Depuis le 15 juin, deux traitements médicamenteux de l’obésité (TMO), Wegovy et Mounjaro, sont pris en charge par l’Assurance maladie (à 65 %), sous certaines conditions. Le 21 juillet, le Dr Mickaël Massicard, médecin nutritionniste, responsable du centre spécialisé de l’obésité (CSO) au CHU de Guyane, les a présentées aux médecins de ville. Il avait déjà abordé le sujet le 4 mars, lors de la Journée mondiale de l’obésité.

En France, on estime que le remboursement des médicaments contre l’obésité Wegovy et Mounjaro pourrait concerner 6 % de la population, soit environ 18 000 personnes en Guyane. Ces chiffres ont été donnés par le Dr Mickaël Massicard, médecin nutritionniste, responsable du centre spécialisé de l’obésité au CHU de Guyane – site de Cayenne, le 21 juillet, lors d’une présentation aux médecin de ville.
En effet, l’Assurance maladie les prend en charge à 65 %. Mais pour avoir accès au remboursement dans l’indication traitement de l’obésité, la primo-prescription doit être réalisée par les endocrinologues, médecins nutritionnistes et chirurgiens bariatriques du CHU de Guyane – site de Cayenne. Les médecins généralistes et autres spécialistes peuvent assurer le renouvellement. Ils peuvent également les prescrire, mais dans ce cas, l’Assurance maladie ne les prend pas en charge.
En outre, depuis le 1er février 2025, l’Assurance maladie propose un dispositif d’accompagnement à la prescription des médicaments à base d’analogues du GLP-1 (AGLP-1). Il vise à aider le prescripteur à évaluer si le médicament prescrit sera remboursé pour son patient. Les personnes déjà traitées par Wegovy ou Mounjaro dans l'indication obésité avant le 15 juin doivent aussi, pour bénéficier de la prise en charge, disposer de ce formulaire, rempli par un médecin habilité à faire une première prescription.
« Jamais en première intention »
Le 4 mars, lors de la Journée mondiale de l’obésité, le Dr Mickaël Massicard, prévenait : « Comme la chirurgie bariatrique, ces traitements ne peuvent pas être prescrits en première intention, mais en deuxième intention. Avant d’initier un traitement médicamenteux, le groupement des CSO recommande une prise en charge nutritionnelle bien conduite d’au moins six mois. Le traitement sera d’autant plus efficace que les mesures hygiéno-diététiques ont été mises en place. Nous effectuons ensuite un suivi (médical et diététique) à trois, six et douze mois. Enfin, ce genre de traitement ne doit pas être utilisé à des fins esthétiques. Il est recommandé contre l’obésité (IMC supérieur à 30) ou les IMC supérieurs à 27 avec comorbidités. »
Le spécialiste rappelait également que l’obésité étant une maladie chronique, le traitement est appelé à durer. « Après la perte pondérale initiale, il y a une phase de plateau. Les patients qui arrêtent le traitement à ce moment-là reprennent en un an 70 % du poids perdu. » Il recommande donc :
Gabriella Fenaux, diététicienne du CSO, mentionne quelques points de vigilance, en particulier s’assurer d’un apport énergétique suffisant : « Avec le traitement, le rapport à l’alimentation change. Elle n’est plus un sujet central dans la journée et, chez certains patients, cela entraînera des restrictions. Je me retrouve face à certains patients qui mangent de toutes petites quantités, mais de façon totalement déséquilibrée. » L’un des repères à garder en tête est celui d’un apport minimal de 60 grammes de protéines par jour.
Enfin, le Dr Massicard invite ses confrères à consulter le site internet Obésité-France, conçu par les 42 CSO. Ils y trouveront de nombreuses ressources sur le sujet.

