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Infos citoyennes

21/08/26
Le plateau des Guyanes face aux défis de l’élimination du paludisme

Un colloque sur l’élimination du paludisme sur le plateau des Guyanes s’est tenu la semaine dernière, à Paramaribo. Une délégation de Guyane, composé de représentants de l’ARS, du CHU et de l’Institut Pasteur y a participé. Elle a présenté les travaux menés pour parvenir à l’élimination du paludisme sur le territoire d’ici à 2030.

Au cours des six premiers mois de l’année, 129 cas de paludisme ont été confirmés en Guyane. Le chiffre est en hausse par rapport à l’an dernier, qui avait cumulé 181 cas en douze mois. Mais en baisse par rapport à 2024 : 425 cas sur l’année. Depuis 2023, les cas se sont déplacés de l’intérieur vers le littoral, notamment dans le secteur de PK6, à Kourou. La majorité sont reliés à l’orpaillage. Ces données ont été rappelées par Santé publique France, jeudi et vendredi derniers, lors d’une réunion sur l’élimination du paludisme dans le plateau des Guyanes, qui s’est tenue sous l’égide de l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS – Paho), à Paramaribo (Suriname).

Le colloque a été inauguré par la présidente du Suriname, Jennifer Geerlings-Simons, en présence du Dr Rhonda Sealey-Thomas, directrice adjointe de la Paho. La délégation guyanaise était composé du Dr Manuel Munoz, directeur de la santé publique à l’Agence Régionale de Santé (ARS), du Pr Hatem Kallel, président de la commission médicale d’établissement du CHU de Guyane, du Pr Loïc Epelboin, infectiologue au CHU de Guyane – site de Cayenne, du Pr Magalie Pierre-Demar, cheffe de pôle médico-technique au CHU de Guyane, de Célia Florimond, ingénieure de recherche au centre national de référence paludisme à l’Institut Pasteur de Guyane, et du Dr Joseph Rwagitinywa, responsable du service de lutte antivectorielle à la Collectivité territoriale (CTG). L’objectif des participants était d’examiner les principaux défis et de convenir de solutions et de coopérations entre les pays.

Le plateau des Guyanes, de l’Amapa (Brésil) à l’est du Venezuela, en passant par la Guyane française, le Suriname et le Guyana, est considéré comme « l’un des environnement les plus difficiles pour le contrôle et l’élimination du paludisme dans les Amériques en raison de son inaccessibilité, de ses populations très mobiles et pendulaires dans des frontières poreuses, de la présence d’une importante activité minière aurifère comme principal facteur de transmission du paludisme et de risque de résistance aux antipaludiques, ainsi que de la présence de populations autochtones rencontrant des obstacles pour accéder aux structures de santé en zones isolées ». L’élimination du paludisme dans la région nécessite une action coordonnée entre les pays. Pour l’OPS-Paho, il est nécessaire d’élargir l’accès au diagnostic et au traitement, d’intensifier la surveillance avec des mesures de réponse rapide, et d’intégrer des innovations pour accélérer l’élimination du paludisme à P. falciparum et lutter contre les rechutes du paludisme à P. vivax.

La délégation guyanaise autour du ministre de la santé du Suriname

Réglementation, moyens, coopération : les axes pour y parvenir en Guyane

L’Agence Régionale de Santé est en train de finaliser la rédaction du programme d’élimination du paludisme 2026-2030 en Guyane. Le document traite aussi bien du système de surveillance mis en œuvre pour permettre une réponse rapide autour des cas, de la lutte antivectorielle et du recours aux mesures de protection individuelle, et du circuit de diagnostic et de traitement. Jeudi et vendredi derniers à Paramaribo (Suriname), le Dr Manuel Munoz, directeur de la santé publique à l'ARS, a également rappelé les axes de travail de l’Agence sur le sujet.

Le premier, d’ordre réglementaire, vise à élargir l’accès au diagnostic et au traitement contre le paludisme. L’année 2025 a été marquée par des avancées comme la fin de l’autorisation d’accès précoce (AAP) de la primaquine. Les modalités d’accès au traitement contre Plasmodium vivax sont donc simplifiées. L’arrivée des tests rapides de diagnostic du déficit en G6PD, mis à disposition de l’équipe mobile d’intervention contre le paludisme (Emip, lire ci-dessous), permet de vérifier immédiatement l'absence de contrindication à la primaquine. Le traitement peut donc être initié plus rapidement. D’autres discussions vont désormais concerner la tafénoquine et l’approvisionnement en chloroquine.

Le deuxième volet relève plus spécifiquement de l’ARS : renforcement des moyens de l’équipe mobile paludisme pour multiplier ses lieux d’intervention (lire ci-dessous), multiplication des points de distribution des tests d’autodiagnostic et auto-traitement Malakit, renforcement de la surveillance communautaire…

Le troisième axe a trait à la coopération transfrontalière. Des échanges d’information plus réguliers seront mis en place avec le Suriname. Il en existe déjà avec le Brésil à un rythme mensuel. Une nouvelle rencontre avec les autorités sanitaires surinamaises est prévue d’ici à la fin de l’année.

L’Emip, « pièce maîtresse du dispositif d’élimination du paludisme en Guyane »

C’est une des « pièces maîtresses du dispositif d’élimination du paludisme en Guyane » : depuis 2024, l’équipe mobile d’intervention contre le paludisme (Emip) met en œuvre des actions de dépistage, de prise en charge précoce, de suivi des cas, d’investigation autour des foyers de transmission et de sensibilisation de la population, tant auprès de la population générale que de l’orpaillage illégal. Elle est donc au centre du dispositif dans le cadre des dépistages réactifs après signalement d’un cas confirmé et lors de l’organisation de dépistages ciblés, notamment dans les zones de passage ou de repli des sites d’orpaillage. Lors de son intervention à Paramaribo, le Dr Manuel Munoz, directeur de la santé publique à l’ARS, a annoncé le souhait de l’Agence d’en renforcer les moyens. Le but est de lui permettre de multiplier les points d’intervention.

