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Le Préfet nouveau est arrivé !

Avec un CV à faire pâlir d'envie tous les dépositaires de l'autorité publique en Guyane, Ange Mancini, 58 ans, vient d'arriver de Corse où il exerçait les fonctions de préfet adjoint pour la sécurité.

Cayenne. Le lieu est chargé d'histoire. Dans une pièce de l'ancien hôtel du gouverneur, devenu hôtel préfectoral, Ange Mancini s'installe face à la presse de Guyane. Etonnant contraste pour celui qui n'a pas oublié son prédécesseur : un visage mobile où la vie a creusé des marques profondes, une parole qui semble spontanée.

« La première valeur que je cultive », dit-il tranquillement, « est la détermination ».

Ange Mancini annonce ses trois axes de travail :

1. faire respecter l'état de droit
2. contribuer au développement économique
3. travailler à l'épanouissement social.

Le regard est droit, l'accent est sincère, on se prend à rêver que ce soit possible. Mais revenons sur terre et sur les trois axes :

L'état de droit
C'est une chose que « j'ai sentie dès mon arrivée », affirme Ange Mancini, il faut assurer la « sécurité des personnes et des biens pour que les gens puissent bien vivre ensemble ». A plusieurs reprises il fait part de son intention de travailler avec la justice pour qu'à chaque délit il y ait « une juste sanction ». « L'important c'est de coordonner », « il faut rassembler des éléments de preuve pour remettre à la justice ». « Ce qu'il y a de pire », dit-il, « c'est l'impunité ». « Je crois à l'exemplarité de la sanction ».
L'ancien chef du RAID est toujours là...
« Lorsque je suis arrivé », dit notre nouveau préfet [notons que c'était hier], « j'ai vu quelque chose de très lourd : le carnage routier ». Un point sur lequel il a insisté, affirmant qu'il y avait « beaucoup de choses à faire ».
Sur le sujet de l'immigration clandestine, Ange Mancini compte « contrôler de façon très forte l'immigration clandestine, c'est un vaste chantier », dit-il. Des contacts ont été pris avec les ambassadeurs des pays voisins, et un attaché de sécurité intérieure est déjà en place au Surinam.

Le développement économique
« Il faut mettre plus d'état dans la sécurité mais moins d'état dans le développement économique », déclare Ange Mancini, tout en admettant que pour l'instant du moins, « je fais l'éponge ».

L'épanouissement social
Ici les chiffres parlent : dans 20 ans, selon les évaluations hautes et basses, la Guyane aura entre 400 et 600 000 habitants. A l'heure actuelle 23 % de la population vit du RMI, 6 000 foyers habitent dans des bidonvilles et 20 % de la population est au chômage. Après avoir cité ces chiffres, il convient aussi d'utiliser les mots démographie, dynamisme, chance du département, jeunesse, et aussi évolution institutionnelle. C'est ce qui a été fait.



Petite question de Blada :
- Depuis un mois qu'on parle de vous, les Guyanais semblent plutôt contents de votre parcours professionnel. Mais parmi toutes les urgences qui vous attendent, et les situations intenables comme ce qui est en train de se passer sur la Mana et dont vous entendrez sans doute parler, pensez-vous avoir le temps d'être à l'écoute des populations autochtones, des Amérindiens ?

Réponse :
- Pas seulement des Amérindiens, mais de toute la population. Je suis un homme de terrain, j'irai voir sur place. J'ai bien l'intention d'aller rendre visite à chaque maire dans sa propre commune, et à m'informer au plus près possible, sur le terrain.

Bonne chance, monsieur le préfet, nous savons bien que la tâche est très lourde, et si la Guyane creuse encore quelques sillons sur votre visage, il ne faudra pas nous en vouloir.

Blada, 2 septembre 2002.


Ange MANCINI est né le 15 juin 1944 à Beausoleil (Alpes Maritimes)
Officier de la Légion d'honneur. Officier dans l'Ordre National du Mérite.
Diplômé en droit de l'Université de Nanterre, Ange Mancini entre en janvier 1966 à la préfecture de police de Paris en qualité d'officier de police-adjoint contractuel.
Ses premières affectations le conduisent en commissariat de quartier puis en cabinet de délégations judiciaires avant de l'amener à rejoindre la division nationale anti-terroriste de la police judiciaire et l'office central pour la répression de la traite des êtres humains (1969-1973) comme inspecteur de police.
Devenu commissaire de police en septembre 1973, Ange Mancini retrouve la direction de la police judiciaire de Paris où il va, durant huit années, diriger plusieurs importantes unités d'investigations au sein de services tels que la 2ème brigade territoriale chargée de la lutte contre la moyenne et grande délinquance sur plusieurs arrondissements de la capitale (1975-1978), la brigade criminelle du quai des Orfèvres et sa section anti-terroriste qu'il met en place (1978-1982) ou encore la brigade de répression du banditisme (1982-1983).
Nommé directeur du service régional de police judiciaire d'Ajaccio en 1983, il reste à la tête de ce service jusqu'en 1985, date à laquelle il devient le chef du RAID (Recherche Assistance Intervention Dissuasion), unité opérationnelle à compétence nationale créée alors par décision du ministre de l'Intérieur pour combattre le terrorisme et les formes de criminalité les plus graves (prises d'otages, enlèvements, grand banditisme...).
En 1990, Ange Mancini prend la tête de la direction régionale de la police judiciaire de Versailles compétente sur le ressort de six départements dont quatre constituent la grande couronne parisienne. L'année suivante, il créée au sein de sa direction la première brigade régionale d'enquête et de coordination (BREC) chargée d'aider sur le terrain les services locaux dans la répression des bandes criminelles organisées sévissant en milieu urbain.
Nommé en 1993 sous-directeur des affaires criminelles de la direction centrale de la police judiciaire, il réorganise alors ses services d'enquête en les dotant notamment d'une centrale de recherche et d'analyse sur le crime organisé et d'une section opérationnelle d'assistance technique.
Ange Mancini devient directeur central adjoint de la police judiciaire en 1995 avant d'être chargé au cabinet du directeur général de la police nationale d'une mission d'étude et de coordination sur l'ensemble du territoire dans le domaine de la lutte contre les violences urbaines.
En novembre 1997, il prend la direction du service de coopération technique internationale de police et de sa soixantaine de délégations implantées à travers le monde.
Depuis octobre 1999, Ange Mancini est préfet adjoint pour la sécurité auprès des préfets de la Corse du Sud et de la Haute Corse.

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