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Infos citoyennes

17/08/26
l’Agrrr, neuvième structure habilitée en Guyane

L’Agence Régionale de Santé a autorisé l’Association Guyanaise de Réduction des Risques (Agrrr) a déployé les tests rapides d’orientation diagnostique VIH, VHB, VHC et syphilis. Elle les proposera aux personnes qu’elle rencontre lors de ses maraudes dans l’Île-de-Cayenne.

Trois fois par semaine, Clément Eude, chargé de projet à l’Association guyanaise de réduction des risques (Agrrr), et deux médiateurs en santé tournent dans les quartiers de Cayenne et Matoury, dans le cadre des maraudes, équipes mobiles et permanences délocalisées de réduction des risques (projet Mépri). Ils y distribuent des pipes à crack, des feuilles d’aluminium utilisées pour inhaler certains produits, beaucoup plus rarement du matériel d’injection. Et beaucoup de préservatifs : l’an dernier, plus de 6 000.

« A chaque maraude, nous rencontrons une vingtaine de personnes pour la réduction des risques. Mais souvent, il y a du monde autour qui vient nous demander des préservatifs. Notre public peut également faire du travail du sexe », témoignait Paco, coordinateur général de l’association, mi-mai, lors d’une visite de l’Agence Régionale de Santé dans les locaux de l’association, à Cayenne. C’est ce qui a amené l’association à solliciter de l’ARS l’habilitation à réaliser des tests rapides d’orientation diagnostique (Trod) pour le dépistage du VIH, des hépatites B et C et de la syphilis. L’Agence la lui a accordée cette semaine.

Ces Trod seront réalisés au cours des maraudes et lors des permanences des mardi et jeudi au local de l’association. Ils ne seront pas proposés, en revanche, sur les autres dispositifs de l’Agrrr que sont AmazoNight (réduction des risques en milieu festif) et le Guichet unique de rue (GUR, plateforme multi-services dédiée aux personnes en situation de précarité). L’Agrrr devient ainsi la neuvième structure habilitée à réaliser des Trod en Guyane après le CHU, la Croix-Rouge française, Médecins du Monde, Entr’aides, Aides, Relais drogue solidarité, Ader et ID Santé.

Un projet pour réduire les risques en prison

Infections sexuellement transmissibles, tuberculose, hypertension artérielle, fièvre Q, addictions, troubles psychiatriques… Les détenus du centre pénitentiaire de Guyane (CPG) souffrent des mêmes problèmes de santé que l’ensemble de la population guyanaise. La prison de Rémire-Montjoly est le reflet des réalités épidémiologiques guyanaises.

La prison permet à certains détenus de revenir dans le système de santé, grâce au travail de l’unité de soins en milieu pénitentiaire (USMP). Mais elle peut aussi être source de rupture de soins : une première fois à l’entrée, une seconde fois à la sortie avec de nombreux détenus qui ne voient plus de médecin ni autre soignant. Enfin, les professionnels constatent une poursuite des usages entre l’extérieur et la prison, et de nouveaux usages à l’arrivée en détention.

Le 18 juin, lors d’une présentation à des membres du Comité de coordination régional en santé sexuelle (Coress), l’Association guyanaise de réduction des risques (Agrrr) a listé plusieurs enjeux de santé publique touchant le centre pénitentiaire de Guyane (CPG) : VIH et hépatites, avec des cas de multiples infections, conduites addictives, santé mentale, dominos (billes de plastique généralement taillée dans des manches de brosse à dents et installées dans la verge)… Après des échanges avec les Dr Timothée Bonifay et Aude Lucarelli, médecins à l’USMP, l’association a conçu le Programme de réduction des inégalités de santé en milieu pénitentiaire (Prism). Les travaux doivent débuter à la rentrée.

Pour les responsables d’Agrrr, « la question n’est pas de savoir s’il y a de la consommation (de drogue) en prison, mais ses conditions. A travers nos projets, nous avons des discussions avec des personnes sortant de prison. Il en ressort la persistance des consommations en détention, les risques liés au partage du matériel, des détournements de médicaments, des modifications corporelles. » L’objectif de Prism sera d’améliorer la santé des détenus en réduisant les risques infectieux, sanitaires et psychologiques liés aux usages de substances psychoactives et autres pratiques à risques.

Ce programme sera décliné de plusieurs manières : recherche et diagnostic avec des enquêtes qualitatives et quantitatives, information, sensibilisation, prévention, accès aux outils de réduction des risques, accompagnement individuel des détenus, formation des professionnels, travail partenarial, intervention en santé sexuelle et prévention des IST, prévention des risques liés à la pose de dominos.

VIH, IST, dominos : quelle situation en prison ?


Plusieurs études récentes se sont intéressées à la santé des détenus du centre pénitentiaire guyanais (CPG), comme l’avait relaté la Lettre Recherche du CHU de Guyane, en juin 2024. 

Un quart des 95 détenus vivant avec le VIH incarcérés entre 2017 et 2022 avaient interrompu leur suivi avant leur incarcération, a montré le Dr Adèle Singland dans sa thèse. Ce suivi a redémarré derrière les barreaux. Mais deux détenus séropositifs sur cinq avaient stoppé leur suivi après leur libération.

La thèse du Dr Stella Denoël a montré qu’entre 2013 et 2020, plus le taux d’occupation de la prison était élevé, plus les délais pour réaliser le bilan de santé et les dépistages des détenus étaient longs, et moindre était la proportion de détenus dépistés. Pour faciliter le dépistage, les visites médicales et les bilans d’entrée se font directement au quartier arrivant, depuis mai 2022. Avec succès : les délais de réalisation des dépistages ont été réduits.

En 2023, 132 détenus avaient répondu à un questionnaire sur les dominos, ou bouglou, dans la cadre de la thèse du Dr Jérémy Vergez. Quatre-vingt-onze avaient déclaré en porté, dont 84 les avaient installés en détention. Près d’un tiers (29 %) avaient déclaré des complications, essentiellement des douleurs et/ou saignements. Ces complications peuvent être liées au fait que la quasi-totalité (92 %) ont utilisé un couvercle de boîte de sardines pour inciser la peau. La plupart (87 %) ont désinfecté à la Bétadine. Plus des deux tiers (70 %) ont affirmé respecter un régime alimentaire (moins de viande de porc et de produits laitiers, qu’ils jugent sources d’inflammation ou d’infection) au moment de la pose.

L’Agrrr fête ses 10 ans le 25 septembre

Le 25 septembre, l’Association guyanaise de réduction des risques fêtera ses dix années d’existence. Les festivités, au rythme des musiques électroniques, se dérouleront chez Gangassa, route du Dégrad saramaca à Kourou, le 25 septembre de 20 heures à 11 heures.

Entrée : 10 euros sur HelloAsso

 

 

 

 

 

 

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