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2008, les yeux ouverts sur la mascarade

Au centre des préoccupations des Français, nous dit-on sur tous les registres : le pouvoir d’achat. On remarquera au passage que personne ne parle sérieusement de qualité de vie, puisqu’il faudrait à coup sûr intégrer la notion de service public dans l’évaluation. Et de la droite à la gauche, chacun parle de croissance, comme si aucun progrès n’était possible avec le taux de croissance, autour de 2 %, que nous avons pourtant depuis le début des années 80...

La course à la production - et à la pollution qui est son pendant incontournable - a bien sûr d’autres buts que le progrès. Serait-ce là que se situe cette fumeuse « politique de civilisation » ? Dans « travailler plus pour gagner plus », il manque un verbe, en filigrane : travailler plus pour faire gagner plus. Mais à qui ? S'il s’agit bien de travailler plus pour produire plus pour consommer plus, c'est pour dégager plus de profits et non pas plus de salaires. On aura du mal à ne pas le comprendre. Démonstration dans la suite. La loi de finances interdit désormais de prélever plus de 50 % d’impôts sur les revenus, mais fixe-t-elle aussi une limite aux profits des actionnaires sur le fruit du travail des salariés ? Sûrement pas ! Là, tout est autorisé.

En attendant l’arrivée massive des multinationales de l’or qui nous feraient basculer définitivement dans cette logique, il faut dire qu’en Guyane, on est pour l’instant assez épargnés, depuis trop longtemps inscrits dans le registre « travailler moins pour gagner plus », avec comme horizon privilégié la pléthorique fonction publique territoriale (à défaut, la fonction publique nationale fait aussi l’affaire), là où se consume le bien public avec le but précis d’être réélu. Là où devraient pourtant se trouver les principaux leviers de notre société - et les efforts individuels et collectifs pour la faire avancer - on ne voit qu’un filon et un nid douillet où commencer et finir sa carrière.

Mais revenons à nos moutons. Et à la démonstration. Le Monde diplomatique de janvier vient de publier une analyse financière époustouflante, qui pourrait se résumer, tel un jeu de carnaval, en une série de petites devinettes.

Sous le titre « Partage des richesses, la question taboue », le Diplo fait une démonstration éblouissante et lève un monstrueux tabou : « en vingt ans, la part des salaires dans le produit intérieur brut français a baissé de 9,3 %, ce qui correspond à plus de 100 milliards d’euros en partie transférés vers le capital. » Et personne n’en parle…
A côté, le trou de la sécu (12 milliards d’euros) et celui des retraites (5 milliards) se trouvent d’un seul coup ridiculement relativisés.

Devinettes et mascarade, donc, extraites du Diplo de janvier (1) :

Qui a dit ?
« La part des profits est inhabituellement élevée à présent (et la part des salaires inhabituellement basse). En fait, l’amplitude de cette évolution et l’éventail des pays concernés n’ont pas de précédent dans les quarante-cinq dernières années. »
Réponse : La Banque des règlements internationaux (BRI), Bâle, Suisse.

Qui a dit ?
« J’ai attendu et j’attends encore quelque normalisation dans le partage du profit et des salaires » car « la part des salaires dans la valeur ajoutée est historiquement basse, à l’inverse d’une productivité qui ne cesse de s’améliorer. »
Réponse : Alain Greenspan, ancien directeur de la Réserve fédérale américaine (FED), in Financial Times du 17 septembre 2007.

A propos du PIB de la France, qui s’élève à près de 1 800 milliards d’euros, qui a dit ?
« Il y a en gros 120 à 170 milliards d’euros qui ont ripé du travail vers le capital. »
Réponse : Jacky Fayolle, ancien directeur de l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES).

Qui a dit ?
« Le revenu salarial net n’a pratiquement pas augmenté depuis ces vingt-cinq dernières années.»
Réponse : Les Echos, 30 novembre 2007.

Qui a dit ?
« Les millionnaires, toujours plus nombreux, sont lancés dans une course sans fin au plus grand, au plus beau, au plus luxueux yacht… Dans ces châteaux des temps modernes, le robinet à 8000 euros plaît beaucoup. »
Réponse : Les Echos, 30 novembre 2007

Qui a dit ?
« La presse quotidienne, c’est l’escamotage quotidien. »
Réponse : Jack London (Le Talon de fer).


Blada, 3 janvier 2008


(1) Une lecture incontournable : Le Monde diplomatique de janvier 2008, « Partage des richesses, la question taboue », par François Ruffin.

 


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