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Jodla 18/05/10
Les histoires de FF : Le feuilleton « Saint-Elie »
Premier jour de procès : un moment fort

Edina Monteiro Monteiro, personnage clef
Le procès des commerçants de Saint-Elie regorge d’enjeux pour la Guyane. Il répondra en effet, à sa manière, notamment à cette question : dans les communes isolées de ce département où l’activité principale demeure l’orpaillage clandestin, les illégaux de l’or peuvent-ils continuer à s’approvisionner tranquillement dans les commerces du secteur ? Ce procès majeur n’a guère suscité l’intérêt du citoyen guyanais, lundi, au premier jour des débats. Dans la salle d’audience, presque autant de prévenus que de personnes dans l’assistance : une vingtaine de proches des commerçants. Et pas un militant écologiste à l’horizon.

Aux environs de 18 heures, le passage à la barre d’Edina Monteiro Monteiro s’avère un moment particulièrement intéressant. Notamment poursuivie pour « aide au séjour » et « complicité d’exploitation de site illégal par fourniture de moyen », cette prévenue est, en effet, la seule, du dossier (avec sa fille Ediane) à être poursuivie pour exploitation de son propre chantier d’orpaillage illégal.

Et Edina Monteiro Monteiro pointa son index sur sa tempe :
« Elle y a pensé mais elle ne l’a jamais fait, elle n’a jamais récupéré aucune machine » traduit l’interprète lusophone de cette prévenue brésilienne de 63 ans qui parle pourtant un français correct. Dans la salle d’audience, l’un de mes voisins ne peut réprimer un gloussement amusé. Edina Monteiro Monteiro vient de soutenir à la barre qu’elle n’a jamais été la patronne du moindre site clandestin après que l’éminemment courtois président du tribunal Eric Fournié, a souligné à son propos :
« On lui reproche cela dans le dossier. Il y a notamment des écoutes téléphoniques faisant état, qu’à un moment donné, elle aurait récupéré une grosse machine pour faire de l’orpaillage. Elle a été entendue là-dessus ainsi que sa fille Ediane et tout le monde était concordant pour dire : on avait eu l’idée de créer un site avec une machine, mais au dernier moment, on a renoncé à ce projet, parce que les gendarmes étaient là, ce n’était pas opportun. ».

Auparavant, un brin théâtrale, dans sa jupe ivoire et son chemisier à fleurs sombres, Edina Monteiro Monteiro a retracé, à la barre, son parcours d’honorable commerçante :
« J’ai arrêté d’être gérante de mon commerce depuis 2000 » affirme-t-elle en portugais. « Edilène l’avait repris puis elle s’est mariée (avec Vincent Sciassia, l’ancien chef de la gendarmerie de Kourou de 2000 à 2003 comme l’a révélé La Semaine Guyanaise et comme y fait allusion Edina dans sa propre audition en mars 2008), le commerce a ensuite a été repris par une autre de mes filles, Ediane, en 2004 » poursuit-elle.
« Il faut savoir si vous continuez à avoir un rôle de gérante de fait de ce commerce ou un rôle X dans son fonctionnement. Ce sont des questions que le tribunal se pose. Comme vous l’avez compris, puisque vous avez été renvoyée devant le tribunal, le ministère public et le magistrat instructeur ont eu tendance à considérer que vous aviez continué la même activité après l’année 2000, pour le moins durant la période de prévention 2003-2008 » indique Eric Fournié.

« Il y a un respect pour elle de tous les orpailleurs et de tous les commerçants »

