Le CHU de Guyane organise la Semaine du rein, du 23 au 28 mars. Avec l’appui des URPS pharmaciens et infirmiers libéraux, ainsi que de l’ARS, il installera dix stands, dans l’Île-de-Cayenne, à Kourou, Saint-Laurent-du-Maroni, Saint-Georges, Grand-Santi et Maripasoula. L’objectif est de proposer un dépistage de l’insuffisance rénale à deux mille personnes.

Face à une pathologie silencieuse comme la maladie rénale, le dépistage prend tout son sens. C’est ce qui pousse les services de néphrologie du CHU de Guyane a renouvelé la Semaine du rein, du 23 au 28 mars, sur tout le territoire. Comme l’an dernier, des stands de dépistage anonymes et gratuits seront proposés aux clients des centres commerciaux de l’Île-de-Cayenne, de Kourou et Saint-Laurent-du-Maroni, dans les hôpitaux de proximité de Saint-Georges et Maripasoula, et sur la place des Fêtes de Grand-Santi, le 28 mars, de 9 heures à 16 heures. Pour la première fois, il sera également possible de se faire dépister dans trois villages du Haut-Maroni, les deux jours précédents.
Après les 883 dépistages de l’an dernier, les organisateurs espèrent approcher les 2 000 cette année. « Le caractère silencieux de la maladie interpelle le grand public, constate Pascal Lecante, infirmier en pratique avancée mention maladie rénale, dialyse, transplantation rénale au CHU de Guyane – site de Cayenne. Quand les signes apparaissent, c’est que l’on est déjà à un stade avancé de la maladie. La détection peut intervenir chez leur médecin traitant. Mais si aucune attention n’est prêtée à la fonction rénale, on peut passer à côté et arriver à des situations urgentes et graves. »
Cent cinquante professionnels de santé seront mobilisés au cours de cette semaine : des hospitaliers ainsi que des libéraux qui leur prêteront main forte. D’abord le mercredi 25 mars, pour des sensibilisations sur les marchés et dans les centres commerciaux. Puis le 28, pour des dépistages. Le parcours des participants sera le suivant :
En cas de suspicion, celui-ci prescrira des analyses biologiques supplémentaires en laboratoire et proposera une consultation à l’hôpital. L’an dernier, trois cents participants ont été revus et trente ont été inclus dans la file active du CHU.
Les rendez-vous
L’an dernier, trente insuffisants rénaux dépistés sur les stands

Avec les dix stands installés dans les centres commerciaux de l’Île-de-Cayenne, de Kourou et Saint-Laurent-du-Maroni, ainsi qu’à Saint-Georges, Grand-Santi et Maripasoula, et les cent cinquante professionnels de santé mobilisés, le CHU de Guyane et ses partenaires doublent leurs capacités de dépistage par rapport à l’an dernier.
En 2025, 883 personnes en ont bénéficié. Parmi elles, trois cents ont été orientées vers une consultation de néphrologie et trente ont été incluses dans la file active des hôpitaux. « Il s’agissait principalement de patients de stade 3a et 3b (insuffisance rénale chronique modérée), se souvient Pascal Lecante, infirmier en pratique avancée (IPA) de dialyse. C’est cohérent puisqu’au stade 4 commencent à apparaître les conséquences comme des œdèmes des membres inférieurs ou des œdèmes aigus des poumons. »
Pascal Lecante cite le cas d’une patiente « qui avait commencé un traitement contre l’hypertension artérielle mais n’avait pas été plus loin dans la recherche des conséquences. Nous lui avons dépisté une insuffisance rénale chronique de stade 3. Nous avons pu adapter son traitement et la stabiliser. »
Une pirogue pour dépister sur le Haut-Maroni
C’est une première ! Les 26 et 27 mars, une équipe du CHU de Guyane s’élancera en pirogue pour proposer le dépistage de l’insuffisance rénale sur le Haut-Maroni, en amont du bourg de Maripasoula. Le premier jour, elle se rendra à Taluen le matin et à Antecume Pata l’après-midi, où elle passera la nuit. Le lendemain matin, elle poursuivra son action à Cayodé. L’équipe de la Semaine du rein espère réaliser deux cents dépistages au total, avant d’installer son stand au bourg de Maripasoula le 28.
L’Atirg débute la dialyse à domicile

