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Vous avez dit Félix Éboué !
Par Yvan Chérica
Président du conseil d'administration du Cercle Félix Eboué

Enfin on y est : exit Rochambeau, bienvenue à Félix Éboué. Le vendredi 11 Décembre 2009 est appelé à devenir une date repère qui a vu l’Assemblée Générale de la CCIG adopter une délibération historique, véritable révolution culturelle.

Par cette décision, la CCIG a réintroduit le plus illustre de nos compatriotes dans la Grande Histoire de la Guyane. On ne peut que la remercier vivement de l’avoir rétabli dans ses droits de propriété patrimoniale, et, d’exploitation culturelle et mémorielle.

Révolution douce, mais révolution tout de même, particulièrement au niveau de la sémantique : bientôt, en ne dira plus « je monte à Rochambeau » mais «…. à Félix Eboué » Curieux non ? Et pourtant, il faudra s’y habituer.

Mais au fait, de quel Rochambeau s’agissait-il ? Du Père ou du fils ? L’on ne sait pas trop dire a priori et, à mon avis il ne faudrait retenir que la bonne intention des Américains qui, en cette fin de 1943, en plein conflit mondial total, ont décidé de ce choix patronymique. Ils supportaient tout le poids économique et militaire de la Guerre contre les forces diaboliques de l’axe : les nazis, les fascistes, les racistes, et les expansionnistes, qu’il fallait pour la salut de l’humanité et du monde libre totalement anéantir.

Fin 1943 également, l’armée soviétique poursuivait la mise en déroute des troupes de la Wehrmacht et découvrait progressivement les horreurs des atrocités nazis dans les zones libérées : les Forces de l’Alliance commençaient à s’en émouvoir. Il est donc tout à fait inconcevable d’imaginer une telle perversité dans l’esprit des autorités américaines, qui les aurait conduites à attribuer un patronyme douteux à l’aérodrome qu’elles venaient de construire en Guyane, avec l’accord du Général De Gaulle, pour le contrôle aérien du trafic maritime de la zone centrale Atlantique ; et ce, avec la complicité inconsciente des dirigeants guyanais fraîchement ralliés à la France Libre Combattante ?...

Rochambeau constitue le terme dénominatif d’un titre nobiliaire. En fait le Père, Maréchal de France, s’appelait en réalité Jean Baptiste Donatien De Vimeur, « Comte de Rochambeau ». Son fils, Général de France, s’appelait quant à lui Donatien Marie Joseph De Vimeur, « Vicomte de Rochambeau ».

Le Père et le fils, selon leur rang, ont participé au commandement de l’expédition française détachée en 1780 pour aider les américains à conquérir leur indépendance ; le chef suprême du Corps expéditionnaire ayant été, bien entendu, Marie Joseph Paul Yves Roch Gilbert Motier, plus connu sous les titre nobiliaire de Marquis De Lafayette (grand humaniste, franc-maçon, ayant assumé plusieurs responsabilités publiques sous la convention…)*.

C’est très connu que la société américaine est anthropocentrique et empreinte de symbolisme fort. En choisissant le nom générique Rochambeau, c’est en fait le père et le fils qu’ils entendaient honorer, ayant tous deux participé à la guerre d’indépendance, sans arrière pensée en rapport avec quelque passé hypothétique douteux. Je pourrais même rajouter que, apparemment et sous toute réserve, aucun indice dans la biographie des deux hommes ne m’ont paru susceptible de les exclure du camp des humanistes, tout particulièrement le père.

Pour revenir au plus célèbre de nos compatriotes, le Gouverneur Général Félix Éboué, l’espace de considération est, a contrario, totalement dégagé : petit-fils d’esclave, on pourrait même supposer que son père, né en 1851 (soit 3 ans à peine après l’abolition de 1848), aurait pu être affecté par les effets rémanents du système esclavagiste (rétabli en 1802 par Napoléon), les transitions culturelles, sociétales et économiques n’ayant pas été instantanées.