Edina Monteiro Monteiro « souhaite dire un mot » indique alors son interprète : « Il y a un respect envers elle de tous les orpailleurs et de tous les commerçants » poursuit-elle.
« C’est un peu l’ancienne du village » croit comprendre le président, « vous êtes respectée en tant qu’ancienne du village… » répète-t-il, avant de s’attaquer au dossier : « Vous avez dit, au cours de l’instruction que vous saviez parfaitement que tous les commerces de Saint-Elie fonctionnaient avec des garimpeiros de sites illégaux » avance Eric Fournié.
« Il y avait des entreprises légales » rétorque Edina.
« On le sait » reprend le président, « il y en a au moins deux. Mais en 2008, vous dites : ça fait six ans environ qu’on vit d’un système illégal. ».
Edina Monteiro s’explique : «  En 2002, les entreprises légales ont fermé et les gens ont continué à travailler ».
Le président poursuit : « Quand vous avez été entendue par les gendarmes, vous avez dit qu’après la fin de votre activité officielle vous avez continué à être présente dans le magasin. Vous dites : en fait, je remplaçais ma fille quand elle n’était pas là ».
« Elle regardait » traduit l’interprète.
« Elle ne faisait pas que regarder. Selon ses déclarations, elle remplaçait sa fille. Elle a été la patronne jusqu’en 2000, elle connaît le fonctionnement du magasin et tous ses fournisseurs à Cayenne, elle le dit » insiste le président qui lit alors cette déclaration issue du PV d’audition de l’intéressée datant de mars 2008 que l’auteur de ces lignes a pu consulter : « La gérante est ma fille. Quant à moi, je l’aide le plus souvent possible. Je suis au commerce tous les jours quand je suis sur Saint-Elie. Je dirige le commerce car je connais la profession. Etant sans emploi et désirant aider ma fille à s’installer et pour qu’elle élève ses enfants sur Cayenne, dès que je peux, je vais au magasin. Il est vrai que les personnes me voient plus que ma fille et (ce) à cause de ses 4 enfants ». Après avoir lu cet extrait du PV, le président poursuit : « Votre fille confirme : moi j’élevais mes enfants à Rémire-Montjoly, c’est ma mère qui tenait le magasin ».
Maître Marcault-Derouard intervient : « Il n’y avait pas de gérance, après 2000, ce sont successivement ses deux filles qui sont devenues propriétaires du fond de commerce ». Et l’avocat d’interroger sa cliente : « Vous pouvez dire pourquoi vous avez cédé le commerce ? »
« Elle a été malade, elle a eu un problème à l’utérus et a subi une opération », traduit l’interprète.
« Vous déclarez et vous êtes assez lucide, si je puis dire : j’ai conscience que j’aide les garimpeiros à travailler sur les sites et que la majorité de la marchandise va sur les sites illégaux » reprend le président.
« Elle n’a pas dit ça » réfute l’interprète d’Edina, « elle a dit qu’elle n’était pas de la police et donc pas habilitée à contrôler les papiers ».

En moyenne « 2 kilos d’or par mois en 2000 dans son magasin »

« En 2000 quand vous dites avoir arrêté quel était le chiffre d’affaires du commerce ? » interroge ensuite Eric Fournié.
« En 2000, il n’y avait pas beaucoup de monde elle faisait en moyenne, 2 kilos d’or par mois dans son magasin » traduit-on à la barre.
L’avocat d’Edina, à ses côtés, avance alors cette énormité :
« A cette époque là, il n’y avait pas de clandestins ».

Des reportages, sur cette période, peuvent aisément démontrer le contraire. Et le député de la circonscription de l’époque, un certain Léon Bertrand, s’était ému de la situation à Saint-Elie dans des courriers au gouvernement Jospin, à la fin des années 90.

Le président rappelle à la prévenue qu’elle est l’une des seules à qui l’on reproche d’avoir exploité son « propre site ».
« Elle n’a jamais eu de site » traduit son interprète alors qu’Edina Monteiro Monteiro se tourne vers les prévenus de Saint-Elie et affirme à la salle d’audience en portugais, avec un geste de la main : « Toutes ces personnes là peuvent en témoigner ».
Le président souligne alors qu’elle a de nouveau été entendue « le 17 juillet 2008, par le magistrat instructeur. Vous avez confirmé les propos tenus au cours de votre garde à vue : je n’ai jamais travaillé pour ma fille, je l’aidais parce qu’elle a 4 enfants, je n’ai jamais perçu de salaire ».
« Elle regardait le commerce par exemple quand le mari de sa fille allait prendre sa douche, quand il sortait… » traduit l’interprète.
« Vous avez contesté le témoignage d’un piroguier qui a déclaré que vos pirogues ramenaient des clandestins » reprend le président. « Un chauffeur dit travailler pour vous et être payé 1000 euros par mois mais pas toujours » poursuit-il.
« Le 4x4 appartenait au commerce mais elle ne sait pas combien sa fille payait le chauffeur ni qui il était… » répond-on à la barre.
« Elle a dit aussi qu’elle louait des chambres chez elle » poursuit le président.
« Elle avait 4 chambres, elle l’a dit aux gendarmes, il y a des gens qui venaient, parfois parce qu’ils étaient malades » indique l’interprète.
« Elle percevait le RMI, je crois ? » interroge le président.
« Et maintenant, en plus, 245 euros par mois (d’aide au logement) » répond la prévenue.
« Les chambres auraient pu constituer un complément de revenu avec le RMI » glisse le président.
« Elle avait été poursuivie sur des suspicions quant à la réalité de ses droits au RMI » intervient Me Marcault Derouard, « elle est passée devant le tribunal qui n’est pas entré en voie de condamnation ».

FF

« La patronne la plus forte de Saint-Elie »
Parfois un rien déstabilisé par les croche-pieds de la défense, le jeune substitut du procureur David Percheron a visiblement potassé son dossier « Saint-Elie ». L’auditoire s’en rend compte quand vient son tour, lundi soir, d’interroger Edina Monteiro Monteiro.