Rattachée à la direction des CDPS et hôpitaux de proximité du CHU de Guyane, l’Emip est composée de deux infirmiers et une médiatrice basés à Cayenne, et d’une médiatrice installée à Maripasoula. L’an dernier, elle a réalisé :

  • 53 actions de prévention et promotion de la santé ;
  • 33 enquêtes autour de cas confirmés ;
  • 297 consultations à PK6, base arrière de l’orpaillage située à Kourou.

Le début de l’année 2026 a été marqué par une importante mission sur le Haut-Maroni, après la détection de cas à Taluen et Elaé, sur la commune de Maripasoula (photo ci-dessus).

Jusqu’au 30 septembre 2025, l’Emip n’intervenait que dans les communes de l’intérieur. Une équipe mobile de la Croix-Rouge française (Emipal) s’occupait alors du littoral. Après l’arrêt de son financement par l’Agence, l’Emip a repris l’ensemble des activités de lutte contre le paludisme, mais avec donc moins de moyens au total.

L’équipe mobile a aussi repris à son compte la distribution des Malakit. Ces kits d’autotest et d’autotraitement avaient été conçus et utilisés, jusque-là, dans le cadre d’un programme de recherche interventionnelle porté par le centre d’investigation clinique (CIC Inserm 1424 Guyane Amazonie). L’an dernier, l’Emip en a distribué 322.

Un cadre pour l’élimination du paludisme aux frontières

Tour à tour, en 2024 et début 2026, les villages amérindiens de Favard, à Roura, et d’Elaé et Taluen, à Maripasoula, ont connu des résurgences de cas de paludisme. Il y a deux ans, dans la foulée des premiers cas détectés, deux tiers des 181 habitants de Favard avaient été dépistés, pour un résultat de neuf tests rapides positifs et quinze personnes mises sous traitement. Cette année, cent quarante-deux PCR ont été réalisées sur le Haut-Maroni, pour deux cas positifs. L’un à Plasmodium vixax ; le second à P. malariae. Le Pr Magali Pierre-Demar, chef de pôle médico-technique au CHU de Guyane, a rappelé ces chiffres la semaine dernière, lors du séminaire de l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS), à Paramaribo (Suriname).

L’intervention réalisée sur le Haut-Maroni en début d’année a été décrite lors des dernières Journées des soignants, par Thérèse Levarato et Gilcélia Rousse, infirmière coordinatrice et médiatrice de l’équipe mobile d’intervention paludisme (Emip), rattachée au pôle CDPS – hôpitaux de proximité du CHU de Guyane.

« Les objectifs étaient de détecter précocement les cas de paludisme, y compris chez les personnes pas ou peu symptomatiques, de limiter la transmission en traitant rapidement les personnes positives, de mener des actions de sensibilisation et de promotion des mesures de prévention auprès de la population », explique Gilcélia Rousse.

Monter la mission, avec deux infectiologues, un biologiste, l’infirmière coordinatrice et deux médiatrices, en coordination avec l’hôpital de Cayenne, l’Institut Pasteur de Guyane, l’hôpital de proximité de Maripasoula et le CDPS de Taluen « n’a pas été une mince affaire ! Pour couronner le tout, le réseau internet était absent dans les écarts » et il n’a pas été possible d’emporter une antenne Starlink.

Sur place, les soignants du CDPS de Taluen avaient réalisés un dépistage initial autour des foyers identifiés, sur trois sites différents. « Il a fallu informer les chefs coutumiers de la situation, nous présenter et lui présenter nos objectifs », poursuit Thérèse Levarato.

Tous les participants ont bénéficié :

  • D’un entretien médical d’infectiologie spécifique au paludisme ;
  • D’un dépistage par PCR ;
  • En fonction des symptômes, d’un test de diagnostic rapide et d’un frottis goutte épaisse ;
  • D’un questionnaire clinique et démographique.

En attendant leur consultation, les habitants pouvaient visiter un stand de prévention et de sensibilisation.

En cinq jours, l’équipe a vu 148 patients et réalisé 142 PCR. Deux se sont révélées positives, aucun test rapide (TDR). Six traitements de primaquine ont été délivrés à des patients dépistés précédemment.

Pour Gilcélia Rousse, cette mission a permis « d’éviter les éventuelles transmissions communautaires (… et de) renforcer durablement les capacités logistiques et communautaires, indispensable pour soutenir les objectifs d’élimination du paludisme en Guyane à l’horizon 2030 ».

Lors du séminaire à Paramaribo, le Pr Demar a proposé la mise en place d’un « cadre permettant de passer d'interventions isolées et réactives à une stratégie d'élimination continue et transfrontalière pour les populations sédentaires et mobiles ». Il comprendrait cinq étapes :

  • Identifier les villages prioritaires / sentinelles en fonction du nombre de cas, des rechutes, de la mobilité et des liens avec les sites d’orpaillage ;
  • Mettre en place des équipes mobiles régulières pour le diagnostic, le traitement, la prévention et le suivi ;
  • Impliquer les autorités coutumières, les agents de santé communautaires et les médiateurs locaux (éducation, sensibilisation) ;
  • Mener une enquête rapide pour chaque cas confirmé ; identifier les éventuelles chaînes de transmission en cours ;
  •  Coordonner la surveillance et le suivi en Guyane française, au Suriname et dans l'Amapa (Brésil).

 

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