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Infos citoyennes

24/07/26
Les défis de la santé périnatale en Guyane

Santé publique France vient de publier un bulletin sur la santé périnatale et la petite enfance en Guyane. C’est la première fois que l’agence de santé publique détaille les données à l’échelle départementale. Elle encourage à mener des actions de promotion de la santé avant, pendant et après la grossesse.

Avec un peu plus de 6 500 naissances l’an dernier, la Guyane a enregistré une nouvelle année de baisse de la natalité. Elle se maintient toutefois au deuxième rang des départements ayant le taux de natalité le plus élevé, derrière Mayotte : en 2024, il s’élevait à 23,5 naissances pour 1 000 habitants. Il s’agit de l’une des informations divulguées par Santé publique France, dans un bulletin sur la santé périnatale et la petite enfance en Guyane, couvrant la période 2012-2024 et diffusé en début de mois. C’est la première fois que SpF détaille ces données à l’échelle départementale.

« La Guyane enregistre le taux de natalité le plus élevé après Mayotte faisant de la périnatalité un enjeu de santé publique majeur », souligne SpF. En fournissant des données sur la santé des femmes enceintes, des fœtus et des nouveau-nés, de la grossesse jusqu’au post-partum, l’agence de santé publique souhaite fournir des données utiles pour orienter les politiques publiques. Les actions de promotion de la santé menées avant, pendant et après la grossesse figurent en effet parmi les leviers les plus efficaces pour réduire les inégalités sociales et territoriales de santé.

En Guyane, la situation périnatale reste marquée par plusieurs défis : une forte natalité, des grossesses souvent précoces, un suivi prénatal encore insuffisant pour prévenir certaines pathologies et complications, ainsi que des taux de mortalité néonatale et infantile parmi les plus élevés des régions françaises.

Le territoire présente toutefois plusieurs indicateurs favorables. Les femmes enceintes y fument moins qu’ailleurs, les accouchements par voie basse sont plus fréquents, les complications liées à l’accouchement moins nombreuses, et l’adhésion au dépistage des maladies rares et graves est meilleure. La pratique de l’allaitement y est également davantage répandue.

Une femme sur huit qui accouche en Guyane a moins de 20 ans, soit une proportion six fois supérieure à celle observée au niveau national. Ces grossesses précoces, notamment chez les adolescentes, augmentent les risques pour l’enfant à naître, avec davantage de risques de faible poids de naissance, de prématurité ou encore d’anomalies congénitales. Elles peuvent aussi fragiliser le parcours des jeunes mères, en amplifiant l’isolement social et le décrochage scolaire, et contribuer au maintien des inégalités liées au genre.

Autre difficulté : en Guyane, les grossesses sont moins souvent désirées ou planifiées et font l’objet d’un suivi moins régulier. Pourtant, la prise de folates avant la conception, la préparation à la grossesse et un accompagnement médical de qualité tout au long de celle-ci constituent des leviers essentiels pour limiter les risques maternels et néonatals.

Les conséquences d’un suivi insuffisant sont notamment visibles dans le dépistage du diabète gestationnel : seules trois femmes enceintes sur cinq en bénéficient, alors qu’il devrait être proposé systématiquement, y compris en l’absence de facteur de risque. Les troubles de la tension artérielle, plus fréquents qu’ailleurs, nécessitent également une détection précoce, car ils peuvent entraîner des complications graves pendant la grossesse.

Parmi les éléments positifs, la Guyane affiche une proportion plus faible de femmes enceintes fumeuses, ainsi qu’un recours moins fréquent aux césariennes et moins de complications lors de l’accouchement. Ces résultats peuvent notamment s’expliquer par l’âge plus jeune des mères et par le fait qu’elles sont plus nombreuses à avoir déjà eu des enfants.

Les indicateurs concernant la santé des nouveau-nés restent néanmoins préoccupants. Plus d’un enfant sur dix naît prématurément, ce qui accroît le risque de troubles du neurodéveloppement et de handicap, même si la tendance évolue à la baisse. La mortalité néonatale, notamment dans les six premiers jours de vie, ainsi que la mortalité infantile au cours de la première année restent également supérieures à celles observées dans la majorité des autres territoires français.

La Guyane se distingue en revanche par une meilleure acceptation du dépistage des maladies rares et graves chez le nouveau-né. Ces pathologies y sont globalement moins fréquentes qu’ailleurs, à l’exception de la drépanocytose, qui concerne environ un enfant sur 200.

