Le Samu de Guyane a signé une convention avec l’éditeur d’une application citoyenne. Celle-ci permet aux personnes formées aux premiers secours de se faire connaître et d’être alertées en cas d’urgence vitale dans leur environnement proche. Elle localise également les défibrillateurs situés à proximité. Une étude menée l’an dernier en Guyane montre qu’en cas d’arrêt cardiaque, les témoins n’initient précocement un massage cardiaque que dans un peu plus d’un tiers des cas et que dans aucun cas un défibrillateur n’a été posé. Les urgentistes jugent donc le levier d’action « énorme ».

Être alerté sur son téléphone par le Samu qu’un de vos voisins est en arrêt cardiaque. Être informé de la présence d’un défibrillateur au bout de la rue. C’est ce que permet l’application Staying Alive. Le Samu de Guyane vient de signer une convention avec son éditeur pour permettre son déploiement en Guyane. Il invite toutes les personnes formées aux premiers secours à la télécharger (sur Androïd, sur Iphone) et à s’inscrire, pour pouvoir être sollicitées en cas de besoin. « Chaque citoyen peut être confronté à une situation d’urgence, d’autant plus s’il est le premier témoin et donc le premier à pouvoir intervenir en attendant l’arrivée des secours », rappellent Pauline Desprez et Inès Hamiche, infirmières au Samu de Guyane et formatrices au centre d’enseignement aux soins d’urgence (Cesu 973), dans un mémoire qu’elles ont soutenu en juin 2025 dans le cadre du DU d’initiation à la médecine d’urgence.
« Staying Alive est une des deux grandes applications citoyennes de la sorte en France, explique le Dr Alexis Fremery, médecin aux urgences-Samu. On la télécharge, on la paramètre en indiquant qu’on est formé aux gestes de secours, à quelle heure on peut être déployé en cas d’urgence vitale dans son environnement géographique proche. Ces applications ont été créées pour les arrêts cardiaques mais peuvent être paramétrées pour toute urgence vitale : les accouchements, les accidents de la voie publique, les incendies… C’est d’autant plus intéressant sur notre territoire, du fait de son étendue et de l’éloignement des secours sur certains axes. »
Lorsque le Samu est appelé pour un arrêt cardiaque, en plus d’envoyer une équipe Smur, il déclenche l’application en indiquant le lieu où se trouve le patient. Les personnes inscrites les plus proches reçoivent une notification et d’autres une information sur la localisation des défibrillateurs à proximité. « S’inscrire n’entraîne aucune obligation, rassure le Dr Fremery. Il est toujours possible de répondre que l’on n’est pas disponible. L’application va automatiquement alerter la personne suivante la plus proche. » Ces derniers jours, le Samu a enregistré de premières inscriptions.
« Un levier d’action énorme »
Reconnaître un arrêt cardiaque, entamer rapidement une défibrillation, démarrer un massage cardiaque. Voici les meilleurs moyens de sauver une personne en arrêt cardiorespiratoire hors de l’hôpital. Ces actions se révéleront bien plus efficaces qu’attendre que le Smur arrive avec de l’épinéphrine (adrénaline), comme le rappelle un article du New England Journal of Medicine.
« Le levier d’action est énorme », insiste le Dr Alexis Fremery, médecin aux urgences-Samu de Guyane, qui suit le déploiement de l’application Staying Alive en Guyane. En effet, « le taux de survie à un arrêt cardiorespiratoire en France est de 5% en dehors d’une prise en charge initiale. Ce taux augmente significativement lorsque les 3 maillons principaux de la chaîne de survie sont effectués dans les plus courts délais : l’appel aux secours, le début de compressions thoraciques et la mise en place d’un défibrillateur », rappellent Pauline Desprez et Inès Hamiche, infirmières au Samu de Guyane et formatrices au centre d’enseignement aux soins d’urgence (Cesu 973), dans un mémoire qu’elles ont soutenu en juin 2025 dans le cadre du DU d’initiation à la médecine d’urgence.
Le Dr Fremery cite des chiffres qui montrent l’intérêt de ces « trois maillons principaux de la chaîne de survie ». Un décès par arrêt cardiaque est prévenu tous les :
Le médecin invite donc toutes les personnes formées au massage cardiaque à télécharger et s’inscrire sur l’application Staying Alive. S’agissant des défibrillateurs, l’éditeur a enregistré les appareils recensés par l’État. L’équipe du Samu a également procédé à un recensement et ajoutera ceux qui manquent dans l’application. Enfin, tout propriétaire d’un défibrillateur peut enregistrer le sien s’il n’apparaît pas sur la cartographie de Staying Alive.
Trop peu de massages cardiaques et aucune pose de défibrillateur

