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Infos citoyennes

30/06/26
Depuis la fin avril, l’épidémie de bronchiolite ne faiblit pas

Depuis fin avril, le territoire est en épidémie de bronchiolite. Les établissements de santé se sont organisés pour pouvoir prendre davantage de patients graves. La vaccination des femmes enceintes et l’immunisation des nouveau-nés, dont la campagne est désormais permanente en Guyane, a repris à la maternité de Cayenne. Hier, l’Agence régionale de santé a réuni les professionnels de santé pour faire un point.

Hier, l’hôpital de Cayenne prenait en charge quatre nourrissons souffrant de bronchiolite en unité de soins continus pédiatriques, deux en réanimation néonatale, quatre autres dans sa toute nouvelle unité bronchiolite. La clinique La Canopée (Rainbow Santé) en avait deux autres dans ses lits. Saint-Laurent, qui avait dix nourrissons sous oxygénation à haut-débit et trois aux urgences en milieu de semaine dernière, a vu la situation s'améliorer. Le site hospitalier de Kourou avait lui aussi de jeunes patients sous oxygénothérapie simple.

Depuis la fin avril, la Guyane connaît une nouvelle vague de bronchiolite, principalement due aux infections par le virus respiratoire syncitial (VRS). Sur les 80 cas graves enregistrés dans les trois sites du CHU de Guyane (enfants de moins de 2 ans hospitalisés plus de vingt-quatre heures), 47 l’ont été au cours des deux derniers mois. Les trois services d’urgence ont enregistré 43 passages pour bronchiolite au cours des deux premières semaines de juin, un chiffre « assez élevé par rapport aux années précédentes ».

Parmi les cas graves, un tiers des patients étaient nés prématurés et les trois quarts avaient moins de six mois. Une majorité de ces cas sont dus au VRS. Mais Santé publique France relève aussi des coinfections aux entérovirus ou au Sars-CoV, et des cas de bronchiolite dus au métapneumovirus, aux entérovirus et au Sars-CoV.

Hier matin, l’Agence Régionale de Santé a réuni des représentants du CHU de Guyane, de la clinique La Canopée, de l’URPS sages-femmes et de la Protection maternelle et infantile (PMI). Après le point épidémiologique présenté par Santé publique France, les échanges ont porté sur la réorganisation de l’offre de soins et sur l’immunisation des femmes enceintes et des nourrissons, en ville et à l’hôpital (lire ci-dessous).

Unité bronchiolite, oxygénation à haut-débit, clinique La Canopée : comment les établissements de santé se réorganisent

Depuis six ans qu’il exerce comme réanimateur pédiatre au CHU de Guyane – site de Cayenne, le Dr Olivier Corséri (à gauche sur notre photo) a vécu « deux ou trois fois » un niveau de tension lié à la bronchiolite comme actuellement. Pour la première fois, l’hôpital de Cayenne a créé une « unité bronchiolite ». Comptant quatre lits, elle a ouvert dans le service de pédiatrie nourrissons, le 19 juin. « Nous pouvons y accueillir des patients qui ne sont pas réanimatoires, mais qui sont des bronchiolites sévères sous Optiflow (oxygénation à haut-débit), explique-t-il avec son confrère le Dr Yvonnick Boué. Cela suffit à ce que des patients ventilés qui attendaient aux urgences montent plus vite (en hospitalisation). Elle sert aussi de délestage pour l’unité de soins continus (USC) pédiatriques, qui est attenante. Quand des patients sont déventilés ou n’ont plus besoin de leur machine de ventilation non invasive, on peut faire le sevrage par Optiflow dans cette unité, ce qui permet de libérer une place pour prendre un patient plus grave. De la même manière, la réanimation néonatale peut transférer plus rapidement des patients en amélioration dans cette nouvelle unité (…) Cette unité n’augmente pas le capacitaire mais permet de prendre en charge des patients plus sévères, nécessitant de l’oxygénothérapie à haut-débit. » Preuve de son intérêt, cette unité était pleine au lendemain de son ouverture et n’a pas désempli depuis. Quand un patient en sort, un autre arrive soit des urgences, soit de l’USC pédiatrique ou de la réanimation néonatale.

