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Infos citoyennes

28/03/26
Pluies et inondations font ressurgir le risque de leptospirose

Les intempéries de ces derniers jours rappellent le risque lié à la leptospirose. La maladie ainsi que ses aspects épidémiologiques, diagnostiques et pronostiques étaient le sujet de la thèse d’université soutenue hier matin par le Dr Paul Le Turnier, infectiologue au CHU de Guyane.



Les pluies et les inondations de ces derniers jours en Guyane font peser un risque de résurgence des cas de leptospirose. Le bilan 2024 publié en décembre par Santé publique France rappelait que la majorité des cas déclarés étaient survenus entre mai et août, et donc en bonne partie pendant la grande saison des pluies. L’étude Evolepto, menée en 2023, avait confirmé le lien entre la météo et le nombre de cas observés en Guyane. Ainsi, le triplement des cas survenu entre les périodes 2007-2014 et 2016-2022 « est principalement attribué aux conditions climatiques particulières avec des pluies historiques et des épisodes d’inondations inhabituelles en 2021 et 2022. Ces événements ont pu augmenter l’exposition de la population précaire aux rongeurs et à l’eau contaminée, en particulier dans les établissements informels. » C’est ce qu’a rappelé hier le Dr Paul Le Turnier, infectiologue au CHU de Guyane – site de Cayenne, qui a soutenu avec succès sa thèse d’université sur cette maladie

De tels événements sont souvent plus propices à l’infection que la présence des rats eux-mêmes. « Il a ainsi été montré que l’abondance des rats ou l’intensité de leur excrétion urinaire ne sont pas toujours corrélées à la survenue de cas, contrairement à certaines expositions environnementales. À l’échelle individuelle, être exposé à un rat excréteur peut accroître le risque, mais certains facteurs de vie ou d’exposition – par exemple l’inondation d’un domicile – peuvent exercer un effet bien supérieur sur la probabilité de développer la maladie », souligne le Dr Le Turnier. Une étude menée à Sablance (Macouria), à la BP 134 et à Boutilier (Rémire-Montjoly) confirme que « l’exposition aux rongeurs, bien que fréquente, n’a pas été associée à la séropositivité de façon statistiquement significative. En revanche, l’exposition de la peau (marche en chaussures ouvertes ou pieds nus) à l’environnement au cours d’épisodes de pluies était associé, ce qui est cohérent avec les voies connues de transmission. »

Pour aller plus loin, un travail prospectif et systématique des expositions à la leptospirose sera mené en Guyane. « Le projet Expozam est une enquête épidémiologique transversale visant à documenter les expositions à risque zoonotique chez les patients adultes consultant pour fièvre aiguë au CHU de Guyane – site de Cayenne. L’objectif principal est de déterminer la prévalence d’exposition à différents facteurs de risque de transmission de zoonoses aiguës, dont principalement la leptospirose, explique le Dr Le Turnier (...) Le projet Prédilept est une étude cas–témoins nichée au sein de l’enquête Expozam, visant à identifier les facteurs associés au diagnostic de leptospirose chez les patients adultes consultant pour fièvre aiguë. » Ces études doivent démarrer prochainement aux urgences de Cayenne et auprès des patients hospitalisés ou consultant pour leptospirose.

« Nos résultats plaident pour l’usage systématique de la PCR urinaire dès la première semaine et son remboursement »

Le Dr Paul Le Turnier, infectiologue au CHU de Guyane – site de Cayenne, a soutenu avec succès sa thèse d’université, hier matin. Dirigée par le Pr Loïc Epelboin, elle traitait des aspects épidémiologiques, diagnostiques et pronostiques de la leptospirose humaine en Guyane. Ces travaux, essentiellement rétrospectifs, se poursuivront avec « la mise en place d’une analyse prospective descriptive des facteurs d’exposition à la leptospirose dans une population large de patients consultant pour fièvre aiguë aux urgences ».

« La leptospirose, zoonose bactérienne liée à un environnement contaminé par l’urine d’animaux excréteurs, peut entraîner des complications graves, rappelle-t-il dans le résumé de sa thèse. La présentation clinique est peu spécifique et le diagnostic est dépendant du moment de réalisation des tests. En Guyane, la maladie, en particulier les populations exposées, demeure peu étudiée malgré un contexte potentiellement favorable et un intérêt local récent sur le sujet. Cette thèse vise à actualiser les connaissances sur l’épidémiologie, le diagnostic et le pronostic de cette maladie sur le territoire guyanais.