« Ce qu’on vous reproche madame Monteiro Monteiro et pas aux autres, c’est d’avoir exploité un site d’orpaillage directement. A mon sens, il y a un certain nombre d’éléments qui n’ont pas été évoqués par le président (du tribunal, ndlr) sur cette infraction » commence le jeune magistrat du parquet qui passe rapidement à un quasi-inventaire des témoignages à charge : « Il y a un témoignage anonyme mais très précis du 10 janvier 2008 qui dit qu’Edina Monteiro Monteiro était, je cite : ‘la patronne la plus forte de Saint-Elie’ qu’elle possédait son propre site d’orpaillage, avec 95% du produit de l’exploitation pour elle, 5% restant pour ses ouvriers ».

Maître Marcault-Derouard, l’avocat de l’intéressée, arbore alors ostensiblement une moue dubitative quant au sérieux de ce témoignage.

« Ca ressemble davantage à un réquisitoire qu’à une question ! »

David Percheron poursuit : « il y a le témoignage du maire de Saint-Elie, Charles Ringuet, qui dit que vous possédez des 4x4 et des quads pour alimenter… »
Me Marcault-Derouard interrompt le substitut : « ça ressemble davantage à un réquisitoire qu’à une question ! ».
« Il dit que vous vous en servez pour alimenter vos sites » reprend le représentant du ministère public qui enchaîne : « Il y a deux autres témoignage : celui d’Aura Zulémaro (autre commerçante de Saint-Elie, d’origine dominicaine, poursuivie dans ce dossier, ndlr) qui dit que vous possédez deux machines sur un site qui est le votre. Il y a Juçara Padilha (autre prévenue) qui dit que vous possédez vos propres sites d’orpaillage, avec, sur chaque site, une paire de moteurs et six ouvriers. Que pouvez-vous nous dire sur ce faisceau de témoignages ? » interroge M. Percheron.
« Elle conteste qu’elle aurait eu des machines sur des sites d’orpaillage » traduit l’interprète.
Le substitut repart à l’assaut : « Votre commerce a été mis sur écoute pendant plusieurs mois. Il y a toute une série de conversations téléphoniques très troublantes. Il y a d’abord une conversation entre deux hommes le 14 janvier 2008 qui disent : ‘Edina va monter une machine’. Il y a d’autres conversations du 14 au 16 janvier… jusqu’à ce que vous vous appeliez votre fille Ediane pour lui dire que le moteur a été saisi à Sinnamary. Donc, madame, cette machine n’a jamais été exploitée ? »
« Quelles sont les cotes (repères, ndlr) de ces écoutes ? » coupe de nouveau, le roué Marcault-Derouard, avant que sa cliente, visiblement troublée, ne puisse répondre.
« J’ai répertorié ces éléments… par date » répond le procureur un brin décontenancé.
« Si c’est retranscrit, il y a forcément une cote, c’est ce que je demande ! » insiste l’avocat. « Les cotes des écoutes ont été regroupées » répond le procureur qui reprend en s’adressant à Edina : « Quoi qu’il en soit, qu’avez-vous à répondre ? ».
L’interprète traduit : « Effectivement, elle a appelé sa fille. Elle a voulu faire venir une machine pour son fils qui a beaucoup de difficultés avec ses 4 enfants. Sa fille a répondu : ‘non maman, il ne faut pas le faire’. Et la machine a été prise à Sinnamary ».

« Dans votre commerce, les gendarmes ont trouvé deux kilos de mercure »

Le représentant du ministère public poursuit le pilonnage :
« Un mois après, le 7 février, vous appelez votre fille et vous dites que vous avez besoin de pièces pour votre machine ».
« Je n’ai jamais eu de machine, il y a trois personnes qui s’appellent Edina à Saint-Elie » rétorque en portugais Edina Monteiro Monteiro, provoquant un rire dans la salle.
« Autre question, madame Monteiro » persévère le procureur : « quand les gendarmes perquisitionnent dans votre commerce, ils trouvent 2 kilos de mercure, pouvez-vous nous expliquer ce que ce mercure faisait là ? ».
« C’est un couple qui a eu la malaria, ils sont partis, la dame est partie à l’hôpital, le mercure appartenait à son mari » explique Mme Monteiro Monteiro.
« Sur les écoutes encore, début mars 2008, vous appelez votre fille au Surinam et vous commandez des pièces mécaniques d’orpaillage illégal » lâche le représentant du ministère public avant de se reprendre… «… des pièces destinés à l’orpaillage ».
« Je préfère, j’apprécie votre rectification » glisse l’avocat.
« Je ne me rappelle pas » répond la cliente de Me Marcault-Derouard.
« Il y a d’autres conversations téléphoniques qui disent qu’une certaine Edina vend des fûts à destination de « Pedrao » qui est connu pour être un secteur de l’orpaillage illégal » tente alors M. Percheron.
« Elle n’a jamais fait ça ! » traduit l’interprète.
« Le 5 mars 2008, au téléphone, vous dites que les gendarmes sont accaparés par les élections et qu’il faut en profiter, cela vous rappelle-t-il quelque chose ? » interroge encore l’accusation.
« Non » assure la prévenue.