Voilà pour l’organisation sur le site hospitalier de Cayenne. Mais d’autres établissements de santé sont impliqués. La clinique La Canopée, sur la ZAC Hibiscus à Cayenne, a ouvert une filière de délestage de six lits « pour des patients souffrant d’une bronchiolite de sévérité légère. Ce sont des bronchiolites qui ne sont pas graves mais qui nécessitent une hospitalisation. Cela permet de décharger le site de Cayenne », poursuit le Dr Corséri.

Le CHU de Guyane – site de Kourou déleste l’hôpital de Cayenne du même type de patient pouvant relever de l’oxygénothérapie conventionnelle. Désormais, le Samu – Centre 15 oriente vers Kourou des patients des Savanes mais aussi de Macouria, lorsqu’ils répondent à ces critères. Quant au site de Saint-Laurent-du-Maroni, il a été équipé en ventilation non invasive. « Cela lui permet de garder les patients plus longtemps avant un éventuel transfert à Cayenne. »

Le CHU de Guyane se dote dans le même temps d’un plan de montée en charge en plusieurs phases. Elles seront activées « en fonction de l’activité épidémique et du taux d’occupation », précise le Dr Boué. Il peut s’agir de déprogrammation en chirurgie pédiatrique, de l’utilisation de lits « plan blanc » aux urgences, de l’équipement des hôpitaux de proximité et CDPS… « Cette ouverture d’unités solliciterait du personnel paramédical qui ne s’occupe pas habituellement de nourrissons. Avec le Dr Clémence Bonnefoy (pédiatre en réanimation néonatale), nous allons donc accentuer les formations à la ventilation pour les personnels médicaux et paramédicaux, pour que tout le monde soit en mesure de faire face sereinement aux épidémies respiratoires. »

« Il s’agit d’une épidémie dont l’intensité est importante, conclut le Dr Corséri (…) Nous sommes dans une situation tendue, mais contrôlée, stabilisée et sécuritaire (… grâce à la) très bonne coordination intrahospitalière et extrahospitalière, avec les partenaires publics et les filières de délestage de la ville. »

A la maternité de Cayenne, « peu de mamans refusent » l’immunisation de leur bébé

Unité Bois de rose, unité Arouna, unité Kangourou. BCG, hépatite B, Beyfortus. Les journées de Stéphanie Gahaly sont bien remplies, à l’hôpital de Cayenne. L’infirmière assure la vaccination des nouveau-nés. Certains jours, elle réalise plus de cinquante injections. S’ajoutent l’information des parents, la validation des prescriptions, l’enregistrement de tous les vaccins administrés.

L’immunisation avec Beyfortus a redémarré la semaine dernière, à la maternité de Cayenne. A son poste, Stéphanie Gahaly est bien placée pour constater que l’adhésion des mamans est bonne. « Nous en sommes à la quatrième campagne. Les parents sont davantage favorables, témoigne-t-elle. Quand la campagne a été interrompue, ils nous demandaient quand nous recevrions du Beyfortus. Ils sont informés à ce sujet. »

La semaine dernière, pour la reprise de l’immunisation, elle a administré 54 doses de l’anticorps monoclonal. Du 1er août 2025 au 1er février 2025, soit six mois : 1 618 doses, soit la quasi-totalité des nouveau-nés. « Il y a peu de mamans qui refusent que l’on immunise leur enfant, confirme Vanessa Massol, sage-femme coordinatrice du CHU de Guyane – site de Cayenne (…) La bronchiolite, c’est quelque chose qu’elles connaissent, dont elles entendent parler et dont elles voient directement les effets. »

Les sages-femmes de la maternité vont bientôt proposer la vaccination avec Abrysvo aux femmes enceintes hospitalisées entre trente-deux et trente-six semaines d’aménorrhée, poursuit Vanessa Massol. « Dans le même temps, nous rappellerons aux médecins de prescrire cette vaccination aux femmes enceintes qu’ils voient en consultation. »

Pour les nouveau-nés, deux stratégies de protection possibles

En l’absence de saisonnalité marquée en Guyane concernant la circulation du VRS (virus respiratoire syncytial, responsable de la bronchiolite), un communiqué du ministère de la Santé a validé en février que, du fait d’une circulation virale annuelle, une mise à disposition continue des traitements préventifs est recommandée.