Le Gouverneur Général Félix Éboué représente la Grande Histoire, associé au réalisme, à la rigueur, au bon sens et à la lucidité, le tout ayant été magistralement exposé dans son discours d’anthologie : « Jouer le jeu ». Ses thèses anthropogéographiques, conceptualisées au cours de ses périples africains, ajoutées à ce magnifique réflexe qui l’a fait surgir et se dresser tel un Lion, aux moments les plus sombres de l’histoire du monde, ont éclairé la démarche des membres fondateurs et actuels du Cercle Félix Éboué qui a largement contribué à inspirer la CCIG dans son choix historique.

Gageons qu’il y aura un « avant » et un « après » Aéroport… Félix Éboué tenant compte, en outre, de la coïncidence événementielle avec cette phase charnière de grand débat sur des éventuelles mutations des principes institutionnels qui nous régissent. Dorénavant, les thèses « ébouéennes » sont plus que jamais d’actualité et, il nous semble d’autant évident que plus la Guyane cherchera à s’émanciper dans la gestion de ses intérêts locaux, plus elle sera dans l’obligation de consolider ses liens sensitifs et mémoriels avec la Métropole. Quatre cents ans de destinée et d’identité communes, même assombris de périodes douloureuses, ne s’effacent pas d’un passage de corrector, sans risque de générer des traumatismes culturels et sociétaux profonds. Félix Éboué a fourni un éclairage au monde entier pour avoir, en des circonstances dramatiques, mis en exergue la puissance de l’esprit, et fait triompher la raison:  celle qui grandit. Si bien que pour l’intelligentsia noire américaine, il fait partie avec Nelson Mandela et Martin Luther King, auxquels nous serions en droit de rajouter Barack Obama, des personnalités de la négritude, de trempes exceptionnelles, qui ont fait progresser les valeurs de l’humanité. A ce titre Félix Éboué a été qualifié, avec un immense respect, pour ses qualités et ses hauts faits d’Homme universel, de Full blood negro : le Nègre pur sang….la Guyane peut et doit en être fière ….


Yvan CHERICA
Président du Conseil d’Administration du Cercle Félix Éboué
Janvier 2010


Aéroport international Cayenne Félix Éboué

suite …….

Le choix du nouveau patronyme de notre aéroport international s’étant porté sur Cayenne Félix Eboué, la CCIG a engagé une démarche consultative, en cours, auprès des deux collectivités majeures (Région et Département), la ville d’emprunt patronymique (Cayenne) ainsi que la commune d’hébergement des infrastructures aéroportuaires (Matoury). Ces formalités obligatoires achevées, le dossier sera transmis pour instruction à la Direction Nationale de l’Aviation Civile (DNAC) via sa Direction Régionale (DRAC) pour aboutir en fin de parcours sur le bureau du Premier Ministre, après avoir transité pour avis dans les divers ministères compétents (Transport, Outre-Mer,…).

Qui décide en final ? Pour y répondre, il est bon d’apporter un certain éclairage quant à la logique et aux règles usuelles qui encadrent une telle démarche exceptionnelle et capitale. L’aéroport international de la Guyane appartient au corpus de la souveraineté nationale française, sur laquelle s’exerce l’autorité totale du Président de la République qui la détient de par sa légitimité, conformément à la Constitution. C’est un instrument stratégique qui garantit, entre autres, la continuité territoriale entre la Guyane et la Métropole et constitue l’une des interfaces entre l’Europe et les Caraïbes, pour la circulation des personnes, des biens et des services. D’autre part notre aéroport international contribue au reflet dans le monde de la France toute entière. Il obéît, à ce titre, à une chartre d’image nationale, pensée et écrite, induisant des critères stricts sur le choix de sa désignation patronymique.

Toute dénomination doit évoquer, en préfixe, une référence territoriale locale évidente, sachant que le suffixe est laissé à la libre appréciation de l’entité en charge de l’exploitation du site, le tout étant soumis au visa discrétionnaire des autorités exerçant la tutelle de la propriété.

