
La semaine prochaine, le réseau Périnat Guyane organise le SAFthon. De lundi à mercredi, des stands permettront de sensibiliser le grand public, aux quatre coins de la Guyane. Les Dr Nadia Thomas et Anna Auguste proposeront également un webinaire aux professionnels de santé, mardi.
C’était en mars 2023. Lors d’une table ronde consacrée à la recherche sur le handicap, le Pr Mathieu Nacher, chef de service du Département recherche innovation santé publique (Drisp) du CHU de Guyane, avait insisté auprès de la ministre déléguée en charge des personnes handicapées Geneviève Darrieussecq sur l’urgence de se pencher sur le syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF) en Guyane. Le territoire dispose de peu de données. Pourtant, dans leur pratique, les professionnels de santé constatent que « beaucoup de femmes ont des consommations quotidiennes », déplore le Dr Nadia Thomas, gynécologue-obstétricienne et présidente du réseau Périnat Guyane. Pour sensibiliser le plus grand nombre au SAF, le dispositif spécifique régional en périnatalité (DSRP) organise, la semaine prochaine dans six communes du territoire, le SAFthon.
En Guyane, 14 % des adultes dépassent les repères de consommation d’alcool à moindre risque. Cette proportion atteint 22,4 % chez les hommes et 7,1 % chez les femmes. A l’échelle nationale, 6 à 7 % des femmes déclarent avoir bu de l’alcool pendant la grossesse. Le Dr Thomas espère obtenir des données pour la Guyane dans la prochaine Enquête nationale périnatale, prévue en 2027.
« Les professionnels de santé se sentent parfois mal à l’aise »
Elle constate que « beaucoup de femmes (enceintes) ont une consommation quotidienne (d’alcool). Il y a une banalisation, notamment de la bière qui n’est pas vraiment considérée comme de l’alcool. Chez d’autres, c’est la petite coupe de champagne le week-end, pour marquer une occasion. Ça finit parfois par faire beaucoup. Pour elles, l’alcool, c’est le rhum ou les alcools forts. Il faut pourtant rappeler que dans un verre de whisky ou dans une bière, la quantité d’alcool pur est équivalente : quelle que soit la boisson, les quantités sont faites pour que l’on absorbe une unité d’alcool, soit 10 grammes d’alcool pur. »
Au-delà du SAFthon, organisé pendant trois jours, l’enjeu est de sensibiliser les femmes toute l’année. Depuis 2024, c’est le cas dans les hôpitaux de proximité, grâce à l’organisation d’ateliers intégrés au suivi de grossesse (lire ci-dessous). Le réseau Périnat tente également de mobiliser les professionnels de santé. « Ils se sentent parfois mal à l’aise car ils ont peur de culpabiliser les mères en leur parlant de ça, reconnaît le Dr Thomas. Ce n’est pas toujours simple non plus d’entendre qu’il y a une consommation d’alcool et de se demander « Qu’est-ce que je fais maintenant ? » Il s’agit d’avoir une approche non culpabilisante. Il faut aussi penser que cette femme a été enceinte d’un enfant et le sera peut-être une autre fois. Si on veut lutter contre ce problème-là, il faut intervenir en les prévenant des risques. » Le réseau rappelle donc régulièrement l’intérêt d’intégrer le SAF dans les cours de préparation à la naissance. Lors du webinaire de mardi, Malorie Chroum, coordinatrice sage-femme pour l’Ouest guyanais, répètera qu’il « faut poser la question » de la consommation d’alcool aux femmes enceintes. « Si on ne pose pas les questions, on n’obtient pas les réponses. »

« Le SAF, ce n’est pas que ce qui est visible à la naissance »