« La comparaison des cas hospitaliers vus entre 2016 et 2022 avec ceux de la période 2007–2014 a révélé une augmentation significative du nombre de cas. Leur profil a aussi évolué : origine géographique différente, comorbidités plus fréquentes et suspicion clinique plus rapide. En 2016-2022, les patients étaient fréquemment en situation de précarité, en particulier au niveau de l’habitat. Ils étaient exposés à la leptospirose au domicile et en dehors du domicile, suggérant des voies de transmission multiples. Une première étude de séroprévalence spécifique a été menée dans la population résidant dans trois quartiers informels proches de Cayenne. Malgré la fréquence élevée de situations à risque (présence de rongeurs, utilisation d’eau non courante, métiers à risque), la séroprévalence était modérée (7,5 %) suggérant l’existence de moyens de prévention ou d’une contamination environnementale limitée - donnée encore inconnue à ce jour. Le seul facteur associé était la marche pieds nus dans des environnements humides. Ces observations suggèrent l’intérêt d’études de séroprévalence et environnementales complémentaires.

« Un autre travail a porté sur l’intérêt diagnostique de la PCR urinaire précoce. Contrairement à ce qui est suggéré, ce test présentait une sensibilité élevée dès la première semaine de maladie. Ces résultats plaident pour l’usage systématique de la PCR urinaire dès la première semaine et son remboursement. Pour cela, une évolution des recommandations diagnostiques et du remboursement en vigueur devrait être envisagée afin d’améliorer l’accès au diagnostic en France.

« La proportion de formes graves nécessitant un support d’organe vital est restée stable entre les périodes 2007-2014 et 2016-2022 (15 %). L’analyse portant sur l’ensemble de la période a permis d’identifier des marqueurs précoces de gravité utilisables dès l’admission : tension artérielle systolique basse, anomalies à l’auscultation pulmonaire, thrombopénie et CRP élevée. Ces marqueurs pourraient contribuer à orienter la décision de transfert précoce en soins intensifs.

« Les résultats de cette thèse, malgré certaines limites liées au caractère rétrospectif de la plupart des travaux, apportent des informations pour orienter les politiques de santé publique, améliorer le diagnostic précoce et identifier les populations à risque. Ils ouvrent également la voie à des projets prospectifs visant à compléter et à renforcer ces connaissances, comme des études cas-témoins sur les facteurs cliniques et biologiques. »

Tableau évocateur, diagnostic, traitement

Dans la rubrique Infectio/Craig de février (lire la Lettre pro du 10 février), le centre régional en antibiothérapie et infectiologie et de Guyane (Craig) rappelait le tableau évocateur, le diagnostic de certitude et le traitement de la leptospirose. Le Dr Alessia Melzani, infectiologue au CHU de Guyane - site de Cayenne avait réalisé, à cette occasion, une BD rappelant les situations à risque d'exposition à la leptospirose.

■ Quand la suspecter

Tableau évocateur :

  • Facteur d’exposition dans les 3 semaines : marche pieds nus/sol boueux, jardinage/agriculture, nettoyage post-intempéries, contact eaux douces (baignade, pêche), présence/contacts rongeurs. (Dans le bilan 2024 : contact rongeurs rapporté dans 56%, marche pieds nus 26%, jardinage/agriculture 18%).
  • Syndrome pseudo-grippal avec fièvre brutale souvent supérieure à 39°C, céphalées, myalgies (souvent mollets/lombaire), asthénie avec éventuellement des troubles digestifs. Attention aux formes sévères : atteinte rénale, hémorragies/atteinte pulmonaire, ictère/hépatite, méningite aseptique.
  • Biologiquement : hyperleucocytose et élévation de la CRP, thrombopénie, cytolyse et/ou cholestase et/ou insuffisance rénale et/ou élévation des CPK.

■ Diagnostic de certitude :

  • PCR Leptospira : associer PCR sang et urine jusqu’à J10.
  • Sérologie : à partir de J6 ; une IgM négative précoce n’élimine pas le diagnostic. Il faut donc répéter la sérologie si suspicion persistante et aussi pour confirmer la cinétique en cas de positivité.
  • Au-delà de J10, seule la sérologie est indiquée (la PCR urine peut rester positive de manière prolongée).
  • Diagnostics différentiels fréquents en Guyane : paludisme, infections bactériennes cosmopolites, fièvre Q aigue, dengue, primo-infection VIH, etc.

En cas de suspicion de leptospirose, un avis infectiologique est fortement recommandé (EMIG).

■ Traitement (repères) :

  • Principe : en cas de forte suspicion clinique, réaliser les prélèvements sans délai et ne pas attendre la confirmation biologique pour instaurer un traitement, le plus précocement possible, idéalement avant le troisième jour d’évolution des symptômes.
  • Formes non sévères (ambulatoire) : antibiothérapie adaptée au contexte individuel (contre-ndications, grossesse, interactions médicamenteuses), reposant notamment sur la doxycycline ou sur l’amoxicilline.
  • Signes de gravité, comorbidités, impossibilité de surveillance : adresser pour prise en charge hospitalière (risque d’IRA, hémorragie alvéolaire, choc, méningite), traitement par C3G IV.
  • Risque de réaction de Herxheimer à l’initiation du traitement, justifiant une surveillance au début du traitement.

 

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