En France, la règle et l’usage confient au Président de la République la décision finale et régulière sur le choix de l’ensemble du patronyme constitué, donc avec possibilité d’ignorer tous les avis de la chaine de proposition et d’instruction. A notre connaissance, certains critères guident la préférence à savoir entre autres les suivants :

§ - La dénomination doit évoquer des valeurs et des caractéristiques historiques, culturelles et honorifiques de dimension nationale et de reconnaissance internationale. C’est le cas, par exemple, des Aéroports de : Lyon/Saint-Exupery – Guadeloupe/Pôle Caraïbes – Roissy/ Charles De Gaulle, ce dernier étant classé 3è dans la nomenclature internationale par rapport au trafic passagers (50 millions par an), et sans oublier un cas récent, plus proche de nous, Martinique /Aimé Césaire.

§ - Cette contrainte exclut de facto les choix patronymiques dont les évocations sont à portée locale. Elle entre à contribution dans des dispositions imposées, pratiquement élevées en normes internationales. Les exemples applicatifs les plus célèbres à citer sont : Atlanta Hartsfield Jackson le premier du classement international en trafic passagers (supérieur à 90 millions par an), John F-Kennedy 13è (environ 48 millions), Houston George-Bush, 16è  (environ 42 millions), Rome Fuimicino Leonard-de-Vinci, 25è (environ 36 millions), Munich Franz-Joseph Strauss 27è (environ 35 millions), pour ne citer que les plus célèbres.

La consultation de la liste des patronymes internationaux révèle l’absence de toute dénomination dont le souci serait de flatter l’égo local. A mon avis , si la Guyane souhaite se doter d’un puissant et exceptionnel atout d’image par excellence, il lui faut , à l’instar des dénominations évoquées ci avant, opter pour le bon sens, le modernisme, l’avenir, le progrès et la cohérence internationale en faisant le choix de Félix Eboué , l’authentique Guyanais petit-fils d’esclave, Gouverneur Général de l’Afrique Equatoriale et héros légendaire qui, avec De Gaulle, a rendu honneur et dignité à la France en général, ainsi qu’à la Guyane en particulier lorsque cette dernière flirtait, timidement certes, mais inconsidérément avec les idées collaborationnistes de Vichy (c’était le cas de 1940, jusqu’en 1943 année de création de l’aéroport dans sa version originale).

Il est sain, sympathique et très appréciable, dans notre espace de démocratie avancée et de liberté de pensée totale, de voir fleurir des suggestions patronymiques sensitives, chaleureuses et poétiques. Mais, encore une fois, compte tenu de cette crise que nous traversons, traduction de l’important mouvement de mutation sociétale, de la nécessaire transformation structurelle locale ainsi que de la grande problématique d’éclosion économique posée à la Guyane, il y a obligation, quasi absolue, de profiter de toutes les opportunités de transformation de nos attributs historiques, mémoriels, et d’image en facteurs promotionnels, en se rappelant Alexis de Tocqueville qui a écrit que :
Quand le passé n’éclaire plus l’avenir, le présent marche dans les ténèbres.

Se réduire, même avec raison, à l’adoption d’un patronyme à portée locale pour notre aéroport international aurait été une occasion perdue d’élever, par l’image, notre chère Guyane aux meilleurs rangs internationaux. Les opérateurs et réceptifs des Antilles plaident en ce moment, avec détermination, pour le transfert à Roissy Charles De Gaulle de la servitude aéroportuaire pour la desserte des DFA, ce qui optimiserait les flux touristiques en provenance de l’Europe Communautaire. Cette requête serait en passe d’aboutir positivement à moyen terme. Quels meilleurs symbole et atouts serait-ce alors pour la Guyane que d’être raccordée au vieux continent, notamment pour le drainage d’une clientèle touristique potentielle et presque captive, par l’intermédiaire des aéroports internationaux Roissy Charles De Gaulle et Cayenne Félix Eboué : cela vous rappelle-t-il quelque chose ?...

N’est ce pas une perspective d’image, porteuse et économiquement intéressante ?... Alors ?...


Yvan CHERICA

Président du Conseil d’Administration du Cercle Félix Éboué
Février 2010



* Le Robert, Dictionnaire universel des noms propres, Edition 1978.


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