Enfin, l’allaitement constitue un point fort : près de neuf mères sur dix choisissent d’allaiter leur enfant, plaçant la Guyane parmi les départements français où cette pratique est la plus répandue.

Dans les maternités, 12 % de femmes de moins de 20 ans, 29 % de grossesses non désirées ou non planifiées

Dans son bulletin sur la santé périnatale et la petite enfance en Guyane (2012-2024), Santé publique France fournit de nombreuses données :

  • La proportion de femmes de moins de 20 ans parmi les accouchements est 6 fois plus élevée qu’au niveau national (12 % versus 2 %) : les grossesses précoces en particulier chez les adolescentes entrainent un risque de complications pour l’enfant à naître (faible poids de naissance, prématurité, anomalies congénitales…) mais aussi un risque d’isolement social et de décrochage scolaire pour la mère avec un renforcement des inégalités liées au genre.
  • En Guyane, les grossesses sont moins souvent désirées, planifiées et moins suivies alors que la prise de folates en phase pré-conceptionnelle, la préparation et un suivi régulier et de qualité durant la grossesse constituent deux leviers pour réduire les risques maternels et néonatals : 
        -   En Guyane, 29 % des femmes ayant accouché ont déclaré ne pas avoir désiré ou planifié leur grossesse contre 17 % au niveau national ; 
        -   En Guyane, la prise de folates en phase pré-conceptionnelle est trois fois moins fréquente qu’au niveau national (8 % versus 27 %) ; 
        -   Les femmes enceintes suivent les séances de préparation à la grossesse deux fois moins souvent en Guyane qu’au niveau national (43 % chez les primipares versus 80 %) et la Guyane est la région où l’entretien prénatal précoce est le moins souvent réalisé (39 % versus 62 %). La réalisation de cet entretien est toutefois en hausse depuis plusieurs années.
  • En Guyane, les femmes déclarent moins souvent fumer dans l’année précédant leur grossesse qu’au niveau national (10 % versus 27 %) : la consommation de tabac pendant la grossesse constitue un risque important de morbidité materno-fœtal.
  • En Guyane, seulement 61 % des femmes enceintes ont bénéficié d’un dépistage du diabète gestationnel alors que celui-ci devrait être systématique que la femme enceinte présente ou non des facteurs de risque : cette faible proportion reflète le manque de suivi des grossesses en Guyane. Le dépistage du diabète gestationnel permet d’assurer une prise en charge le plus précocement possible de cette pathologie en particulier par l’application de mesures hygiéno-diététiques afin de réduire les risques de complications durant la grossesse.
  • Les désordres hypertensifs au cours de la grossesse sont deux fois plus fréquents en Guyane qu’au niveau national (11% versus 6 %) : ils constituent un risque de complications pendant la grossesse et nécessitent un dépistage précoce et un suivi.
  • En Guyane, les césariennes sont moins fréquentes et on dénombre moins de complications liées à l’accouchement (hémorragies du post partum et déchirures) : ceci peut en partie s’expliquer par un âge moyen des femmes à l’accouchement plus faible et un plus grand nombre de femmes multipares.
     

Les indicateurs sur les naissances sont préoccupants :
 

  • La prématurité est plus fréquente en Guyane qu’au niveau national (11 % versus 7 %) alors qu’elle augmente le risque de troubles du neurodéveloppement et de handicap. Une légère tendance à la baisse de la prématurité est toutefois observée en Guyane depuis 2012 ;
  • Tous les indicateurs de mortalité sont plus défavorables en Guyane qu’au niveau national : les taux de mortalité périnatale (enfants mort-nés et décès avant 6 jours de vie ; 19 ‰ en Guyane versus 11 ‰ au national) et infantile (décès au cours de la première année de vie ; 10 ‰ en Guyane et 4 ‰ au national) sont plus élevés en Guyane.
  • Le dépistage des maladies rares et graves est moins souvent refusé en Guyane (0,3 ‰ de refus en Guyane versus 0,6 ‰ au national). Les résultats montrent une incidence des maladies moins élevée à l’exception de la drépanocytose qui est quatre fois plus fréquente.
  • La pratique de l’allaitement est plus répandue en Guyane qu’au niveau national : près de 9 femmes sur 10 (88,9 %) allaitent (mixte ou exclusif) en suites de couches en Guyane contre 70 % au national.

 

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