Photo reportage Guyane 1ere
« La prise en charge médicale n’est pas centrée sur la perte de poids »
En Guyane, la prévalence du surpoids et de l’obésité est au-dessus de la moyenne nationale… et en hausse. Les chiffres de 23 % d’obésité chez les femmes et 15 % chez les hommes sont souvent cités. Mais l’étude Guyaconso, (lire la Lettre pro du 12 août 2025) réalisée à en 2023, a révélé des chiffres encore plus importants :
Avec en outre :
Ainsi, les deux tiers des femmes et un peu plus de la moitié des hommes sont en surpoids ou obèses, sur le territoire. Un centre spécialisé de l’obésité (CSO) a été labellisé fin 2025, au CHU de Guyane – site de Cayenne. Comme les 41 autres CSO de France, il « propose une prise en charge spécialisées partout sur le territoire ».
Les missions du CSO sont de proposer des prises en charge spécialisées des obésités sévères ou complexes et d’organiser et développer la filière de soins sur le territoire. Les acteurs impliqués ont proposé plusieurs communications sur le sujet, le 4 mars, à l’occasion de la Journée mondiale de l’obésité. L’activité du CSO a également été rappelée le 21 juillet, lors d’une réunion d’information sur les traitements médicamenteux de l’obésité, organisé par le CSO de Guyane à destination des médecins de ville.
« Stabiliser le poids, avant d’envisager d’en perdre »

Photo reportage Guyane 1ere - Centre spécialisé de l'obésité : Dr Massicard - médecin nutritionniste, Gabriella Fenaux - diététicienne, Aleksandre Ho-A-Foung - enseignant en activité physique avancée et Fiorella Turri - psychologue clinicienne
S’agissant de l’obésité, le premier niveau de prise en charge est constitué des médecins libéraux ; le deuxième niveau, des médecins spécialistes libéraux ; le troisième niveau, des services hospitaliers spécialisés et des CSO. « En pratique, à l’hôpital, nous ne sommes pas vraiment de niveau 3. Nous allons coordonner et mettre en relation (les patients) avec des services de l’Hexagone », précisait le Dr Mickaël Massicard, coordinateur de la filière, le 4 mars. La prise en charge se poursuit alors à l’Hôpital européen Georges-Pompidou pour la chirurgie (Paris), à l’Hôpital maritime de Berck-sur-Mer (Pas-de-Calais) et en soins médicaux et de réadaptation à la clinique Saint-Paul (Cayenne, où l’activité a été arrêtée) et l’Institut de diabétologie et nutrition du Centre (Chartres, Eure-et-Loire).
« La prise en charge médicale sera globale. Elle n’est pas centrée sur la perte de poids. Tous les facteurs qui auront un retentissement sur la qualité de vie seront traités. Ainsi, on va regarder les articulations, le sommeil, l’activité physique… », expliquait le Dr Massicard. « Notre but sera d’abord de stabiliser le poids, avant d’envisager d’en perdre, puis de diminuer les risques de complications liés à l’obésité », poursuivait Gabriella Fenaux, diététicienne, lors de la Journée mondiale de l’obésité. Sa consultation, qui se double d’un accompagnement par la psychologue par Fiorella Turri, suit trois axes :
« Souvent, ce que nous dit le patient est sous-évalué, constate-t-elle. On part de ce qu’il fait dans le but d’améliorer ou d’atteindre les recommandations du Plan national nutrition santé. C’est compliqué car les comportements alimentaires remontent souvent à des années. Il faut également mener tout un travail autour des idées reçues et, aujourd’hui, nous faisons également face à ce que racontent les réseaux sociaux. »
Aujourd’hui, le CSO suit 300 patients, dont un tiers inscrit dans un parcours de chirurgie bariatrique. Il est au maximum de ses capacités. Sauf cas exceptionnel, il n’en accueillera pas de nouveaux avant l’année prochaine.
Les médecins peuvent transmettre le courrier d’adressage au CSO à parcours.obesite@chu-guyane.fr, en indiquant à leur patient de revenir vers le CSO à compter de janvier 2027.

