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1er juillet 2001 :
A la veille des festivités officielles autour du centenaire de la loi 1901 sur les associations, depuis le maquis ardéchois et encore vif de souvenirs kourouciens-courroucés, Georges LAFLOTTE,
ancien animateur artistique du Foyer Théâtre de Kourou, interroge le difficile ménage de l’individu-associé avec les institutions.


CENTENAIRE DES ASSOCIATIONS (juillet 1901 - juillet 2001)
par Georges Laflotte

Monsieur,

Vous m’avez invité, pour une destinée à voir venir, à prendre la pose en plume dans le cadre d’une commémoration très officielle, et à m’exprimer à propos de la vie associative et ses valeurs, quelque chose comme ça. Il y a c’est vrai, paraît-il, la vie politique, la vie privée, la vie sexuelle, la vie publique et d’autres catégories très utiles à notre destin, et pourquoi-pas la vie associative?

Il y a une certaine incongruité, et peut-être une certaine perversion significative, dans le fait, pour les individus d’une société donnée, d’avoir recours à un cadre légal (et à l’arsenal de contraintes administratives qui en découlent), afin d’exercer en bonne et due forme leur droit de rassemblement, d’échanges, d’exercice et d’invention de la liberté.

A quand, donc, le temps où toute association devra s’assurer (et monnayer) les services d’un avocat spécialisé, en sus d’un (cabinet -sic) conseil en communication et de quelques autres comptables? - puisqu’il est déjà implicitement ou explicitement, timidement ou paternalistement signifié, par les institutions en charge des “questions associatives“, une nécessaire “professionnalisation” des associations. Tout ceci qui a donné naissance, “en attendant “, à ce nouveau fond de prestations de commerce “social” qui a pour mission de former les dirigeants d’associations à l’administration, la gestion, la promotion, la communication, et ion et ion de papier, de téléphone et de fax -la liberté a ses exigences, oui, nous le savons.

Pardonnez moi -peut-être- l’agacement qui se dévoile ici; je parle de choses que je connais pour avoir assisté en Juin 2000, à un lancement très “appel d’offre”, dans un département français outre-Ardêche, de l’opération de commémoration de la “loi 1901”. La réunion m’a laissé un goût prononcé de marketing et de mise au pas, orchestrés par Jeunesse et Sports et la Chambre d’économie Sociale, avec bénédiction de la commune, et devant un aréopage tout à fait attentif d’associations locales venues écouter La Parole et guetter indirectement des nouvelles de leurs demandes de subventions en cours.

Vraiment, tout n’est pas net dans ce “deal” associatif, et les brebis ont quelquefois des boutons.

D’accord pour la Loi, mais pas avec n’importe-quelles tables...

Il est commun d’affirmer que la nécessité fait loi. Bien. Tout n’est pas condamnable dans une évolution culturelle (?) et politique qui entend contrôler (dans tous les sens du terme) la pente humaine par le droit. Mais l’éthique de cette époque en panne mériterait des individus pour penser et faire valoir les capacités humaines à produire de la réalité et de la nouveauté sociales en dehors de tout cadre juridictionnel. Il est bon pour une société moderne qu’une telle attitude demeure vivace.

Tout homme qui n’a pas de carte n’est pas nécessairement un hooligan.

J’admets que dès que le nombre dépasse l’unité, ça peut se gâter...les mauvais exemples pullulent, à cela aussi il faut se faire (une raison).

S’il est quelque chose à fêter, ce serait donc avant tout “l’homme vivant” selon les mots de Calaferte, et non la loi.

Et plutôt son “bon génie” , contre toutes les saloperies dont il est par ailleurs capable, et dont l’étalage est quotidien, puisque sous couvert de l’état de droit prospèrent avec ou sans carte, mais tous sacré bons joueurs, des associés de tous acabits, mafiosi institutionnels et leurs revendeurs à la grande semaine, vendeurs d’armes déguisés en fils de président, avec la bénédiction de l’industrie pétrolière et d’une part (à quantifier mais d’ores et déjà notable) de la diplomatie française.

Ce serait là une vraie belle fête, et qui nous changerait de l’habitude muséographique des commémorations endémiques et des grandes parades pour lesquelles, bientôt, les trois cent soixante cinq jours d’une année ne suffiront plus -et comment on fera, alors?

Nous dira t-on, bientôt, que la loi de 1901 sur les associations est côtée au CAC 40, ce serait une sacrée comédie (mais pas divine, ça non!).

Rappelons nous à temps qu’il n’y a de commémoration que du défunt.

Le rachat du manuscrit de Céline est monté à dix-huit millions, il me semble. Est-ce que ça lui fait la jambe belle? Bon...le “money”circule, c’est déjà ça.

Cher Monsieur, comme vous me l’avez fait remarquer récemment, je n’ai pas pu le jouer “léger”, ce coup-ci, à propos de cette affaire d‘associations.

J’ai médité la remarque et envisagé si on pouvait assécher la veine...

Ca m’a travaillé -bien sûr -oui mais -quand même: il y a cette sensation d’esbroufe dont je n’arrive pas à me débarrasser: mon grand père s’est cogné les deux guerres qui ont déboulé dans notre histoire depuis la fameuse loi de 19O1, et Monsieur Roland Dumas s’est assis sur des statuettes de Giacometti offertes par sa maîtresse avec les sous de ELF... enfin, des sous, des histoires de dessous.