Chaque nouveau-né doit pouvoir bénéficier d’une protection contre le VRS en période périnatale. Nous avons fait le point avec le Dr Clémence Bonnefoy, pédiatre en réanimation néonatale au CHU de Guyane - site de Cayenne.

Deux stratégies sont actuellement recommandées :

  • Vaccination maternelle par Abrysvo®, entre 32 et 36 semaines d’aménorrhée (SA) ;
  • Immunoprophylaxie néonatale par Beyfortus®, lorsque la vaccination maternelle n’a pas été réalisée ou n’est pas considérée comme suffisamment efficace (notamment en cas de délai inférieur à 15 jours entre la vaccination et l’accouchement).

Ces deux stratégies sont complémentaires mais non cumulatives.

Abrysvo®

  • Administration recommandée entre 32 et 36 SA (HAS)
  • Points sur lesquels la littérature anglo-saxonne et les experts nationaux (Pr Olivier Picone) se positionnent : 
    - Stratégie de vaccination à partir de 28 SA approuvée ;
    - Administration renouvelée à chaque grossesse.
  • Un délai minimal de 15 jours avant l’accouchement est nécessaire pour garantir une protection optimale du nouveau-né ;
  • Si l’accouchement survient dans les 15 jours suivant la vaccination, la protection est considérée insuffisante et l'immunothérapie par Beyfortus® doit être envisagé ;
  • La coadministration avec le vaccin contre la coqueluche pourrait diminuer l’efficacité de la vaccination anticoqueluche, laquelle est généralement recommandée plus tôt au cours de la grossesse.

Beyfortus®

Beyfortus est administré à la naissance. Il peut être administré en même temps que les vaccins de l’enfance. Il ne change rien au calendrier vaccinal.

  • 2 formes : 
    -  < 5 kg : 50 mg 
    -   ≥ 5 kg : 100 mg
     
  • Indications de rattrapage : 
    -  Pour tous les nourrissons de moins de 6 mois n’ayant pas encore reçu Beyfortus ; 
    -  Jusqu'à 24 mois pour les nourrissons demeurant vulnérables à une infection sévère (cardiopathie, dysplasie bronchopulmonaire du prématuré) : une dose unique de 200 mg en deux injections (2 x 100 mg) sur des sites d’injection différents.

En Guyane, la campagne d’immunisation est permanente

Organisée jusqu’à présent de manière saisonnière, la campagne d’immunisation contre le virus respiratoire syncytial (VRS) est désormais permanente, en Guyane. Du fait de la circulation annuelle du virus, une mise à disposition continue des traitements préventifs est recommandée. Cette immunisation peut donc désormais être prescrite toute l’année. Dans les prochains jours, l’Agence régionale de santé adressera un courrier aux professionnels de santé concernés leur rappelant les recommandations. Le Dr Alessia Melzani, infectiologue au centre régional d’antibiothérapie et infectiologie de Guyane (Craig), y revient dans cette vignette.

Retrouvez l'émission "Fo zot savé" consacrée à la bronchiolite !

Samedi matin, le Pr Narcisse Elenga, chef de pôle femme - enfant du CHU de Guyane, les Dr Olivier Corséri et Yvonnick Boué, pédiatres réanimateurs, étaient les invités de Fabien Sublet, dans l'émission "Fo zot savé", sur la radio publique. "La bronchiolite est bien présente en Guyane. Pourtant, il existe des solutions", rappelle le pharmacien - animateur. Vous pouvez réécouter l'émission en ligne.

 

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