces patients les meilleures conditions de prise en charge sur le territoire. »


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