« Les sites autorisés de Saint-Elie ne travaillent pas avec ce genre de mini-pompe ! »

« Nous sommes des petits poissons »
En septembre dernier, dans La Semaine Guyanaise, l’avocat d’Edina Monteiro Monteiro, Jean-Yves Marcault-Derouard estimait que l’accusation voyait en sa cliente : « une sorte de marraine au sens ‘mafieux’ du terme ». Pour cette simple raison, selon l’avocat : « parce qu’elle était la plus ancienne (63 ans aujourd’hui, ndlr) ».
Lundi à la fin de la première journée du procès, Edina Monteiro Monteiro a « souhaité dire un mot au nom de tous les commerçants (…). C‘est une grande injustice, nous payons nos impôts et nos employés » a déclaré au tribunal celle qui touchait le RMI au moment des faits reprochés. « Et tous les autres, les gros poissons, ils sont restés là-bas, ils sortent des sites avec deux ou trois kg d’or et ils continuent » a-t-elle ajouté.
Et son interprète de poursuivre : « les gendarmes ont dit qu’elle et sa famille étaient des gros poissons. Ce n’est pas vrai, nous sommes des petits poissons ».

« Il apparaît dans les écoutes qu’il y avait un code pour dire huile au téléphone, on disait lait » poursuit David Percheron.
« Il y a une erreur car dans le lexique (de l’ordonnance de renvoi, ndlr) le lait c’est l’essence… » intervient l’avocat.
« On s’en sert indifféremment pour désigner l’huile de moteur et l’essence » justifie le ministère public qui ne veut pas lâcher et répètera, à plusieurs reprises, qu’il lui reste une « toute petite » question. Celle-ci par exemple : « Quand on a perquisitionné votre magasin, on a trouvé un grand nombre de marchandises de contrebande brésiliennes : margarine, café... Que faisaient-elles, à Saint-Elie, ces marchandises interdites à l’importation ? ».
« Avant elles n’étaient pas interdites » argue Edina Monteiro.
« A mon sens, elles étaient là illégalement » estime le procureur. « Vous avez dit aussi qu’il n’y avait pas de clandestin dans votre commerce… » reprend David Percheron.
« Ce n’était plus son commerce ! » tempête l’avocat.
« Lors de la perquisition des gendarmes dans ce commerce (le 12 mars 2008, ndlr), il y avait 6 clandestins dans les chambres » fait alors remarquer David Percheron.
« Je n’étais pas là ce jour là » répond la prévenue.
« Quand les gendarmes vous interrogent sur les écoutes, vous reconnaissez vous être procurée des pièces mécaniques, pour un garimpeiro qui, dites-vous : ‘ me doit 1,6 kg d’or’ » souligne encore le procureur.
« Elle ne peut pas répondre parce que ce n’est pas son commerce », traduit l’interprète.
« Dans votre commerce, vous vendez des pompes, des corps de pompes, du matériel divers destiné à l’orpaillage illégal (sic) c’était vendu à qui ? » s’arc-boute le ministère public.
« C’est du matériel sur lequel on paye des impôts et qui passe par la douane, tout le monde pouvait l’acheter » répond Edina.
David Percheron tente une dernière salve : « Mais les sites autorisés de Saint-Elie (sites d’extraction d’or primaire, ndlr) ne travaillent pas avec ce genre de mini-pompe ! Sincèrement, ne vous doutiez- vous pas que ce genre de matériel allait sur des sites de garimpeiros clandestins ? ».
Edina répond par une pirouette : « Pourquoi alors, la Chambre de commerce a-t-elle autorisé ce genre de commerce à Saint-Elie, ainsi que tous les autres ? »

FF

Voir aussi :
15/05/10 : Le feuilleton Saint-Elie, épisode 1
16/05/10 : Le feuilleton Saint-Elie, épisode 2
17/05/10 : Le feuilleton Saint-Elie, épisode 3

Le commerce de la famille Monteiro Monteiro à Saint-Elie.
Quatre membres de cette famille sont poursuivis dans cette affaire :
la mère, Edina, et trois de ses enfants. (Photo FF prise en août 2008)

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