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Je m'appelle Juliana Rimane

Née le 22 janvier 1959 à Kourou, Juliana Rimane a été élue député de la 2ème circonscription de Guyane en juin 2002, en remplacement de Léon Bertrand (dont elle était suppléante), devenu secrétaire d'Etat au tourisme. Conseillère municipale à Kourou depuis mars 2001, bibliothécaire de profession, et présidente de l'association culturelle Montargue, Juliana Rimane est en quelque sorte, à la manière d'Obélix, tombée dans la politique quand elle était petite puisqu'elle est la fille d'Eustase Rimane, maire de Kourou de 1953 à 1995, depuis l'époque où Kourou n'était encore qu'un tout petit village. (Mise à jour 20 juin 2002)
Le texte présenté ci-dessous a été mis en ligne sur blada.com en mars 2001.

Je m'appelle Juliana Rimane. Je suis Kouroucienne.

De mon métier, je suis bibliothécaire, historienne de formation, et aussi présidente d'une association culturelle et représentante syndicale.
Je pense que les lumières du passé nous permettent de mieux comprendre le présent afin de mieux nous projeter dans le futur. C'est dans ce sens que je me permettrai de faire ici quelques incursions historiques.

Il était une fois un petit village dans lequel vivaient quelques centaines d'habitants. Leurs journées se déroulaient entre le Bourg, l'Anse et la Savane. Les familles étaient proches de la terre et de la nature. Ces gens croyaient vivre paisiblement dans leur habitation jusqu'à la fin de leurs jours.

Mais les événements historiques sont faits pour bouleverser les choses établies. La guerre d'Algérie et le départ de la France de ce pays obligea les Français à poser leur valise scientifique sous d'autres cieux. Il se trouve que la Guyane et plus spécialement Kourou offraient toutes les garanties de stabilité politique, sociale, environnementale et stratégique.
Il s'agissait d'y implanter une base spatiale. La "tranquillité", le mode de vie de beaucoup furent mis à mal. Nous connaissons plus ou moins cette histoire. Par contre, nous savons le mal être occasionné par ces expulsions qui laissèrent des blessures profondes. Les nouveaux arrivants s'installèrent, tout auréolés de leur savoir. Ils savaient pourquoi ils étaient là alors que les autres ne comprenaient pas bien pourquoi la raison d'Etat primait et était plus importante qu'eux.

Le courant, de fait, passa très mal et d'autres blessures vinrent s'ajouter aux premières. La prospérité dont jouissait cette population attira de plus en plus.

Kourou dépassa ainsi le millier d'habitants et n'arrêta plus sa progression. Amérindiens, Créoles Guyanais, Bushinengué, Métropolitains, Brésiliens, Haïtiens, Italiens, nous étions tous embarqués dans l'aventure spatiale, mais bien sûr pas au même niveau. Les regards extérieurs ont dit : "Quelle chance ce melting pot." Mais comme ce fut le cas aux Etats Unis, la mayonnaise là encore n'a pas pris. A qui la faute ?

A l'histoire, à des maladresses peut-être. A nos représentations, nos blocages sûrement. Résultat, chacun est resté dans son coin. Dans cet état des choses il s'avère bien difficile d'aboutir au renforcement de la cohésion sociale et à l'amélioration des conditions de vie dans les quartiers fragilisés et au développement d'une véritable convivialité. Faute de générer des liens de tous ordres entre tous ses habitants, l'unité de la ville vole en éclats. Elle se fragmente en une multitude d'entités qui se construisent selon des clivages de classe, d'ethnie, de culture, de religion. A l'opposé, leur repli sur elle-même, qui peut les amener jusqu'à pratiquer l'autodéfense contre les autres parties de la ville, dessine une sorte d'apartheid urbain.
Qui osera dire que les communautés vivent en bonne harmonie à Kourou, voire même en Guyane ? Je crois qu'il faut regarder la réalité en face. Nous avons chacun notre part de responsabilité dans notre évolution communautaire. Arrêtons de nous regarder en chien de faïence puisque nous sommes ici et que nous devons vivre ensemble, donnons-nous les moyens de mieux nous connaître, d'échanger. L'ignorance amène à toutes les extrémités. Et chacun a le droit d'exister là où il se trouve.