Le syndrome d’alcoolisation fœtale touche en moyenne une naissance sur mille. A l’échelle de la Guyane, cela représente donc six bébés par an. Mais le Dr Nadia Thomas et Malorie Chroum, présidente et sage-femme coordinatrice Ouest Guyane du réseau Périnat, invitent à s’interroger sur « les autres troubles, qui apparaissent parfois cinq, six ou sept après » la grossesse. « Ces autres troubles vont apparaître pendant le développement de l’enfant. C’est extrêmement lent. Il est donc difficile pour les professionnels qui suivent ces enfants de se dire que ce problème de dyslexie ou ces troubles de l’attention sont peut-être liés à l’alcool pendant la grossesse. On peine à faire le lien entre ce qui se passe chez l’enfant à 5 ou 6 ans et le fait que la mère ait consommé de l’alcool pendant la grossesse (…) On manque aussi d’orthophonistes, de psychomotriciens, de neuropsychologues pour investiguer et comprendre ce qui a pu se passer. » D’où l’intérêt pour le professionnel de santé de se demander si les troubles « pourraient être causés par l’alcoolisation fœtale. Il faut donc pouvoir poser la question : « Est-ce que, pendant votre grossesse, à l’époque, vous avez pris de l’alcool ? » »
« Il faut parfois choquer ! »
Médiatrice de l’équipe mobile en santé publique (Emspec) de Saint-Georges, Roziane Carolus a l’habitude d’entendre des femmes enceintes lui dire : « Une seule bière, ce n’est pas grave », « La bière, ce n’est pas de l’alcool », « Une bière, c’est bien pour faire monter le lait et alimenter correctement son enfant ». Pour casser ces croyances, l’hôpital de proximité a lancé, en 2024, des ateliers de sensibilisation au syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF). Il est systématiquement proposé aux femmes durant leur suivi de grossesse : « Pas seulement des femmes enceintes mais aussi des maris, des mamans ou des parents qui les accompagnent », a-t-elle relaté, lors des dernières Journées des soignants.
Dans les ateliers qu’elle organise, en collaboration avec les sages-femmes, Roziane Carolus fait intervenir un personnage, Mimi. « Elle est équipée d’une sonde et on fait la démonstration de la transmission directe de l’alcool de la maman au bébé. L’outil le rend visible, clair, n’a pas besoin d’explications. Pour les participants, c’est flagrant. Parfois, il faut choquer pour sensibiliser, rappeler que l’alcool est la première cause de handicap mental non génétique et évitable. Nous sommes là pour nous battre contre ça. »
Le Dr Nadia Thomas et Malorie Chroum, présidente et sage-femme coordinatrice Ouest Guyane du réseau Périnat, se réjouissent que cette sensibilisation soit devenue le quotidien des cours de préparation à la naissance. « Chaque femme qui va suivre des cours de préparation à la naissance à Saint-Georges va avoir une information sur le SAF. Cette information est faite par une médiatrice, dans la langue maternelle, avec une approche extrêmement bienveillante et même drôle. Cette approche de médiation est extrêmement différente de l’approche du docteur qui parle avec des mots savants. Là, c’est fait de manière décontractée, avec des gens que les femmes identifient, qui vivent dans le village. L’idée, c’est de faire passer des messages, que les dames aient aussi le souvenir d’avoir passé un bon moment, d’avoir appris plein de choses, et qu’elles puissent elles-mêmes informer les autres, notamment celles qui ne viennent pas forcément aux cours de préparation à la naissance. » Depuis, ce type d’atelier a été reproduit dans les hôpitaux de proximité de Maripasoula et Grand-Santi.
Trois jours contre le syndrome d’alcoolisation fœtale
Le SAFthon Guyane 2026 est organisé du 7 au 9 septembre par le réseau Périnat, avec les équipes mobiles de santé publique en communes (Emspec), les professionnels des maternités et les femmes relais du CHU de Guyane, les sages-femmes, la PMI de Saint-Laurent-du-Maroni et l’Association guyanaise de réduction des risques (Agrrr). Il porte le message « Pendant la grossesse : zéro alcool » et également un message de bienveillance : « Parler d’alcool pendant la grossesse ne doit pas conduire à culpabiliser les femmes. Une femme qui rencontre des difficultés avec sa consommation doit pouvoir être écoutée, informée, orientée et accompagnée. »
De nombreux rendez-vous sont proposés :
Lundi 7 septembre
Mardi 8 septembre
Mercredi 9 septembre
Fin septembre



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