Depuis fin octobre, un patient de Saint-Laurent-du-Maroni effectue ses séances de dialyse à son domicile, après une formation de trois mois à l'Atirg (Association pour le traitement de l’insuffisance rénale en Guyane) sur le générateur S3 (Physidia) et à l'autoponction.
« La dialyse quotidienne présente moins de contraintes que la dialyse conventionnelle en centre. En effet, elle correspond à 6 jours de dialyse par semaine durant deux heures et demie maximum, contre quatre heures trois jours par semaine pour la dialyse conventionnelle, souligne l’Atirg. Les patients dialysés quotidiennement peuvent choisir leurs horaires de dialyse, ce qui leur permet de reprendre une activité professionnelle s’ils le souhaitent, de voyager plus facilement... »
Ce ne sont pas les seuls avantages mis en avant par l’Atirg : « Sur le plan clinique, les patients présentent moins de fatigue, une tension plus équilibrée, une anémie régulée. De façon générale, ils témoignent d’une amélioration de leur qualité de vie. »
C’est ce qu’a confirmé ce premier patient, le chanteur, auteur-compositeur et producteur Henri Placide, au micro de Guyane la 1ère : « En centre, tu dois faire quatre heures de dialyse tous les deux jours. Avec le branchement et le débranchement, ça peut durer plus de quatre heures et demie. Maintenant, je fais ma dialyse à l’heure que je veux. Je peux faire mes courses, sortir, voir des amis… et quand j’ai fini ma journée, je fais ma dialyse. »
L’Atirg attend le retour d’expérience de ce premier patient avant de proposer cette modalité à d’autres. Cela pourrait donc intervenir en avril. « C’est un projet qu’avait lancé le Dr Roura. La dialyse à domicile pourra être proposée à des patients qui sont déjà en autodialyse, qui vivent loin des centres ou ont une activité professionnelle. Il est important de souligner que tout patient en dialyse à domicile déjà inscrit sur liste de greffe ne perd pas le bénéfice de son inscription. » Sur ce point, l’Atirg a reçu, l’an dernier onze appels de greffe, dont sept qui ont abouti. Depuis le 1er janvier, deux patients ont déjà été greffés.
L’hôpital de Cayenne va lancer l’hémodiafiltration
L’hémodiafiltration est une technique de dialyse qui filtre plus de toxines, en particulier les grosses et moyennes molécules, par rapport à l’hémodialyse conventionnelle. Le CHU de Guyane – site de Cayenne s’apprête à la lancer fin avril ou début mai, grâce à l’acquisition de nouveaux appareils, annonce le Dr Tanguy Gbaguidi, chef de service de néphrologie. Le service a également acquis un impédancemètre de haute fréquence. « Il permet de bien réadapter les poids secs et d’avoir un suivi nutritionnel plus rigoureux », précise le néphrologue.
Le CHU avance également dans la mise en œuvre des autorisations que l’Agence régionale de santé lui a transférée en février. A Cayenne, outre le renouvellement du centre lourd, avec seize postes et trois séries par jour sauf le dimanche, il dispose de six cycleurs de dialyse péritonéale pour son autorisation de dialyse à domicile – dialyse péritonéale.
A Kourou, des consultations sont organisées tous les jeudi, depuis un peu moins d’un an. La création d’un second jour de consultation est à l’étude. Dans le même temps, les réunions ont débuté pour la création d’une unité de dialyse médicalisée de douze postes.
A Saint-Laurent-du-Maroni, l’autorisation de centre lourd a également été renouvelée. L’hôpital dispose de seize postes avec deux séries par jour, sauf le dimanche. « L’ouverture d’une troisième série, sous forme de dialyse longue nocturne, est envisagée, sous réserve de la résolution des difficultés de recrutement paramédical », précise le Dr Gbaguidi. La création d’une unité d’autodialyse de douze postes, elle, est inscrite au plan bâtimentaire de l’établissement. Enfin, l’autorisation d’hémodialyse à domicile pourrait être mise en œuvre au premier trimestre 2027.
En néphrologie, un IPA depuis deux ans
Dans le service de néphrologie – dialyse du CHU de Guyane – site de Cayenne, l’organisation de la Semaine du rein est portée en bonne partie par Pascal Lecante. Infirmier dans le service depuis 2006, il a obtenu son diplôme d’infirmier en pratique avancée mention maladie rénale, dialyse et transplantation rénale en 2024, à l’université Paris Cité.
« Parmi mes missions, je réalise des consultations médicales sur adressage des néphrologues, témoigne-t-il. Je vois des patients concernés par la maladie rénale, en état de stabilité confirmé par un néphrologue. Cette stabilité est fragile. Ma mission est de la faire perdurer. Si je constate des anomalies, je peux réajuster les posologies des traitements médicaux. » C’est le cas des traitements néphroprotecteurs, anti-hypertenseurs, antiprotéinuriques et diurétiques. « Si j’observe des anomalies, je peux prescrire des examens complémentaires. Depuis avril 2025, nous pouvons également introduire des molécules comme la vitamine D ou le bicarbonate de sodium. »
L’IPA doit transmettre des comptes-rendus au néphrologue référent ou à l’équipe médicale. Il participe par ailleurs à des staffs lors desquels il peut faire des recommandations sur des prises en charge problématiques. Enfin, Pascal Lecante dispense des cours de perfectionnement à l’équipe paramédicale d’hémodialyse et doit consacrer 20 % de son temps à la recherche paramédicale. Cette année, il compte réaliser une analyse épidémiologique à partir des données recueillies pendant la Semaine du rein.


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