Comme Martin Luther King je vous propose de rêver. Portons un autre regard sur l'autre. Kourou n'est plus comme ce petit village gaulois replié sur lui-même. On est toujours tenté de vouloir préserver un mode de vie, d'être dans un espace qui rassure, mais il est nécessaire de se rendre compte que les choses ont changé très vite. Il ne fallait pas rater le train en marche. Nous devons nous atteler à monter dans ce train.

Il ne s'agit plus de rester entre soi mais de penser et de veiller à mettre en place les conditions pour que l'on n'ait plus à courir après un train. Les jeunes ne doivent pas être enfermés ni géographiquement (dans le quartier, dans la ville) ni mentalement. Ouvrons des petites fenêtres partout pour qu'ils aient le loisir de choisir et non pas de subir.

Ville de presque 20 000 habitants, il devrait faire bon vivre à Kourou. Moi aux jeunes j'ai envie de dire : allez-y, tentez, faites et exigez d'avoir des adultes pour vous épauler.

Non, Kourou n'est vraiment pas le petit village gaulois qui faisait tout pour ne pas être envahi ; à la limite pourrait-on craindre qu'une fusée nous tombe sur la tête, mais même cela ne peut pas nous arriver nous dit-on.

Alors ne soyons pas timorés, ne nous laissons pas intimider par quiconque, les limites de la ville et de nos capacités sont repoussées et sont illimitées.

Le plus long voyage commence par un pas nous dit le proverbe chinois. Faisons ce pas ensemble. La vie de la cité concerne tout le monde. On ne peut pas toujours rester spectateur comme au cinéma. La loi a permis d'établir la parité et de rétablir l'égalité de la représentation politique entre les hommes et les femmes. N'oublions pas qu'il a fallu faire une loi et n'oublions encore pas que les femmes ont voté pour la première fois en 1945, alors que le suffrage universel a été instauré en 1848. Ce suffrage n'était pas si universel puisque seuls les hommes en ont bénéficié. Les femmes et les fous eux ne pouvaient pas voter.

Nous ne sommes pas invisibles pourtant. Il ne s'agit pas de prendre la place des autres, mais tout bonnement d'occuper les places qui nous reviennent de droit, en égalité, car nous sommes la moitié de l'humanité. Pour illustrer cette mise à l'écart des femmes, il suffit de regarder nos institutions locales qui reflètent en pire le modèle national.

Pourtant ici comme ailleurs les femmes ont toujours joué un rôle important, mais l'on ne reconnait ce rôle qu'au niveau de la maison, la famille. Alors que nous savons tous que dans l'ombre du pouvoir elles tirent les ficelles. Ne restons plus dans l'ombre, soyons au-devant de la scène.

L'enjeu aujourd'hui, c'est l'égalité politique et économique entre les hommes et les femmes. Tout le monde ou presque se retrouve pour affirmer que la parité à tous les postes de responsabilité est une nécessité. Mais comment y parvenir ? En s'engageant ! Nous avons des choses à dire, j'ai des choses à dire, vous avez des choses à dire, chacun aura sa pierre à apporter à la construction de l'édifice Kourou, de l'édifice Guyane.

La démocratie participative doit devenir une réalité ici à Kourou. Si le fossé se creuse autant entre les élus et le peuple, ne serait-ce pas à cause de la non-représentativité de certaines composantes de la société dans les instances de pouvoir ? La parité n'est pas un but en soi. Elle n'est qu'un moyen d'aboutir à l'égalité entre hommes et femmes dans ce lieu de pouvoir majeur qu'est la représentation politique au niveau local.

Donc vous pensez bien que les femmes qui s'engagent ne le font pas pour jouer les potiches, ni pour embellir le Conseil municipal. Dorénavant la politique ne sera jamais plus uniquement une affaire d'homme mais se conjuguera aussi au féminin.

Il est temps de passer du vivre côte à côte au vivre ensemble, et surtout au "faire ensemble" dans la cité de demain. Soyons des citoyens, avec le droit de vivre dans la cité et d'y exercer nos droits et nos devoirs à égalité avec tous les concitoyens.

L'humanisation de la ville est un enjeu décisif pour notre futur commun et elle n'est pas un rêve inaccessible. Concevoir et mettre en oeuvre une politique participative dans la cité reposant sur une citoyenneté retrouvée, c'est à cette condition expresse que la ville servira ses habitants, en capitalisant les capacités créatives de tous, hommes et femmes, enfants et vieillards, riches et pauvres.


Juliana RIMANE
3 mars 2001


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