La formation aux gestes de premiers secours est en constante augmentation mais encore insuffisante en Guyane. Trop peu de témoins initient un massage cardiaque avant l’appel aux secours. Quant à l’usage du défibrillateur, il est inexistant. Telle est la conclusion du mémoire soutenu par Pauline Desprez et Inès Hamiche, en juin 2025, dans le cadre du DU d’initiation à la médecine d’urgence.
Moins de 10 % de la population formée aux premiers secours en quatre ans
Que ce soit via l’attestation de formation aux gestes et soins d’urgence (AFGSU), le sauvetage secourisme au travail (SST), les premiers secours civiques (PSC) ou la formation d’équipier prompt secours (EPS), le nombre de personnes formées aux premiers secours est en augmentation constante, en Guyane :
Cela signifie toutefois que moins de 10 % de la population a été formée en quatre ans. Ce chiffre reste « insuffisant pour garantir une réaction immédiate en cas d’urgence, regrettent les deux infirmières. Cela pourrait expliquer pourquoi, dans la majorité des cas d’arrêt cardiorespiratoire, la population ne commence pas le massage cardiaque avant d’appeler les secours, faute de formation ou de confiance en ses compétences ».
Le massage cardiaque initié précocement dans un tiers des cas
Pauline Desprez et Inès Hamiche ont ensuite étudié les 122 arrêts cardiorespiratoires extrahospitaliers réanimables pour lequel le Samu a été appelé à 2024. Au moment de l’appel au 15, un massage cardiaque externe avait été initié par un témoin que dans un peu plus d’un tiers des cas (46, soit 37,7 %). Dans 41 autres cas, le témoin a débuté le massage cardiaque à la demande et sur les conseils de l’assistant de régulation médicale (ARM) ou du régulateur. Pour les deux auteures, ces chiffres suggèrent que « ce maillon essentiel de la chaîne de survie est quand même connu par une partie de la population ou qu’avec un guidage téléphonique, les témoins sont pour la plupart d’accord pour suivre les consignes données par l’ARM ou le régulateur ».
Deux tiers de défibrillateurs non répertoriés

S’agissant de la pose d’un défibrillateur, le constat est clair : cela n’a été le cas dans aucun des 122 arrêts cardiaques de 2024. Les seize assistants de régulation médicale interrogés dans le cadre de cette étude ont indiqué en majorité ne pas demander aux témoins d’en poser un et ne pas avoir d’outil pour savoir s’il s’en trouve un à proximité. Pauline Desprez et Inès Hamiche ont donc réalisé un recensement des défibrillateurs à Cayenne « afin de comprendre si le problème est l’absence de défibrillateur, l’absence de recensement ou l’absence d’outil » pour les localiser. Elles en ont recensé 115, un chiffre qu’elles jugent « notable » pour le territoire. Toutefois, les deux tiers n’étaient répertoriés nulle part. A Saint-Laurent-du-Maroni, où au moins une dizaine de défibrillateurs sont installés, aucun n’était recensé sur le portail gouvernemental au moment de leur étude.
C’est dans ce contexte de faible initiation du massage cardiaque et de difficultés à trouver les défibrillateurs qu’ont émergées les applications citoyennes comme Staying Alive, que le Samu de Guyane commence à déployer sur le territoire.



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