Alors, les associations, la communauté, les bons sentiments....

Patte blanche, caisse noire. Statuts. Articles...

Un : « ...convention par laquelle deux ou plusieurs personnes mettent en commun d’une façon permanente leurs connaissances ou leur activité ... ».Partager des connaissances. Bon. (ça ne mange pas de pain, c’est “compétences” qui est le mot qui compte à présent). Quant à la permanence... les coiffeurs savent bien cela.

“...dans un but autre que de partager des bénéfices.”...ah ça c’est bien, tout à fait dans la ligne de notre modèle social, on peut fêter. Célébrons. De toutes façons ça dure une journée, y’a pas de quoi fouetter un chat.

Allez, encore un dernier tour et puis je rentre. A qui la donne?

Deux : «  Les associations de personnes pourront se former librement sans autorisation ni déclaration préalable, mais elles ne jouiront de la capacité juridique que si elles se sont conformées aux dispositions de l’article 5. »

Autoréférence et méthode (« de déclaration en préfecture« ): Descartes et Pinochet à la même table.

Et le banquet de Platon? Phèdre? (le Beau, le Vrai)?

Il y aura le bridge, la SPA, l’humanitaire, le football club féminin, les sentiers champêtres, le dernier des mohicans, les commerçants du bas et ceux du haut, les roller skate, les maladies auto-immunes, les anciens ceci, les nouveaux cela, un peu de spectacle, un peu de cuisine, un peu de discours, un peu de tout. Et c’est pour tous. Un événement démocratique, pour loi démocratique, dans une société démocratique.

Tout va bien, le vent peut souffler, il emportera toujours quelque chose.

Que des gens biens, bourrés d’idéal et de soucis, et grande maman loi-poule couvera tous ses petits. Le grand sac d’associations. Cette démultiplication des intérêts presque particuliers, mais pas vraiment. Des grandes causes et des petits tracas, tout ça pêle-mêle.

Foire ou brocante ? on voudrait du discernement.

Pas venir pour dire ben moi-dans mon-j’ai mal là - est-ce que quelqu’un du miniström voudrait bien me gratter, ou bien où est-ce que je peux m’adresser?

Malencontreusement, cher Monsieur, depuis que j’ai entrepris d’écrire ces notes, j’ai lu quelques livres un peu décapants et ça ne m’a pas mis dans les dispositions meilleures que j’entrevoyais moi-même.

Rimbaud? associé à quoi?

Cézanne? associé à qui?

Michaux, Vertus associatives?

Calaferte?

Sollers?

Plus je creuse, et plus la question s’épaissit.

Associations, cartes de quel jeu.

Article de foi?

Foie de veau d‘or ou de vache folle des abats en place et lieu du vivant.

Un grand panier perçé -et s’il y avait des crabes? (Crozemarie très bien en crabe).

Obsession du bonheur à sa porte (et on balaye, tant pis pour la poussière).

Droit au logement, bien sûr, heureusement, mais bon sang, l’état ça sert à quoi?

L’union fait la force patati patata, lève la jambe et puis s’en va.

Éducation populaire? plus la peine, loft story s’en charge

Bon pied bon oeil, quelques fois bon dos aussi, les associations, l’Education Nationale ne veut pas s’embêter à payer directement les intervenants extérieurs, qu’importe, une association se tapera le boulot, cotisera aux caisses, fera les fiches de paye...

c’est ce qu’on vous conseille d’ailleurs, en toute incrédulité

Mais à part ça, le lien social, ça se fait encore bon an mal an avec les associations, territoire idyllique et étriqué du bénévolat philanthropique, rempart fragile de la déconfiture programmée.

Associez-vous, rassociez-vous!

Ils l’ont rêvé, nous l’avons fait.

L’enjeu de l’association ne serait donc pas si grand que ce que je pensais? Pas de Jésus ni de conseil d’administration d’apôtres? Juste de petites communauté d’intérêts?

Encore des gros et des petits. Des parts de gâteau?

Et si l’honnêteté peut encore avoir un sens, honnêtement, ça agace ces entreprises de toutes natures déguisées fiscalement en associations; ces excroissances de la responsabilité (?) politique et institutionnelle drapées dans le drapeau associatif; ces compagnies de théâtre et de danse dont c’est le seul avenir statutaire et comptable; ces associations aux missions très philanthropiques très en cheville avec les politiques de la ville et les directives officielles, et qui pensent opportunément avec le vocabulaire en vogue: “innovant” etc... qui fleurissent sur le sable aride du désarroi et de l’inégalité sociale, à vendre des programmes de réinsertion, de “réhabilitation”. Objectifs et savoirs-faire très professionnels, miroitement des “mieux-être” et des savoir être”, destin exotique des plus démunis des “citoyens“.

Cher Monsieur, il se fait tard à présent.

J’espère que vous relativiserez de vous même mon scepticisme très de circonstance.

Pour l’ heure je m’en vais oublier la loi, et même celle de 1901, et me refaire un peu au jeu de l’espérance en lisant un poème de Rimbaud et dormir un peu, sachant que tout le monde ne peut pas le faire dans l’état de sécurité et de relative quiétude qui est le mien.

Associativement vôtre.

Gran’ Fagou Georges Laflotte, membre actif en déplacement, 
Associations SYRIUS, ATTAC, AVEC VUE SUR LA MER, 
FOYER THEATRE de KOUROU.

Email : georges.laflotte@wanadoo.fr


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