« Petit à petit, le mouvement disparaît de leur quotidien »

Photo Association Guyane Obésité
Le centre spécialisé de l’obésité (CSO) du CHU de Guyane – site de Cayenne a recruté un enseignant en activité physique adaptée, Aleksandre Ho-A-Foung. Son objectif sera de réintégré l’activité physique dans la vie des patients, comme il l’expliquait le 4 mars, lors de la Journée mondiale de l’obésité. « Petit à petit, le mouvement à disparu de leur quotidien, constate-t-il. C’est à ce moment-là que l’activité physique adaptée prend tout son sens. »
Le bilan initial débute par des tests : marche de six minutes, enchaînement assis-debout, préhension, équilibre… Il propose ensuite trois activités :
« On va ensuite intégrer l’activité au quotidien, poursuit Aleksandre Ho-A-Foung : prendre les escaliers, ne pas chercher à se garer le plus près de là où on va… Il s’agit de fixer des objectifs progressifs, atteignables, pour renforcer l’adhésion du patient. » Le Dr Mickaël Massicard, médecin coordinateur du CSO, insiste sur l’intérêt de l’activité physique, « un atout pas seulement pour le poids mais aussi pour la santé mentale, le sommeil… »
Chirurgie bariatrique : « On réfléchit sur trente ans »
Relancée en 2023 à l’hôpital de Cayenne, la chirurgie bariatrique s’est arrêtée en juillet 2024. Cela n’empêche pas l’établissement de proposer un parcours pré- et post-opératoire, avec une intervention hors du territoire.
Sont éligibles les patients avec un IMC supérieur à 40 ou situé entre 35 et 40 avec comorbidité menaçant le pronostic vital ou fonctionnel. Le patient doit en outre avoir suivi le parcours préopératoire, d’une durée d’environ un an et bénéficié d’une prise en charge médicale d’au moins un an avec échec.
Les contrindications sont nombreuses, liste le Dr Hakim Amroun, chirurgien viscéral au CHU de Guyane – site de Cayenne : « Troubles psychiatriques graves, troubles du comportement alimentaire graves, alcoolisme, toxicomanie, volumineuse hernie hiatale par roulement, obésité de cause curable, contrindication à l’anesthésie générale… » La précarité est également une contrindication, puisqu’après l’opération, le patient doit prendre des vitamines et effectuer des dosages qui ne sont pas remboursés par la Sécurité sociale.
« Avant même l’intervention, il faut que le patient ait changé des choses, qu’il ait changé ses habitudes, prévenait le Dr Mickaël Massicard, médecin nutritionniste, le 4 mars lors de la Journée mondiale de l’obésité. Il faudra être attentif à toutes les comorbidités traitées avant l’opération, afin d’adapter les traitements. »
Les spécialistes devront ensuite choisir la technique. Le Dr Amroun met en garde : « En 2026, aucune n’est pérenne. On choisira notamment en fonction de l’âge du patient. Car face à un patient obèse, on réfléchit sur trente ans. » Après l’opération, le patient est revu tous les trois mois pendant un an, par le médecin et la diététicienne. Il doit suivre un traitement vitaminique à vie (notamment en vitamine D). Il faut également réintroduire les différents aliments et les différentes textures.
Le Dr Massicard prévient : « La chirurgie ne fonctionnera pas si le patient n’a pas compris la partie médicale. Cinq ans après la chirurgie, la moitié des patients ont arrêté leur suivi, avec un risque de reprise de poids. » Les dossiers présentés sont donc rares. Parmi les trois cents patients suivis au centre spécialisé de l’obésité début mars, cent étaient inscrits dans le parcours opératoire, mais seuls cinq dossiers avaient été présentés, pour « des patients qui ont modifié leurs habitudes et compris l’intérêt du suivi ».
A-GLP1 : des contrefaçons en Guyane
Les analogues du GLP1coûtent jusqu’à 300 euros selon le dosage. Non remboursés jusqu'au 15 juin, ils ont suscité la convoitise de margoulins. C’est ainsi que des patients de Guyane ont acheté de faux traitements. Le Dr Massicard cite le cas d’une patiente qui a utilisé « des patchs de Wegovy pendant une semaine. Or ça n’existe pas. » Comme le Mounjaro et le Saxenda, il s’agit d’une solution injectable. La patiente s’est retrouvée aux urgences. « On ne sait pas ce qu’il y avait dans les patchs. »
Le médecin nutritionniste a également reçu une patiente qui souhaitait acheter « du Mounjaro en comprimés, à 150 euros, dans une boîte avec le logo. Là non plus, ça n’existe pas, ce peut être dangereux et ça ne sera pas efficace. »


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