Alors que la formation d’infirmiers de bloc opératoire diplômés d’État sur le territoire était menacée, huit professionnels du CHU de Guyane vont pouvoir la suivre au cours des deux prochaines années. Le centre PP+ a en effet obtenu son accréditation auprès de l’Université de Guyane, tandis que l’ARS financera la majorité du coût que la formation représentait pour l’hôpital.

Courant octobre, huit infirmiers du CHU de Guyane vont débuter leur formation d’infirmier de bloc opératoire diplômés d’État (Ibode). Une bonne nouvelle pour le territoire, qui manque cruellement de professionnels. Cela entraîne des fermetures de blocs opératoires, comme l’a rappelé Ahmed El-Bahri, directeur général du CHU de Guyane, vendredi dernier, devant les membres de la Conférence régionale de santé et de l’autonomie (lire ci-dessous).
Cette troisième promotion d’Ibode n’aurait sans doute pas vu le jour, sans l’engagement de l’Agence Régionale de Santé. En effet, une seule école d’infirmiers de bloc opératoire existe en Guyane, portée par PP+. Or cet organisme privé affiche un tarif trois fois supérieur à celui pratiqué en Martinique et quatre fois supérieur à la moyenne de l’Hexagone. À ce tarif-là, le CHU de Guyane envisageait de financer la formation de ses huit infirmiers hors du territoire.
Le 8 septembre, Bertrand Parent, directeur général de l’Agence Régionale de Santé, a réuni l’ensemble des parties prenantes : le CHU de Guyane qui veut faire former ses infirmiers, le centre de formation PP+ qui propose la formation d’Ibode, la Collectivité territoriale, qui porte le schéma territorial des formations sanitaires et sociales et les agents de l’ARS qui suivent les sujets de formation.
Devant ses partenaires, Bertrand Parent a immédiatement affirmé sa volonté que les infirmiers ne partent pas se former hors du territoire. Il a donné trois raisons :
L’ARS était donc prête à financer, avec le fonds d’intervention régional (FIR), la différence entre le coût de la formation en Guyane et la moyenne des tarifs pratiqués dans l’Hexagone. Mais pour que cela se fasse, se présentait une ultime difficulté.
En effet, PP+ dispose d’une autorisation de la Collectivité territoriale (CTG) pour proposer la formation d’Ibode. Mais dans le cadre de la réforme des études infirmières, il lui faut désormais l’accréditation de l’Université de Guyane. Sans quoi le risque était de lancer une formation dont le diplôme n’aurait pas été reconnu au niveau national.
Cette accréditation a été accordée ces derniers jours et sera publiée prochainement. Elle sera valable jusqu’en 2028. Elle règle donc le problème de la prochaine promotion d’Ibode, mais également de celle qui vient de terminer son cursus et dont le diplôme risquait de ne pas être reconnu. Après avoir reçu la confirmation de l’accréditation, l’Agence Régionale de Santé a confirmé son engagement financier vis-à-vis du CHU de Guyane et pour le développement de la formation en Guyane. Le CHU de Guyane devrait disposer, dans deux ans, de huit nouveaux infirmiers de bloc opératoire diplômés d’État.

Ahmed El-Bahri : « Nous avons des blocs opératoires qui sont fermés, faute d’Ibode »

Vendredi dernier, Ahmed El-Bahri a échangé pendant plus d’une heure avec les membres de la Conférence régionale de santé et de l’autonomie (CRSA) sur la situation du CHU de Guyane. Au moment d’aborder le sujet de la formation, le directeur général de l’établissement a rappelé certains besoins : augmenter le nombre de médecins, d’infirmiers anesthésistes (Iade) et d’infirmiers de bloc opératoire (Ibode). S’agissant de ces derniers, il a rappelé la situation sur le site hospitalier de Saint-Laurent-du-Maroni : « Aujourd’hui à Saint-Laurent, nous avons des blocs opératoires qui ne fonctionnent pas parce que nous n’avons pas assez d’Iade ou d’Ibode. Nous avons un seul bloc, deux blocs de temps en temps, sur les cinq, par manque de personnel. Donc nous avons des patients qui sont obligés de se déplacer, nous avons des listes d’attente qui augmentent, par manque de compétences et de personnels. »
Cette difficulté avait déjà été exposée le 11 avril à Bertrand Parent, lors d’une visite que le directeur général de l’Agence Régionale de Santé avait consacré au site hospitalier de Saint-Laurent-du-Maroni. Une infirmière anesthésiste, venue en mission dans l’Ouest, témoignait des « deux cent douze heures effectuées » le mois précédent. « Ça épuise. » Bertrand Parent avait alors insisté sur la nécessité de développer les formations sur le territoire.
Devant les membres de la CRSA, Ahmed El-Bahri a émis le même souhait : « Il est fondamental que l’on puisse agir sur la formation pour notre personnel sur le territoire. Nous faisons appel à beaucoup de ressources de l’extérieur. C’est nécessaire mais c’est coûteux (…) Il faut que l’on arrive à avoir nos propres ressources de manière permanente (…) Il faut renforcer les formations paramédicales : infirmières, Ibode, Iade (…), manipulateurs radio (…) Il y a de la compétence à développer sur le territoire. »


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